Je suis tombouctienne, j’ai un mari secret #2

Étiquettes
10 juillet 2013

Je suis tombouctienne, j’ai un mari secret #2

Credit Photo: Faty
Credit Photo: Faty

Episode 2 de ma série sur les femmes maliennes. Aujourd’hui  j’ai décidé de vous parler d’une pratique que je n’ai cessé de dénoncer depuis que je l’ai apprise : Le mariage secret. C’est une spécialité de Tombouctou comme le Toukassou ou le Fakouhoye (des plats sonrais).

Je ne sais pas si cela se fait ailleurs, mais nulle part au Mali cela ne se pratique, d’ailleurs beaucoup de maliens du Sud ignorent cette coutume si avilissante pour la femme. En effet, pour continuer à pratiquer la polygamie sans pour autant offenser leurs femmes, les hommes, à  Tombouctou (qui ne doivent pas être aussi fiers d’eux !)ont pu trouver une pirouette : prendre une seconde femme à l’insu de la première femme qui peut  ignorer cette situation toute sa vie. Dans beaucoup de cas c’est au décès du bon viveur (le mari) que l’on découvre le pot aux roses.

Les enfants des deux mariages sont obligés par la loi (islamique ?) à partager l’héritage. Les femmes ne peuvent que se résigner et porter leur habit (bleu) de veuve.  Mais laquelle des deux faut-il plaindre ?

La première femme que son mari craignait et ne voulait offenser ou la seconde qui a accepté de vivre cachée, sans aucun droit, ne profitant que d’instant volées à la première ?

Je me rappelle la furie de mon amie la comédienne malienne Mariétou Kouyaté qui s’offusquait du trop-plein d’exigences et des dépenses du mariage sonrai. «  Mais Titty, fait quelque chose pour qu’on démunie les dépenses et que les filles puissent se marier, c’est trop cher-là ! »

« Mariétou, je voudrai bien mais que pourrais-je ?, en plus tout le monde ne se marie pas ainsi à Tombouctou, il y a tout type de mariage. Il y a même des mariages secrets. ». Quand j’eus à lui expliquer qu’il y avait des femmes qui se mariaient à des hommes qui se cachent pour leur rendre visite, elle est tombée des nues ! Pas possible ! Mais comment une femme peut accepter cela ? Ce sont des esclaves ? Elles font ça par amour ? Mais les hommes qui font cela sont des lâches ! Mon Dieu ! Un homme du Sud ne ferrait jamais ça (et pas pour les bonnes raisons hein !)

Si au nord, on y verrait une crainte de la première femme, au sud les femmes ont autant d’importance que le bétail. Excusez-moi si le mot s’il vous choque, mais je ne vous conseille pas de vous rendre dans les régions agricoles du Mali. Vous vous rendrez compte que ce sont les femmes qui abattent la majeure partie du travail des champs tout en faisant les travaux ménagers.

Les efforts du bon monsieur s’arrêtent avec l’hivernage, aussitôt la récolte faite les activités principales consistent à mettre la bonne femme enceinte et à  bronzer (si c’est possible) sous l’arbre à palabres.  C’est à elle de tirer le diable par la queue pour trouver de quoi nourrir ses enfants en faisant les cultures de contresaison et autres activités sources de revenus, notamment le petit commerce.

Le rituel est entouré d’une sorte de mystère. Les femmes n’y assistent pas contrairement au mariage religieux (islamiques je précise) normaux, l’endroit même où il est célébré est secret est différent de la mosquée. Même  s’il arrive qu’il soit fait à la mosquée ce n’est pas à une heure de prière.  Cela se eut se faire dans une concession en présence du marabout qui scelle l’union et des témoins  des deux parties. Ils sont tenus au sortir de la cérémonie d’en informer les deux premières personnes qu’il  rencontre.  Cette petite coutume enlevé un peu car il peut arriver que les témoins ne croisent personne pu voient une personne qui sait garder le secret jusqu’au jour où l’un des conjoint mourra. Il témoignera de la véracité de l’union si celle-ci est contestée par la première épouse bafoué, et que les témoins du mariage ne sont plus vivants.

Il serait facile de juger ces femmes qui acceptent se  marier de cette manière, mais il faut comprendre que dans certains cas la femme se débrouille elle-même pour rendre l’union publique en en parlant autour d’elle. Je me rappelle du mariage secret d’une amie, que dis-je une camarade, car bien qu’ayant discuté avec elle, elle s’est tu sur son union futur avec un copain que tout le monde lui connaissait. Le jour où son « mariage  dit secret » a été célébré, la nouvelle s’est propagée dans la ville.  Deux semaines après elle nous en informait de vive voix et nous amenait notre « alada ». Le mot veut dire tradition ou coutume.  Quand une jeune fille se marie à Tombouctou, le mari doit un repas aux amis de cette dernière.  Cette somme qui était modique a été exagérée de nos temps et le minimum exigé est 100.000 F CFA plus quelques casiers de boissons. Plus le mari est riche, plus il en donne et fait le prestige de la femme. Tu entendras dire à Tombouctou, après un mariage les amis de la marier dire que « nous avons 200.000 F CFA, nous sommes forts (yen Ngo fore) ».

Mais je devrai aussi préciser que ce sont les amis du marié qui donnent cette somme aussi. S’il n’a pas d’amis, il lui faudra économiser longtemps pour se marier à la régulière, car en plus de cela il ne faut pas oublier la valise de la mariée qui devrait comprendre chaque élément  quadrillé : boubou en Bazin riche, pagne wax, uni wax, chaussures, foulards, boucles d’oreille, dizaine de slip et d’autres babioles nécessaires à une femme.

A cela, il faut ajouter le prix des condiments pour la famille de la mariée et sa propre famille, un sac de riz, la robe de la mariée, un bijoux en or et une vache pour les mamans de la mariée…

C’est à n’en pas finir, d’où la colère de Mariétou Kouyaté qui ne comprenait pas cette coutume tomboctienne qui consistait à toujours remettre une grande somme d’argent à toute personne qui vous amène un présent.

Avant, la vache et l’or était donné en cadeau à la jeune mariée trouvée vierge après la  parade nuptiale. Maintenant, épouseras-tu une femme mère de plusieurs enfants,  tu ne dérogeras pas à cette coutume. Ou tu te marie incognito : juste une petite cérémonie à la mosquée et on t’amène ta femme sans bruit.

Tombouctou est surnommée la mystérieuse, c’est à juste titre les amis.

Partagez

Commentaires

Ziad
Répondre

Merci pour ces éclairages Faty!

Ziad
Répondre

Et merci d'avoir republié!

Faty
Répondre

Merci à toi aussi. c'est la première fois que le Grand Mamitou de Mondoblog m'envoie un, que dis-je 3 commentaires (meme si c'est pour dire la meme chose chose):

Mylène
Répondre

Mari secret... autant te dire que je ne connaissais pas ce "mystère" de Tombouctou. Cela me rend si perplexe que des femmes puissent accepter de se marier et de garder cela secret jusqu'éventuellement au décès du mari.
Question : quels sont les réactions, les commentaires des autres femmes vis à vis des "mariées" en secret ? J'aimerais bien le savoir.
Autre thématique qui me surprend dans ce billet, même si j'avais déjà un peu lu sur le sujet : le prix du mariage. J'en ai ri, vu que tu le racontes de manière si amusante, mais j'ai le sentiment que cela doit provoquer bien des problèmes (voire des drames) pour des couples. Si l'amoureux ne peut pas payer, que se passe-t-il ?
Merci Faty pour ce billet fort intéressant et vraiment bonne continuation pour cette série sur les femmes.

Faty
Répondre

A tombouctou, nous avons comme coutume de ne pas nous moquer des autres, ainsi, même quand tu apprends qu'une connaissance s'est mariée secrètement avec quelqu'un, tu n'en dit rien. Pour le cas des enfants c'est ce qui fait le plus mal , car ils sont vus comme des enfants illégitimes alors qu'il ont un père qu'ils ne connaissent pas parfois car il ne vient qu'à des heures où personne ne le voit, d'autres enfants se croisent à l’école, remarquent qu'ils ont les mêmes noms.juste. c'est ignoble.En outre, la cherté du mariage chez moi fait que ce sont les filles qui en pâtissent car les hommes font se marier au sud où le tralala est mon présent,comme te dit Michel.

Michel THERA
Répondre

Ah Mylène, comprends simplement qu'au Mali, généralement un homme démuni trouve difficilement femme. Les mariages impliquent les familles et l'ensemble de la société, c'est pourquoi les gens sont exigeant sur la situation financière du prétendant.
Fatou, c'est vrai que c'est avec ce récit que je découvre cette histoire de mari secret. Très bizarre non?

Faty
Répondre

Pas bizarre du tout Michel, car il y a un grand contraste entre le nord et le sud du Mali. il y a beaucoup de chose au nord que les maliens du sud ignorent, il y a aussi beaucoup de préjugés contre lesquels je voudrais bien lutter. On a tendance à craindre l'autre pour sa différence alors qu'on peut tellement apprendre de lui en s'ouvrant à lui. le mariage est très cher au nord.

Répondre

Merci pour ce billet, Faty. Très instructif, en effet. J'essaie toujours de me dire qu'il y a une pluralité de pratiques à travers le monde, et autant que faire se peut, ne pas juger. Mais en tant que femme, je dois avouer que cette pratique me gêne.
Mais LA question qui me taraude c'est la suivante: quelles sont les raisons qui peuvent pousser une femme à accepter un mariage secret ?

Faty
Répondre

moi je crois qu'elles l'acceptent juste par amour, car se sont en général des femmes qui triment pour vivre. Meme moi qui suis du milieux n'ai pu comprendre cela. Pourquoi accepter de se marier en secret avec une personne qui n'a pas le courage de le montrer en société?

Balata
Répondre

Bonjour Faty,
Merci pour ce recit sur ce phénomène social propre à Tombouctou que je découvre. C'est aussi peu si je dis que Tombouctou est mystérieux. En effet, j'ai fait l'année 2015 entre Tombouctou et Diré, un mystère des Tombouctiens? je n'ai jamais entendu parler de ce mariage caché si ce n'est un jour sur Malilink avec M. Ag Hamaty et un de mes collègues (bambara/Malinké du beledougou) ayant fait plus de 6 ans à Tombouctou qui m'expliqua le phénomène. Il disait que le mariage caché concerne uniquement les couches vulnérables (pauvres) de la société. Je dois avouer que je suis un casanier, taciturne voire réservé. Je ne fréquente pas beaucoup les grins. Mon unique grin a Tombouctou etait constitué des gens de Gao principalement et des collègues divers qui viennent occasionnellement, le chef était mon logeur, un Kel Tamasheq de Bourem marié à une métis Kel ansar/Bambara de Rharous . Je ne sortais pas et ne fréquentais pas les maquis ou lieu de distraction.
A cet effet, je voudrais vous demander si ce type de mariage est propre à une communauté en l'occurence Songhay - Arma? A t on des infos sur sa génèse, car Tombouctou etait un grand centre du savoir du 12è au 16ème avec la présence de beaucoup d'hommes enseignants et apprenants étrangers dans la ville peuvent amener les gens à trouver/inventer ce type de mariage afin de leur éviter l'adultère/fornication. Son avènement a t il un lien avec l'invasion marocaine sous jouder, un nombre de militaires venus combattre aussi loin de leur femmes et ayant duré plusieurs années avant de s'y rendre, il y a aussi les caravaniers Arabes vendeurs de sels qui peuvent durer des mois dans la ville sans leur épouse....
Le mari s'occupe de la fille mariée sur le plan financier et en cas de maladie? assure t il le baptême de ces enfants car donner naissance en dehors du mariage reste très mal vu ==> le père baptise t il son enfant et comment? sinon en cas d refus du baptême par le père (donc un refus de reconnaitre son enfant, infiné son mariage caché), comment réagit la famille principalement le père/frères? s'il reconnait son enfant, la première ou l'officielle si vivant dans la famille pourra t elle l'apprendre aussi et dans ce cas quelle sera la finalité du mariage ayant changé de statut de "caché à public"

NB: Je ne pense pas que le Mali culturel puisse être réduit à un sud et un nord. La culture du nord est si diverse au sein des communautés qui la composent. Les Peuls, les Songhay - Armah, les Kel Tamasheq et les Maures - Arabes n'ont pas la même culture au sens tradition folklore, rites. Chez les Touaregs, la polygynie est inconnue et inexistante. Dans ma propre culture faite de mixage Peul - Songhay et Tamasheq, elle est inexistante et très mal vue. Par contre, chez nos voisins Songhay - Armah, c'est presque une obligation. A un certain âge, un homme doit avoir plusieurs épouses ne transgressant pas les lois religieuses. Autres, j'ai vu des marchands arabes qui après quelques années, se marient dans le village principalement dans les familles pauvres avec célébration à la mosquée et conforme à la tradition locale. Souvent, ils divorcent et amènent leur enfant avec eux, ce qui peut occasionner des différends. reconnaissons que pour l'islam, les enfants appartiennent au père, qui a l'obligation de prendre toutes les charges. Ce qui est différent du mariage caché.

Bien à toi
Courage!
Balata