Faty

Petit accident entre femmes

crédit Photo: Faty
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Bamako est une ville très particulière quand on se réfère à la circulation routière. Le nombre des motos étonnera celui qui vient d’autres cieux (à part Ouagadougou qui est pareille). L’étonnement ne serait pas dû aux couleurs variantes (et parfois criardes) des motos, à la vitesse frénétique des conducteurs (mais possible), ni à leur coiffure à la Balotelli. Non, ce sont les conductrices qui détonnent à Bamako.

Ici, les filles sont folles de motos et c’est de l’euphémisme. Tu veux draguer une jeune midinette à Bamako ? Tu as intérêt à avoir une belle Djakarta qu’elle pourra enfourcher quand elle le voudra.  Si elle est gentille elle te le laissera et exigera tu lui en achète, sinon mon ami,  tu es mal barré.  Tu es chanceux si tu parviens à te trouver une copine aux parents assez riches pour lui en acheter une.

Il n’y a pas d’âge ou de type de femmes pour conduire une moto. Toutes en conduit. Les adolescentes, les femmes jeunes, moins jeunes, grandes, courtes, grosses, noires, blanches ou sérieusement dépigmentées.

Il n’y pas aussi de métier pour cela, à part qu’il est possible de croiser des femmes travaillant pour des projets en brousse conduire des DT, des motos de 125cm tout-terrain, ou d’autres motos qui sont vues comme masculines.

Hier en revenant d’une course en ville, j’ai assisté à un accident des plus étonnants. Au lieu de créer la compassion, il faisait plutôt rire les passants.

Une fille élégante, vêtue d’un pantalon noir collant à ses jambes fines et d’un joli body orange agrémenté de grands verres fumés et d’une chevelure longue et châtaigne venait à toute allure. Elle avait une passagère qui semble être sa sœur (à cause de leur ressemblance) derrière. Une autre fille, tout autant élégante, avec un habillement fort ressemblant à celui de la conductrice, à part les couleurs qui sont différentes, arrêtée sur  le bord droit du goudron voulu traverser juste au moment où la moto arriva à son niveau.

Le choc entre la piétonne et l’engin était pratiquement inévitable. La conductrice freina brusquement, évita la passante mais s’écrasa sur le côté. Les deux tombèrent justement sur la passante. Elles se relevèrent ensemble. Plus de peur que de mal, semble-t-il, mais juste à côté de la moto une perruque. La conductrice et la passante sont têtes nues.  Toutes deux coiffées comme des garçons. Des élèves policières ? en tout cas cette coiffure n’est pas commune pour une femme au Mali, même si elle est fréquente en Côte d’Ivoire ou dans d’autres pays limitrophes. Elles portent toutes deux des perruques. Donc il en manque une.

Non ! la passagère de la moto avait récupéré la perruque de sa sœur pendant que celle-ci essayait d’extirper sa jambe d’en dessous. L’habillage en plastique a pris un sérieux coup et des morceaux trainent sur la chaussée. Les femmes se mirent aux bords pour se disputer pendant que les passants regardent la perruque en riant.

 


Fin des cours à Bamako,Tombouctou j’arrive…

 

Credit Photo: Faty
Credit Photo: Faty

 

C’est le même rituel depuis que l’enseignement normal existe. Le CFTQ est la place to be, pour tout enseignant  de l’enseignement normal, par amour du devoir bien fait, peut-être mais c’est surtout  pour les indemnités auxquelles ces corrections donnent droit. En effet nous ne sommes plus aux années de Moussa Traoré, Où la correction d’une feuille coutait à peine 100 FCFA. Maintenant elles rapportent des sommes rondelettes si le lot de feuille corrigé est important : 460 FCFA par feuille.  Quand on connait l’attrait de l’enseignant pour l’argent !

Je suis de l’exercice depuis juillet 2008, j’ai bien failli ne pas y être l’année dernière  avec la disparition de mon nom des proposés à la correction (je me demande si mon nom n’est pas tombé dans le fleuve pendant notre repli stratégique vers Bamako). Avoir aidé au travail administratif et joué le rôle du directeur des études jusqu’à la veille de la rentrée scolaire 2012-2013 ne m’ont en rien servi. Quand tu es une femme, dans un monde d’arabisant, reste à ta place. Tu as plus de chance de t’attirer leurs courroux que d’être proposée à un poste de responsabilité. J’en ai fait l’expérience. Pas si triste que ça ! C’est une autre leçon de la vie. Ce ne sont pas seulement les voix du seigneur qui sont impénétrables, ceux du monde des enseignants maliens aussi !

Cette année encore nous revoilà sur les bancs si peu confortables de cet établissement privé qui s’étend sur deux étages comme un château-fort, d’un blanc sale bien sale.  Le roi qui règne sur ce royaume s’appelle Amadou Alpha, du CECE (centre des examens et concours de l’éducation) . Un homme d’une rigueur bien exemplaire, si ce n’est cela j’imagine la cacophonie qui règnerait. D’aucuns sont prêts à tout pour mériter son estime pour être toujours convoqué.

Avant cette crise du nord et notre (nous enseignant, élèves-maitres, administration de l’IFM Hégire de Tombouctou) fuite en avant vers Bamako, la correction était bien intéressante car en plus des frais de séjour, nous profitions d’une somme forfaitaire pour le transport (des mois après hein !). Mais notre déception a été grande de constater en juillet dernier que la décision de relocalisation de notre établissement à Bamako nous privait de ce que nous voyions comme des avantages. Quelle frustration de voir ceux qui viennent de Kati en profiter, mais c’est le Mali… tout s’y fait et se cautionne. Cette année, mon jeune collègue qui en est à sa première correction a bien haussé la voix en répétant «  et ceux qui viennent de Tombouctou ! ». Silence. Pas une réplique. Sa voix a bien résonnée, emplissant la salle. Les agents du CECE chargés de cette besogne s’en sont allés sans lui répondre. «  Cela veut dire que c’est une cause perdue Birma ! Ils t’entendent bien,  c’était pareille l’année dernière » lui dis-je.

Je suis bien professeur de psychopédagogie, mais j’ai toujours été de la commission LMP (législation scolaire et morale professionnelle)-philosophie-ECM (éducation civique et morale). Ces deux dernières années il faut reconnaitre que le nombre des correcteurs a bien augmenté, faisant fondre nos gains comme peau de chagrin.

Les sujets de cette année même certains de philosophie, cadrent plutôt avec l’actualité.  « La religion ne peut-elle se propager que par la violence ? »,  « Nous sommes responsables de nos actes mais pas du destin », bien qu’il y ait eu les sempiternelles sujets sur la relation philosophie-religion-science société-pensée.

Les sujets de législation scolaire et Morale professionnelle LMP, s’articulent autour du comportement adéquat pour un enseignant, soit à l’école, en société, avec son employeur, ses droits, ses devoirs… Le sujet 2 de l’examen de passage de la 2ème à la 3ème année de l’IFM hégire s’intitulait : « la législation scolaire constitue un guide pour l’enseignant » explique cette pensée et donne des exemples dans la vie de l’enseignant permettant de l’illustrer.

Sujet bien abordable dirait qui connait le contenu du cours que nous avons vu en classe. Mais je suis bien désolée de vous dire que mes élèves ne pourront pas  bien le traiter car ils se buteront à des mots qui sont bien ‘’durs ‘’ pour leur niveau en français.  Il  s’agit de « guide » et « illustrer » les mots clés du sujet.

Le système ne me permet même pas d’avoir à corriger leurs copies d’examens, mais il faudrait bien expliquer aux autres correcteurs les difficultés que mes élèves ont en français (en arabe aussi d’ailleurs, les élèves maliens ont tous des difficultés dans tous les domaines conséquence d’un niveau bas qui ne cesse de s’affaisser.

Le sujet1 des élèves en passage en 3ème année généraliste  niveau DEF  évoque la conscience professionnelle chez l’enseignant qui serait le résultat d’un certain nombre de critères que l’élève-maitre doit décrire et donner les critères.

L’Education Civique et Morale ECM s’articule, lui, autour de la démocratie, la dictature,  la patrie, la nation, la famille, la corruption, les obstacles au développement, la liberté, la justice, la tolérance…

J’ai eu à corriger en ECM un sujet très intéressant qui renseigne sur la panne de patriotisme que connait le Mali. Le Sujet annonce ceux qui disent « j’aime ma patrie, je l’adore, je la chéris » ne sont pas forcément les plus grands patriotes et demande aux candidats de dire ce qu’est le vrai patriotisme.

Et là, les amis, la catastrophes.  Ils donnent bien facilement la définition de la patrie qu’ils doivent avoir bien écrit sur leur bout de « djinns » en rentrant en classe, mais c’est tout !

Quand il s’agit de donner les critères d’identification du patriotisme, ils vont s’enliser dans des discours creux, parfois insensé qui vont de refus du chauvinisme à la glorification du néocolonialisme, ainsi, je n’ai pu m’empêcher de retenir cette phrase « je félicite les français car ils ont nous sortis dans l’obscurité. Les griots de notre patrie ont organisés une chanson pour les français car la colonisation de notre patrie a été bien fait et la démocratie et les gens sont content nous avons nommé un président. Le patriotisme est l’ensemble des citoyens qui aiment sa patrie ».

3jours de dur labeur pour en finir avec toutes les feuilles, ceux qui ont fini les premiers aidant les autres pour que nous « puissions avoir notre argent rapidement ». La récolte n’a pas été aussi bonne. Mais vivement la correction de l’année prochaine. Cette fois-ci j’espère que nous ne serions pas résident de Bamako. Oh que Tombouctou me manque…

c’est la rumeur qui nous annonce que la rentrée scolaire aura lieu à Tombouctou, d’ailleurs personne ne m’a officiellement informé en avril quand je venais reprendre les cours à Bamako… peut-etre que je fuyais les fouets?

 

 

 

 

 

 


Boubacar Sangaré, l’etudiant malien

Certains seront tentés de se poser une question sur la motivation de tels portraits de ma part. Qui sont ces jeunes gens (ils penseront inconnus) que j’expose, (les plus méchants penseront au verbe flatter) ainsi ? Ils représentent tous simplement mon espoir pour l’Afrique. Un avenir constructible, une lueur qui deviendra lumière et éclairera le chemin de notre continent. Je crois en eux, en la jeunesse Afrique …pourquoi pas vous ?

Bouba DakarLe premier a été l’infatigable Serge katembera, le citoyen du monde prêt à tout pour son pays : la République Démocratique du Congo. L’aventure continue et cette fois-ci je vous présente Boubacar Sangaré, l’étudiant malien. Un autre mondoblogueur ! Le plus calme de tous pourrais-je dire.

Boubacar Sangaré est étudiant en 2ème année Lettres Modernes  FLASH (Faculté de Lettres, Langues, Art et sciences Humaines de Bamako), il est aussi journaliste et blogueur. Un autre citoyen du monde, soucieux pour son pays, animé d’un patriotisme bien rare chez les jeunes maliens de nos jours, aussi.

Boubacar Sangaré est un jeune peulh, originaire de la région de Mopti. Musulman, son nom fait certainement penser à Oumou Sangaré, la diva du Wassolo. Bouba (c’est ainsi que je l’appelle) est aussi engagé qu’elle mais lui se sert de son extraordinaire plume pour exprimer toute sa hargne, son envie, ses déceptions, son scepticisme parfois quand ce n’est pas de l’espoir pour son pays et son continent.

Son jeune âge, 22 ans, n’en fait pas un novice, mais au contraire, je vous souhaite juste de le rencontrer pour vous rendre compte qu’il n’est pas grand que de taille. Il en a beaucoup étonné par sa maturité précoce et son expression quelque peu tranchante quand il parle politique « La paix ! La paix ! La paix : elle est et a toujours été au Mali. Elle est juste sous nos pieds, enfouie dans l’inconscience et la bêtise des hommes dont les comportements amoraux ont conduit ce pays dans la marée enlisante des incertitudes » et si douce quand il évoque ses états d’âme, il écrivait notamment à Dakar d’un ton presque poétique, teinté d’un humour filtré « Bientôt, tous ces sourires qui rayonnaient des visages si beaux ne seront qu’un point noir. Des sourires légendaires. Bientôt, nous allons tourner le dos à Dakar. Dakar et son froid. Dakar et ses belles filles qui jouent les « Leuk-le-lièvre »…Dakar et ses chauffeurs de Taxi qui feraient mieux de rouler avec une carte de la ville avec eux…». Quelle contraste, direz-vous !

Mais ce Bouba m’a impressionné le premier jour que je l’ai rencontré et je l’ai immédiatement adopté comme le frère que j’ai perdu (d’ailleurs, il s’appelait Boubacar aussi). C’était au centre culturel français du Mali, en préparatif de notre voyage sur Dakar. Il a suffi d’une seconde pour sympathiser et commencer à blaguer (j’ai failli écrire blogueur, nous aimons tellement cela). A la fin de la conversation nous voilà en train de rentrer ensemble à la maison, sur ma moto. Depuis j’ai eu un chauffeur de moto attitré qui ne me dit jamais non quand j’ai besoin de lui pour échapper à la circulation monstre de Bamako.

L’étudiant malien ! Est-ce sa grande taille qui m’a plu ? Ou son sac à dos de couleur orange qui doit peser une tonne car rempli de livres ? Oui, mais il y a autre chose en plus…sa culture et sa gentillesse sans commune mesure. Il ne m’a jamais dit non, lui arrive-t-il de dire non ? Ce garçon est fort étonnant.

Son blog, qui lui valut d’être sélectionné parmi les 20 meilleurs blogueurs de la saison 2 de Mondoblog et lui permit d’être de la formation de Dakar durant le mois d’Avril, est son podium.

Le contenu cadre bien avec le personnage. Vous verrez, Bouba dénonce le système éducatif malien qui ne fait que se nécroser d’année en année, « qu’on se le dise, l’étudiant malien n’est pas ce qu’on pense » dit-il presque à pleins poumons, comme un cri sorti de ses entrailles. Les bourses si nécessaires mettent plus de 5mois  avant d’être perçues, des professeurs qui perçoivent impunément des sommes pour faire passer les plus riches, organisent des cours privés à l’approche des examens qui ne disent pas leurs noms…etc.

Il n’hésite pas à parler de la puissante Association de Elèves et Etudiants du Mali (AEEM) qui fait sortir des milliers de militants incrédules dans les rues pour participer au jeu politique, des syndicats des enseignants qui décrètent des grèves irraisonnées si ce n’est une rétention des notes. Pauvre étudiant malien !

Journaliste dès sa terminale, Boubacar n’est pas particulièrement tendre avec les journalistes maliens qu’il accuse d’avoir dénaturée la profession en devenant des mercenaires de l’info, juste par souci de per diem quand on sait que c’est un métier qui ne nourrit pas son homme  au Mali « c’est grimper à l’arbre de la naïveté  que d’espérer vivre du métier de journaliste »

Il n’est pas particulièrement tendre avec la télévision nationale ORTM  (comme moi d’ailleurs) qu’il clash dans un article récent. N’importe qui est journaliste au Mali.

Il collabore avec plusieurs publications maliennes notamment les journaux  » le flambeau » et  « pays ».

Boubacar est un passionné du monde arabe, dont il discuterait pendant des heures, sans se lasser. Son (pas lui-seul, mais notre) amie Limoune (une autre mondoblogueuse que je vous ferais bien connaitre si elle y consent) en a fait l’expérience.  Bien étonnée de voir un jeune malien parler si aisément de la révolution tunisienne, d’Ennahda, de la Tunisie du temps de Ben Ali. Et pas seulement de la Tunisie, Boubacar s’intéresse à tout le Maghreb, s’attachant même à ses écrivains qu’il affectionne particulièrement.

Mais n’allez pas croire qu’il en rejette l’Afrique noir, son livre  préféré est « l’étrange destin de Wangrin » de Hampaté Ba, il en tire son humilité et son élégance qui « consiste à ne jamais dire de bien de soi, à ne jamais se vanter de ses bienfaits et au contraire à  se rabaisser, a s’attribuer les pires défauts ». Ainsi, il se décrirait comme un timide (encore un) maladif, renfermé, qui n’a jamais dansé, d’ailleurs il n’a jamais mis pieds dans une boite de nuit (oui, c’est possible). Il aime la lecture, la musique, les jeux vidéo, le football. C’est un grand supporter du Réal Madrid (notre point de discorde) qui chatte peu et tweete encore moins.

L’interview aidera certainement à mieux  le cerner :

1.      Présente-toi parle nous de toi, tes études, tes distractions, tes hobbies

Je réponds au nom de Boubacar Sangaré. Je suis journaliste-blogueur, et Etudiant en Lettres modernes à la Faculté des Lettres, Langues et des Sciences du Langage de Bamako. J’aime l’écriture, la lecture. Et, jeunesse oblige, je joue au football.

2.      Peux- tu nous parler de ton cursus scolaire

Mon père m’a inscrit à l’école privée ‘’Avenir’’ de kalaban-coro, un matin de l’année 1998. J’y ai obtenu le  Certificat d’Etudes Primaires (C.E.P) en 2004 et le Diplôme d’Etudes Fondamentales (D.EF) en 2007. Ensuite, je suis entré au Lycée Tamba Doumbia de Kalaban-coro où j’ai obtenu le baccalauréat en 2010 avec la mention Assez-bien (13,35), ce qui a été une déception pour mes enseignants, mes parents et moi aussi. J’étais un élève brillant. Cette déception s’est accentuée surtout lorsque ma demande de bourses pour aller étudier à l’extérieur, notamment dans un pays du Maghreb, a subi un échec. Je voulais partir, fuir ce système voulu et planifié par les plus hautes autorités pour ‘’formater’’ des savants. Mais, je suis toujours là, en train de lutter contre le système. Quand je me souviens de cette période, la colère m’obscurcit les yeux. C’est l’un des moments de ma vie dont je n’aime pas me souvenir…

3.      Tu es aussi journaliste quel ton avis sur ce métier au Mali

Pour qui connait le quotidien de la presse au Mali, il n’est pas besoin de longues démonstrations pour dire qu’il est extrêmement difficile de vivre de ce métier. Et, dernièrement, j’ai écrit un billet qui touche à ce sujet. En effet, au nombre de cette montagne de gazettes au Mali, rares sont ceux qui payent leurs journalistes ; le plus souvent seuls 3 à 4 journalistes sont salariés et les autres vivent dans la débrouille…malgré qu’ils fournissent régulièrement des papiers. La conséquence est qu’ils vont se retrouver dans l’obligation de faire tous les jours une chasse à l’argent, et cela souvent au mépris de toute déontologie. Pour faire court, je dirais que c’est un métier qui n’a pas la considération requise ; le journaliste est devenu celui qu’on poursuit de sa haine même s’il dit la vérité, qu’on accable d’insultes et qu’on accuse à tout bout de champ d’avoir été soudoyé pour commettre tel ou tel article. Aussi, ce métier ne paye pas parce qu’on est dans un pays où les gens sont allergiques à la lecture, d’où la fameuse boutade « si tu veux cacher quelque chose au malien, mets dans le livre » Quand dans un pays, la jeunesse elle-même fait du livre son ennemi numéro un, quelle prise de tête ! On ne paye un journal que lorsqu’on y fait l’objet d’un article insultant, histoire de découvrir qui en est l’artisan et chercher à le lui faire payer…Un jour, une étudiante m’a dit avec une complaisance insupportable qu’elle préfère payer de la boisson à 250 FCFA que le journal « Le Flambeau » auquel je collabore et qui ne coute que 100 francs dans les espaces universitaires et scolaires. Je n’en revenais pas ! C’est dire, encore une fois, combien il est difficile d’être journaliste au Mali !

4.      Quelle est ton analyse sur la situation sociopolitique du Mali

Je ne suis ni politologue, ni sociologue mais tout ce que je peux dire c’est que le Mali est en train d’écrire une page des plus lamentables de son histoire. Voilà un pays dont tout le monde disait qu’il est un modèle, en termes de démocratie surtout. Voilà un pays qui était envié pour la stabilité sociopolitique qui y régnait. Et dire qu’il a suffi juste d’un foireux coup d’Etat et d’une rébellion armée pour qu’il succombe, il y a vraiment de quoi être déboussolé ! Pour ma part, je dirais que ce qui arrive au Mali aujourd’hui n’est rien de moins que le résultat de 20 ans de mauvaise gouvernance et de mauvaise pratique de cette démocratie qu’on brandie aussi à toute occasion comme une panacée, alors qu’elle est loin d’en être une ! Le fait est que, après la révolution du 26 mars 1991 qui a mis fin au régime monolithique du Général Moussa Traoré (qui a dirigé le pays de 1968 à 1991), les « démocrates » qui sont venus au pouvoir ont été pires que ceux qu’ils ont remplacés. Et c’est à partir de cette période qu’on a jeté les bases de la domination d’une minorité riche sur une majorité pauvre. Cela est un rappel toujours utile, même si on ne le dit pas assez. Et ceux qui sont nés dans l’aurore de cette démocratie malienne, comme moi, n’ont connu que corruption, népotisme, favoritisme, piston et kleptocratie. Les systèmes éducatif, culturel et sportif ont volé en éclats. Ces phénomènes qui ne vont pas avec la démocratie se sont ancrés même dans l’armée, au point qu’on y entrait plus par le mérite mais par favoritisme, par le piston. Il ne faut s’attendre qu’à un tel effondrement dans un pays où les premiers et les méritants sont les derniers. Et, sans craindre de se tromper, ceux qui ont trouvé la mort ainsi que ceux qui continuent de se battre au Nord du Mali appartiennent à la catégorie des soldats qui sont entrés dans l’armée par conviction, sinon les pistonnés ont pris la clef des champs depuis les premières heures de la guerre et ont fait leur deuil de l’uniforme. Le Mali n’avait pas d’armée ; et même s’il en avait une, elle était facultative. Ce pays n’avait pas les éléments fondamentaux d’un Etat moderne. La puissance d’un Etat se mesure surtout à l’aune de l’état de son système éducatif, son armée… Et, encore une fois, contrairement à une idée reçue, la situation qui prévaut au Mali ne pose pas seulement une question de rébellion, de coup d’Etat ou de terrorisme, c’est aussi un problème de vacuité politique et d’une faiblesse de l’Etat malien.

 5.      Et cette date impérative du 28 juillet pour les élections présidentielles?

Il est n’est plus besoin, à mon sens, de perdre son temps à rappeler qu’il sera difficile de respecter cette date imposée aux autorités maliennes de transition par la communauté internationale, et surtout la France. Témoin la mise en garde du président français M. Hollande qui a déclaré qu’ « ils » seront intraitables sur le respect de cette date. Preuve aussi que le Mali n’a pas le choix, n’a aucune autonomie de décision et donc est obligé de se laisser téléguider comme on conduit un bœuf de labour au champ. Sinon il est clair que les difficultés évoquées par le président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (ceni) ne sont pas anodines : retard pris dans la production, donc dans la distribution des cartes, la situation à Kidal, le cas des personnes déplacées… Mais ce qui est déroutant dans l’affaire, c’est que le président de la ceni est le seul à faire cas de ces difficultés !

6.      Ton pronostic?

Question difficile. Non, la seule chose qu’on peut dire c’est que dans cette élection vainqueur soit le peuple et donc la démocratie. C’est tout ce qu’on peut dire.

7.      Je te sais maghrebophile, peut-on connaitre ton analyse du printemps arabe

AVT_Akram-Belkaid_9040.pjpegOui, bien sûr, j’aime beaucoup le Maghreb. C’est une région à laquelle je me suis intéressé grâce surtout à un journaliste, Akram Belkaïd, qui a fini par devenir un ami. A propos du « Printemps Arabe », tout ce que je peux dire c’est que ça été un vaste mouvement de contestation qui a secoué beaucoup de pays du monde Arabe. On sait que le mouvement a démarré en Tunisie avec le suicide du jeune Mohamed Bouazizi, à Sidi Bouzid, le 10 décembre 2010. Des manifestations ont éclaté avec comme slogan « Dégage ! » lancé contre le président Zine El Abidine Ben Ali. En Egypte, les révolutionnaires ont repris le même slogan. Au Bahreïn, le soulèvement a échoué et ainsi qu’au Yémen où le dictateur Abdallah Saleh a réprimé la contestation avant de finir par démissionner, si mes souvenirs sont bons, le 27 février. Mais ce qui est frappant, c’est que ces révolutions ont des causes communes qui sont, entre autres, les dignités bafouées, la kleptocratie, le mauvais partage des richesses, manque de liberté politique et individuelle… En Syrie, la révolution est toujours en cours et le régime d’Assad continue de faire des milliers de morts. En Libye, Kadhafi a été tué. La révolution a viré à une guerre civile entre la Jamahiriya de Kadhafi et les rebelles du Conseil National de Transition aidés par une intervention internationale sous mandat de l’O.N.U. Ce qui m’amène à préciser une nuance de taille qui est entre ce qui s’est passé en Libye et ce qui s’est passé en Egypte et en Tunisie. Le fait est qu’en Egypte et en Tunisie, ce sont les peuples qui ont conduit les dictateurs Ben Ali et Moubarak à quitter le pouvoir, mais en Libye le CNT n’est qu’une création de l’occident.

8.      l’islam fondamentaliste est-il une menace pour les pays qui ont connu le printemps arabe?

Je ne suis pas sûr que l’islamisme soit une menace pour ces pays. Le problème est que ces pays du monde arabe se trouvent dans une situation cornélienne : comment faire avec l’islam au moment où les peuples aspirent à plus de démocratie, à la modernité, à plus d’égalité, même entre hommes et femmes ? C’est là une question d’importance à laquelle il n’est pas banal de répondre. Dans des sociétés majoritairement musulmanes, il est impossible de parier sur une disparition de l’islamisme, d’autant plus qu’elles restent conservatrices dans les comportements. Par exemple, au Mali comme en Algérie ou en Tunisie, deux jeunes appartenant tous à des familles musulmanes peuvent vivre longtemps dans le concubinage (ce qui ne cadre pas avec les prescriptions de la loi islamique), mais pour se marier, les parents vont se modeler sur les règles qui régissent le mariage dans l’islam !  Il faut aussi ajouter que la pire des solutions, c’est de vouloir éloigner les islamistes du champ politique ou de refuser de prendre contact avec eux. Et les algériens connaissent bien cette question, car chez eux elle a conduit tout droit à la guerre civile avec l’annulation des législatives remportées par le Front Islamique du Salut (F.I.S). Et aujourd’hui encore, ils sont divisés sur cette question : pourquoi l’armée a annulé ces élections ? Pourquoi n’avoir pas laissé le FIS faire ses preuves ? Mais, il faut éviter d’être naïf, car personne n’est sans savoir que ces formations islamistes n’ont vraiment pas les capacités et les idées requises pour gérer des pays qui se veulent laïcs. Et c’est là qu’on touche à l’une des questions que soulèvent ces partis qui se réclament de la mouvance des « Frères musulmans ». Une fois arrivés au pouvoir, ces partis islamistes se montrent rétrogrades tant sur le plan des mentalités que sur le plan de l’exercice du pouvoir. Ils affichent une volonté de régner sans partage et ne supportent pas d’être critiqués ni par l’opposition ni par la presse. Donc, on peut bel et bien accepter de partager le champ politique avec les islamistes et, dans le même temps, faire confiance au peuple qui sait mieux qui il lui faut au pouvoir.

9.      Et le cas de la Syrie?

Ce qu’il faut déplorer en Syrie, c’est le fait que la révolution n’appartient au peuple syrien, beaucoup d’autres puissances sont impliquées, les Etats-Unis et la France en tête. Aussi on ne saurait oublier le fait que les rebelles de l’Armée Libre Syrienne sont soutenus par des pays comme le Qatar et l’Arabie saoudite qui tirent les ficelles. Mais ce qui est sûr, c’est que le régime de Bachar Al Assad va finir par tomber.

  1. 10.  Parle-nous de tes auteurs arabes préférés

yasmina-khadraBon, au vrai, je n’ai pas une connaissance bonne de la littérature arabe. Au Maghreb, j’ai lu quelques écrivains tels que Yasmina Khadra (son vrai nom est Mohamed Moulssehoul) qui est algérien comme Mohamed Dib aussi dont j’ai lu le roman ‘’Et si Diable veut !’’, et le marocain Abdelhak Serhane. Je lis aussi l’écrivain Akram Belkaïd, qui est l’un des fins analystes du monde arabe.

11.  Ces auteurs sont-ils engagés?

Oui, ils le sont. Concernant Akram Belkaïd que je connais le mieux, il suffit de lire son essai « Un regard calme sur l’Algérie » pour saisir le degré de son engagement. Ils y dénoncent des phénomènes comme la corruption, le népotisme, le piston…, s’attaque à des personnalités politiques, des militaires, à la colonisation…

12.  Quels sont tes mentors?

Il y a un oncle journaliste Amadou Sidibé qui travaille au quotidien « Les ECHOS » où j’ai aussi écrit à un moment donné, et ma mère aussi à qui je dois tout. Mais le plus important est Akram Belkaïd que je prends pour modèle et qui sait bien me conseiller aussi. Même si nous sommes l’un aux antipodes de l’autre : lui vit à Paris et moi à Bamako.

13.  As-tu un message à passer la jeunesse africaine?

Le seul message que j’ai à adresser à la jeunesse africaine, c’est de se battre, lutter pour prendre sa revanche sur le sort injuste que l’histoire lui a fait.


Serge Katembera, un avenir sûr pour l’Afrique

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Serge Katembera est Congolais, né en France et étudiant au Brésil. Ce jeune homme agé de 27 ans est devenu un franc fan de son pays d’acceuil, amoureux du Brésil, du football (qu’il aimait avant d’y aller hein!), du portuguais (qui au lieu d’etre un obstacle lui a servi d’alibi pour s’intégrer facilement, sa cuisine,  sa musique dont « les styles variés », est fascinante.

Je l’ai connu par le biais de Mondoblog. Cette plateforme de blogueurs francophone supportée par l’atelier des médias (une émission web participative) de RFI  imaginée par Phillipe Couve et Cédric Kalondji (congolais, grande référence en matière de blogging en Afrique)

Grand amateur de lecture, des livres aux sites internet en passant surtout pas les blogs en français, anglais,portugais; Serge souffre de l’internet addict (je me demande s’il le sait), lisant (je suis sure) la majorité des blogs de la plateforme et donnant chaque fois des commentaires des plus pertinents.

Et pas que  les blogs de mondoblog! Cela fait voir son intérêt sur ce qui se passe un peu partout sur la terre et sa capacité à développer une opinion.

J’ai rencontré le jeune homme à la tignasse à Dakar, pendant la formation organisée pour les mondoblogueurs lauréats au concours. Il discute beaucoup avec, les autres, mais pourtant le jeune homme est timide, calme. Moi je le dis même sage. Il n’a pas ce gout prononcé des jeunes pour la fête à outrance, même s’il avoue trop boire. Je vous rassure tout de suite, c’est un garçon sérieux qui parlerait politique et philosophie pendant des heures tellement cela le passionne.

Un tour sur son blog Carioca Plus, vous permettra certainement de comprendre le goût prononcé de Serge pour le Brésil, le football et la politique. Le “football serait un atout politique affirme-t-il en titre d’un article de la Chronique du Mondial en prévision de la coupe du monde qui aura lieu au Brésil.

C’est une intéressante tribune qui permet de voir les talents de journaliste.  Carioca Plus est une sorte de pont que Serge a su ériger entre l’Afrique et le Brésil. Je me rappelle de son insistance, sa protestation quand je me suis permise de mettre Audrey Pulvar dans mon classement des 7 femmes marquant l’an 2012, me conseillant (pour ne pas dire me recommandant) de mettre (à juste titre) Dilma Rousself ou Fatou Bensouda à la place.

Son blog m’a tenu en haleine (comme beaucoup de ses lecteurs) ces derniers jours, car l’étudiant en sciences politiques ne pouvait s’empêcher de sortir dans la rue pour photographier,écouter, crier, marcher mais aussi analyser cette réaction inattendue du peuple brésilien contre d’abord l’injustice sociale. Mais Serge a autant parlé des dérives et du risque de dénaturation et d’un détournement du mouvement spontanée populaire.

Serge Katembera est un citoyen du monde, il se voit comme un pionnier et écrit “partir de chez moi à 22 ans n’est pas facile surtout si cela signifie traverser  l’atlantique  dans une aventure digne du capitaine Cortès. C’est l’expérience suprême d’une vie de découverte, d’apprentissage et d’humilité à laquelle aucun jeune du 21ème siècle ne devrait déroger”. Ne soyez par étonné qu’il sache chanter les hymnes nationaux de l’Italie, la Marsaillaise,l’hymne congolais, celui du Portugal, du Brésil et de l’Allemagne.

La vie d’etudiant au brésil à permis à ce jeune francophone de se lier avec des jeunes africains lusophones qu’il estime laissé pour compte faute d’une identité linguistique avec  le reste du continent, decouvrant une autre Afrique,d’autres réalités, notamment leur cuisine,encore!.

A cela il faut ajouter l’amour du cinéma, la musique et un amour pour son pays le Congo qui est surtout present sur son autre blog qu’il a appelé le blog de Serge Katembera. Il y parle de toute son ambition pour son pays en proposant de prendre exemple sur le Brésil. Serge est auteur d’articles publiés dans des révues académiques brésiliennes.

Pour bien cerner ce jeune homme qu’on peut qualifier d’exemplaire, je vous propose de suivre cet interview:

1.   Peux-tu te presenter?

Je m’appelle Serge Katembera, je suis diplomé en journalisme et actuellement étudiant chercheur en sciences politiques à l’Université Fédérale de Paraïba au Brésil.

2.   Quelle est ton cursus scolaire?

Je n’ai pas fait d’école maternelle, je ne m’en rappelle pas vraiment d’ailleurs. Je sais que je n’aimais pas trop aller à l’école maternelle, probablement parce que je préférai rester près de ma famille. Après, je suis allé dans des écoles privées sans être très brillant je crois. Ce que je garde en ma mémoire c’est mes études secondaires dans une école catholique de la congrégation des Frères de Saint Joseph. Je ne suis pas catholique, mais j’y ai appris les Avé Maria et Notre père… mais également la discipline personnelle qui allait faire de moi un étudiant plutôt correct. J’ai fait des études en journalisme pendant trois ans et j’ai obtenu ma licence à l’IFASIC en RDC, avant de réaliser mon rêve c’est-à-dire étudier dans une université internationale. En septembre, j’aurai mon diplôme en Science politique. J’écris notamment un mémoire sur la “transition politique et la consolidation de la démocratie en RDC”.

3.   Quel est le thème de tes études et quels sont les diplômes que tu as obtenus ?

Mes premières études universitaires sont en communications et journalisme, alors là c’est une passion car j’ai par la suite écrit un article scientifique sur le theme “société d’information”. Par la suite, je suis allé au Brésil, à Paraíba, pour faire science po à l’Université Fédérale de Paraíba (João Pessoa). Une excelente université qui m’a beaucoup formé notamment grâce aux contacts personnels que j’ai eu avec des nombreux professeurs de qualité venus du monde entier, comme par exemple l’anarchiste de l’université de Saint-Ethienne Daniel Colson, ou le spécialiste en Montesquieu de l’’Université de Chicago Philippe Desein.  Évidemment, j’ai eu d’excellents professeurs brésiliens.

4.   Penses-tu arreter tes etudes après tes études en sciences politiques ?

Je compte faire mon doctorat et même un post-doctorat, mon milieu c’est l’université, c’est un espace qui me permet de penser le monde, de le comprendre avec ses nombreuses mutations.

5.   Comment se passé tes études au Brésil?

université de paraiba

Mes études se sont bien passé jusqu’ici parce que je me suis imposé une discipline à laquelle beaucoup ne sauraient se soumettre. Pendant mes deux premières années d’études, je sortais peu, j’étudiais trop et oubliais de m’occuper de mon corps (c’est importante, car il faut garder une bonne forme physique… ). J’ai publié quatre articles scientifiques dans plusieurs revues universitaires latino-américaines et brésiliennes lors de ma licence, j’ai participé à des groupes de recherche dans l’université. En fait, j’ai vraiment profité de mes années d’études. Il y avait également les fêtes estudiantines.

 

6.   Que retiens-tu le plus de ce pays ?

Ce que je retiens des brésiliens et de leurs pays c’est leur force intérieure et cette volonté de changer leur destin. C’est peut-être de la mégalomanie comme quand ils ont décidé de créer Brasília en 5 ans, mais cela a marché grâce au génie de l’architecte Oscar Niemeyer. Je suis tombé amoureux de la samba et des nombreux artistes brésiliens comme le chanteur Cazuza (décédé du Sida, c’est un de mes héros). Aujourd’hui le Brésil montre la voie à tous les “pays du sud” leur disant qu’il est possible de se dépasser et de s’inviter dans le concert des nations. Il y a um dicton très célèbre au Brésil devenu la phrase de l’ancien joueur de football et entrainneur Mario Zagalo qui dit: “vocês vão ter que me engolir” c’est-à-dire en gros que “vous serez obligé d’accepter ma présence parmis vous”. C’est un bon état d’esprit. Les brésiliens sont comme ça.

7.   Après les études comptes-tu repartir au Congo ou en France  ou rester au Brésil?

Ça depend, pour rentrer au Congo je dois avoir des bonnes opportunités à la mesure de mes études et de mon investissement personnel. C’est pareil pour la France.

8.   Serge coté jardin?

Pour la famille, j’ai um frère qui vit à Curitiba au Sud du Brésil, un autre au Congo et d’autres en Inde, en Ukraine. Et puis, j’ai une unique soeur.

9.   Qui est ton mentor?

j’ai plusieurs mentor mais le plus important c’est sans aucun doute mon père, je travaille dure pour l’égaler ou le dépasser sinon je n’aurai rien réalisé dans la vie. Et puis il y a une professeur de Science politique ici dans mon université qui m’a orienté quand je suis arrivé, c’est ma marraine intellectuelle et mon exemple. Elle est également une grande amie.

10.       Quelles sont tes distractions?

Alors, dans mes heures libres, j’aime voir les matchs de football d’Arsenal même si on ne gagne plus assez, le cinema est une vraie passion. J’essaye toujours d’acheter des vieux films ou de les télécharger pour savoir un peu ce qui s’est fait de bon dans le cinema. J’ai par exemple ma propre collection d’Alfred Hitchcock. Après, il y a la literature russe, française. Et tous les jours je cherche à découvrir des nouveaux artiste du jazz, le dernier en date est l’américain Grégory Porter.J’aime écrire mais par dessus tout j’aime les débats. J’ai fait partis des groupes de culture générale à l’école. Alors lorsqu’à un momment de ma vie je me suis senti sans interlocuteurs, j’ai décidé de créer un premier blog, assez amateur, mais à mon image. Là j’ai appris pas mal de techniques, ensuite est venue l’aventure Mondoblog, je l’ai embrassé et je ne regrette rien. J’ai un projet personnel que je souhaite faire passer à l’université et qui aboutira sur une étude approfondie de la plateforme. Enfin, si tout va bien…

11.       Que penses-tu de l’afrique de maintenant

Je n’aime pas trop penser à l’Afrique, cela fait trop mal car on n’avance pas assez vite. Les jeunes n’ont plus d’espoir. Je suivais un réalisateur africain qui disait que les africains préfère « se suicider » en allant en Europe que de continuer de vivre dans leurs pays. Si mon pays pouvait me donner des conditions réelles pour m’épanouir j’y retournerai sans problème, mais ce n’est malheureusement pas le cas.

12.       Peut-on esperer pour le continent?

Je ne condamne pas les jeunes africains, je mets tout la responsabilité, je dis bien toute,  sur nos dirigeants. Mon passage à Dakar en avril dernier m’a permis d’avoir quelques espérances pour le continent. Beaucoup de gens essayent de bouger les choses, de dynamiser la vie économique avec différents types d’innovation. Mais le gros problème demeure la démocratie. Quand les gens disent qu’il faut une démocratie à l’africaine, c’est un leurre. Le changement viendra par les jeunes mais par cette jeunesse issue de l’oligarchie au pouvoir depuis l’indépendance. Dans mon pays, les mêmes familles dirigeantes depuis l’indépendance, les coups d’Etat ne changent que les familles à la tête de l’Etat.

13.       Quel homme politique admire- tu le plus en afrique ? Dans le monde ?

En Afrique j’aime beaucoup Lumumba. J’ai également beaucoup d’admiration pour Nelson Mandela, mais les gens s’attachent au mythe et ignorent qu’en Afrique du Sud les noirs sont encore des esclaves. Je l’ai remarqué il n’y a pas si longtemps lors de mon passage à Joanesbourg. Dans le monde, j’aime beaucoup un italien malheureusement décédé, Norberto Bobbio par la portée de sa pensée politique, c’était un intelectuel comme on en trouve plus aujourd’hui. Et puis, je m’inspire beaucoup de Camus par son courage. J’aime beaucoup sa phrase qui dit “entre ma mère et la liberté, je choisis ma mère”. J’ajouterai sans hésitation Lula da Silva pour tout ce qu’il a représenté pour son pays, c’est très symbolique qu’un ouvrier soit parvenu à occuper la présidence brésilienne. Enfin, il faut rendre hommage à Hugo Chávez, un homme qui savait écouter son peuple et voulait éradiquer les inégalités dans son continent, c’est ça l’idéal suprême de la Gauche.

 

 


Je suis tombouctienne, j’ai un mari secret #2

Credit Photo: Faty
Credit Photo: Faty

Episode 2 de ma série sur les femmes maliennes. Aujourd’hui  j’ai décidé de vous parler d’une pratique que je n’ai cessé de dénoncer depuis que je l’ai apprise : Le mariage secret. C’est une spécialité de Tombouctou comme le Toukassou ou le Fakouhoye (des plats sonrais).

Je ne sais pas si cela se fait ailleurs, mais nulle part au Mali cela ne se pratique, d’ailleurs beaucoup de maliens du Sud ignorent cette coutume si avilissante pour la femme. En effet, pour continuer à pratiquer la polygamie sans pour autant offenser leurs femmes, les hommes, à  Tombouctou (qui ne doivent pas être aussi fiers d’eux !)ont pu trouver une pirouette : prendre une seconde femme à l’insu de la première femme qui peut  ignorer cette situation toute sa vie. Dans beaucoup de cas c’est au décès du bon viveur (le mari) que l’on découvre le pot aux roses.

Les enfants des deux mariages sont obligés par la loi (islamique ?) à partager l’héritage. Les femmes ne peuvent que se résigner et porter leur habit (bleu) de veuve.  Mais laquelle des deux faut-il plaindre ?

La première femme que son mari craignait et ne voulait offenser ou la seconde qui a accepté de vivre cachée, sans aucun droit, ne profitant que d’instant volées à la première ?

Je me rappelle la furie de mon amie la comédienne malienne Mariétou Kouyaté qui s’offusquait du trop-plein d’exigences et des dépenses du mariage sonrai. «  Mais Titty, fait quelque chose pour qu’on démunie les dépenses et que les filles puissent se marier, c’est trop cher-là ! »

« Mariétou, je voudrai bien mais que pourrais-je ?, en plus tout le monde ne se marie pas ainsi à Tombouctou, il y a tout type de mariage. Il y a même des mariages secrets. ». Quand j’eus à lui expliquer qu’il y avait des femmes qui se mariaient à des hommes qui se cachent pour leur rendre visite, elle est tombée des nues ! Pas possible ! Mais comment une femme peut accepter cela ? Ce sont des esclaves ? Elles font ça par amour ? Mais les hommes qui font cela sont des lâches ! Mon Dieu ! Un homme du Sud ne ferrait jamais ça (et pas pour les bonnes raisons hein !)

Si au nord, on y verrait une crainte de la première femme, au sud les femmes ont autant d’importance que le bétail. Excusez-moi si le mot s’il vous choque, mais je ne vous conseille pas de vous rendre dans les régions agricoles du Mali. Vous vous rendrez compte que ce sont les femmes qui abattent la majeure partie du travail des champs tout en faisant les travaux ménagers.

Les efforts du bon monsieur s’arrêtent avec l’hivernage, aussitôt la récolte faite les activités principales consistent à mettre la bonne femme enceinte et à  bronzer (si c’est possible) sous l’arbre à palabres.  C’est à elle de tirer le diable par la queue pour trouver de quoi nourrir ses enfants en faisant les cultures de contresaison et autres activités sources de revenus, notamment le petit commerce.

Le rituel est entouré d’une sorte de mystère. Les femmes n’y assistent pas contrairement au mariage religieux (islamiques je précise) normaux, l’endroit même où il est célébré est secret est différent de la mosquée. Même  s’il arrive qu’il soit fait à la mosquée ce n’est pas à une heure de prière.  Cela se eut se faire dans une concession en présence du marabout qui scelle l’union et des témoins  des deux parties. Ils sont tenus au sortir de la cérémonie d’en informer les deux premières personnes qu’il  rencontre.  Cette petite coutume enlevé un peu car il peut arriver que les témoins ne croisent personne pu voient une personne qui sait garder le secret jusqu’au jour où l’un des conjoint mourra. Il témoignera de la véracité de l’union si celle-ci est contestée par la première épouse bafoué, et que les témoins du mariage ne sont plus vivants.

Il serait facile de juger ces femmes qui acceptent se  marier de cette manière, mais il faut comprendre que dans certains cas la femme se débrouille elle-même pour rendre l’union publique en en parlant autour d’elle. Je me rappelle du mariage secret d’une amie, que dis-je une camarade, car bien qu’ayant discuté avec elle, elle s’est tu sur son union futur avec un copain que tout le monde lui connaissait. Le jour où son « mariage  dit secret » a été célébré, la nouvelle s’est propagée dans la ville.  Deux semaines après elle nous en informait de vive voix et nous amenait notre « alada ». Le mot veut dire tradition ou coutume.  Quand une jeune fille se marie à Tombouctou, le mari doit un repas aux amis de cette dernière.  Cette somme qui était modique a été exagérée de nos temps et le minimum exigé est 100.000 F CFA plus quelques casiers de boissons. Plus le mari est riche, plus il en donne et fait le prestige de la femme. Tu entendras dire à Tombouctou, après un mariage les amis de la marier dire que « nous avons 200.000 F CFA, nous sommes forts (yen Ngo fore) ».

Mais je devrai aussi préciser que ce sont les amis du marié qui donnent cette somme aussi. S’il n’a pas d’amis, il lui faudra économiser longtemps pour se marier à la régulière, car en plus de cela il ne faut pas oublier la valise de la mariée qui devrait comprendre chaque élément  quadrillé : boubou en Bazin riche, pagne wax, uni wax, chaussures, foulards, boucles d’oreille, dizaine de slip et d’autres babioles nécessaires à une femme.

A cela, il faut ajouter le prix des condiments pour la famille de la mariée et sa propre famille, un sac de riz, la robe de la mariée, un bijoux en or et une vache pour les mamans de la mariée…

C’est à n’en pas finir, d’où la colère de Mariétou Kouyaté qui ne comprenait pas cette coutume tomboctienne qui consistait à toujours remettre une grande somme d’argent à toute personne qui vous amène un présent.

Avant, la vache et l’or était donné en cadeau à la jeune mariée trouvée vierge après la  parade nuptiale. Maintenant, épouseras-tu une femme mère de plusieurs enfants,  tu ne dérogeras pas à cette coutume. Ou tu te marie incognito : juste une petite cérémonie à la mosquée et on t’amène ta femme sans bruit.

Tombouctou est surnommée la mystérieuse, c’est à juste titre les amis.