Serge Katembera, un avenir sûr pour l’Afrique

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10 juillet 2013

Serge Katembera, un avenir sûr pour l’Afrique

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Serge Katembera est Congolais, né en France et étudiant au Brésil. Ce jeune homme agé de 27 ans est devenu un franc fan de son pays d’acceuil, amoureux du Brésil, du football (qu’il aimait avant d’y aller hein!), du portuguais (qui au lieu d’etre un obstacle lui a servi d’alibi pour s’intégrer facilement, sa cuisine,  sa musique dont « les styles variés », est fascinante.

Je l’ai connu par le biais de Mondoblog. Cette plateforme de blogueurs francophone supportée par l’atelier des médias (une émission web participative) de RFI  imaginée par Phillipe Couve et Cédric Kalondji (congolais, grande référence en matière de blogging en Afrique)

Grand amateur de lecture, des livres aux sites internet en passant surtout pas les blogs en français, anglais,portugais; Serge souffre de l’internet addict (je me demande s’il le sait), lisant (je suis sure) la majorité des blogs de la plateforme et donnant chaque fois des commentaires des plus pertinents.

Et pas que  les blogs de mondoblog! Cela fait voir son intérêt sur ce qui se passe un peu partout sur la terre et sa capacité à développer une opinion.

J’ai rencontré le jeune homme à la tignasse à Dakar, pendant la formation organisée pour les mondoblogueurs lauréats au concours. Il discute beaucoup avec, les autres, mais pourtant le jeune homme est timide, calme. Moi je le dis même sage. Il n’a pas ce gout prononcé des jeunes pour la fête à outrance, même s’il avoue trop boire. Je vous rassure tout de suite, c’est un garçon sérieux qui parlerait politique et philosophie pendant des heures tellement cela le passionne.

Un tour sur son blog Carioca Plus, vous permettra certainement de comprendre le goût prononcé de Serge pour le Brésil, le football et la politique. Le “football serait un atout politique affirme-t-il en titre d’un article de la Chronique du Mondial en prévision de la coupe du monde qui aura lieu au Brésil.

C’est une intéressante tribune qui permet de voir les talents de journaliste.  Carioca Plus est une sorte de pont que Serge a su ériger entre l’Afrique et le Brésil. Je me rappelle de son insistance, sa protestation quand je me suis permise de mettre Audrey Pulvar dans mon classement des 7 femmes marquant l’an 2012, me conseillant (pour ne pas dire me recommandant) de mettre (à juste titre) Dilma Rousself ou Fatou Bensouda à la place.

Son blog m’a tenu en haleine (comme beaucoup de ses lecteurs) ces derniers jours, car l’étudiant en sciences politiques ne pouvait s’empêcher de sortir dans la rue pour photographier,écouter, crier, marcher mais aussi analyser cette réaction inattendue du peuple brésilien contre d’abord l’injustice sociale. Mais Serge a autant parlé des dérives et du risque de dénaturation et d’un détournement du mouvement spontanée populaire.

Serge Katembera est un citoyen du monde, il se voit comme un pionnier et écrit “partir de chez moi à 22 ans n’est pas facile surtout si cela signifie traverser  l’atlantique  dans une aventure digne du capitaine Cortès. C’est l’expérience suprême d’une vie de découverte, d’apprentissage et d’humilité à laquelle aucun jeune du 21ème siècle ne devrait déroger”. Ne soyez par étonné qu’il sache chanter les hymnes nationaux de l’Italie, la Marsaillaise,l’hymne congolais, celui du Portugal, du Brésil et de l’Allemagne.

La vie d’etudiant au brésil à permis à ce jeune francophone de se lier avec des jeunes africains lusophones qu’il estime laissé pour compte faute d’une identité linguistique avec  le reste du continent, decouvrant une autre Afrique,d’autres réalités, notamment leur cuisine,encore!.

A cela il faut ajouter l’amour du cinéma, la musique et un amour pour son pays le Congo qui est surtout present sur son autre blog qu’il a appelé le blog de Serge Katembera. Il y parle de toute son ambition pour son pays en proposant de prendre exemple sur le Brésil. Serge est auteur d’articles publiés dans des révues académiques brésiliennes.

Pour bien cerner ce jeune homme qu’on peut qualifier d’exemplaire, je vous propose de suivre cet interview:

1. Peux-tu te presenter?

Je m’appelle Serge Katembera, je suis diplomé en journalisme et actuellement étudiant chercheur en sciences politiques à l’Université Fédérale de Paraïba au Brésil.

2. Quelle est ton cursus scolaire?

Je n’ai pas fait d’école maternelle, je ne m’en rappelle pas vraiment d’ailleurs. Je sais que je n’aimais pas trop aller à l’école maternelle, probablement parce que je préférai rester près de ma famille. Après, je suis allé dans des écoles privées sans être très brillant je crois. Ce que je garde en ma mémoire c’est mes études secondaires dans une école catholique de la congrégation des Frères de Saint Joseph. Je ne suis pas catholique, mais j’y ai appris les Avé Maria et Notre père… mais également la discipline personnelle qui allait faire de moi un étudiant plutôt correct. J’ai fait des études en journalisme pendant trois ans et j’ai obtenu ma licence à l’IFASIC en RDC, avant de réaliser mon rêve c’est-à-dire étudier dans une université internationale. En septembre, j’aurai mon diplôme en Science politique. J’écris notamment un mémoire sur la “transition politique et la consolidation de la démocratie en RDC”.

3. Quel est le thème de tes études et quels sont les diplômes que tu as obtenus ?

Mes premières études universitaires sont en communications et journalisme, alors là c’est une passion car j’ai par la suite écrit un article scientifique sur le theme “société d’information”. Par la suite, je suis allé au Brésil, à Paraíba, pour faire science po à l’Université Fédérale de Paraíba (João Pessoa). Une excelente université qui m’a beaucoup formé notamment grâce aux contacts personnels que j’ai eu avec des nombreux professeurs de qualité venus du monde entier, comme par exemple l’anarchiste de l’université de Saint-Ethienne Daniel Colson, ou le spécialiste en Montesquieu de l’’Université de Chicago Philippe Desein.  Évidemment, j’ai eu d’excellents professeurs brésiliens.

4. Penses-tu arreter tes etudes après tes études en sciences politiques ?

Je compte faire mon doctorat et même un post-doctorat, mon milieu c’est l’université, c’est un espace qui me permet de penser le monde, de le comprendre avec ses nombreuses mutations.

5. Comment se passé tes études au Brésil?

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Mes études se sont bien passé jusqu’ici parce que je me suis imposé une discipline à laquelle beaucoup ne sauraient se soumettre. Pendant mes deux premières années d’études, je sortais peu, j’étudiais trop et oubliais de m’occuper de mon corps (c’est importante, car il faut garder une bonne forme physique… ). J’ai publié quatre articles scientifiques dans plusieurs revues universitaires latino-américaines et brésiliennes lors de ma licence, j’ai participé à des groupes de recherche dans l’université. En fait, j’ai vraiment profité de mes années d’études. Il y avait également les fêtes estudiantines.

 

6. Que retiens-tu le plus de ce pays ?

Ce que je retiens des brésiliens et de leurs pays c’est leur force intérieure et cette volonté de changer leur destin. C’est peut-être de la mégalomanie comme quand ils ont décidé de créer Brasília en 5 ans, mais cela a marché grâce au génie de l’architecte Oscar Niemeyer. Je suis tombé amoureux de la samba et des nombreux artistes brésiliens comme le chanteur Cazuza (décédé du Sida, c’est un de mes héros). Aujourd’hui le Brésil montre la voie à tous les “pays du sud” leur disant qu’il est possible de se dépasser et de s’inviter dans le concert des nations. Il y a um dicton très célèbre au Brésil devenu la phrase de l’ancien joueur de football et entrainneur Mario Zagalo qui dit: “vocês vão ter que me engolir” c’est-à-dire en gros que “vous serez obligé d’accepter ma présence parmis vous”. C’est un bon état d’esprit. Les brésiliens sont comme ça.

7. Après les études comptes-tu repartir au Congo ou en France  ou rester au Brésil?

Ça depend, pour rentrer au Congo je dois avoir des bonnes opportunités à la mesure de mes études et de mon investissement personnel. C’est pareil pour la France.

8. Serge coté jardin?

Pour la famille, j’ai um frère qui vit à Curitiba au Sud du Brésil, un autre au Congo et d’autres en Inde, en Ukraine. Et puis, j’ai une unique soeur.

9. Qui est ton mentor?

j’ai plusieurs mentor mais le plus important c’est sans aucun doute mon père, je travaille dure pour l’égaler ou le dépasser sinon je n’aurai rien réalisé dans la vie. Et puis il y a une professeur de Science politique ici dans mon université qui m’a orienté quand je suis arrivé, c’est ma marraine intellectuelle et mon exemple. Elle est également une grande amie.

10. Quelles sont tes distractions?

Alors, dans mes heures libres, j’aime voir les matchs de football d’Arsenal même si on ne gagne plus assez, le cinema est une vraie passion. J’essaye toujours d’acheter des vieux films ou de les télécharger pour savoir un peu ce qui s’est fait de bon dans le cinema. J’ai par exemple ma propre collection d’Alfred Hitchcock. Après, il y a la literature russe, française. Et tous les jours je cherche à découvrir des nouveaux artiste du jazz, le dernier en date est l’américain Grégory Porter.J’aime écrire mais par dessus tout j’aime les débats. J’ai fait partis des groupes de culture générale à l’école. Alors lorsqu’à un momment de ma vie je me suis senti sans interlocuteurs, j’ai décidé de créer un premier blog, assez amateur, mais à mon image. Là j’ai appris pas mal de techniques, ensuite est venue l’aventure Mondoblog, je l’ai embrassé et je ne regrette rien. J’ai un projet personnel que je souhaite faire passer à l’université et qui aboutira sur une étude approfondie de la plateforme. Enfin, si tout va bien…

11. Que penses-tu de l’afrique de maintenant

Je n’aime pas trop penser à l’Afrique, cela fait trop mal car on n’avance pas assez vite. Les jeunes n’ont plus d’espoir. Je suivais un réalisateur africain qui disait que les africains préfère « se suicider » en allant en Europe que de continuer de vivre dans leurs pays. Si mon pays pouvait me donner des conditions réelles pour m’épanouir j’y retournerai sans problème, mais ce n’est malheureusement pas le cas.

12. Peut-on esperer pour le continent?

Je ne condamne pas les jeunes africains, je mets tout la responsabilité, je dis bien toute,  sur nos dirigeants. Mon passage à Dakar en avril dernier m’a permis d’avoir quelques espérances pour le continent. Beaucoup de gens essayent de bouger les choses, de dynamiser la vie économique avec différents types d’innovation. Mais le gros problème demeure la démocratie. Quand les gens disent qu’il faut une démocratie à l’africaine, c’est un leurre. Le changement viendra par les jeunes mais par cette jeunesse issue de l’oligarchie au pouvoir depuis l’indépendance. Dans mon pays, les mêmes familles dirigeantes depuis l’indépendance, les coups d’Etat ne changent que les familles à la tête de l’Etat.

13. Quel homme politique admire- tu le plus en afrique ? Dans le monde ?

En Afrique j’aime beaucoup Lumumba. J’ai également beaucoup d’admiration pour Nelson Mandela, mais les gens s’attachent au mythe et ignorent qu’en Afrique du Sud les noirs sont encore des esclaves. Je l’ai remarqué il n’y a pas si longtemps lors de mon passage à Joanesbourg. Dans le monde, j’aime beaucoup un italien malheureusement décédé, Norberto Bobbio par la portée de sa pensée politique, c’était un intelectuel comme on en trouve plus aujourd’hui. Et puis, je m’inspire beaucoup de Camus par son courage. J’aime beaucoup sa phrase qui dit “entre ma mère et la liberté, je choisis ma mère”. J’ajouterai sans hésitation Lula da Silva pour tout ce qu’il a représenté pour son pays, c’est très symbolique qu’un ouvrier soit parvenu à occuper la présidence brésilienne. Enfin, il faut rendre hommage à Hugo Chávez, un homme qui savait écouter son peuple et voulait éradiquer les inégalités dans son continent, c’est ça l’idéal suprême de la Gauche.

 

 

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Commentaires

Mylène
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Ah la la.. ce Serge a tant de centres d'intérêts, tant de connaissances et tant d'envie d'en savoir toujours plus. Il parle d'"heures libres", mais je ne sais pas comment il fait ! Ce que j'apprécie le plus chez lui : son constant désir d'échanger, de partager des infos, des points de vue. Impressionnant.

Faty
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Oui, c'est une personne tellement riche"de culture hein" que je n'ai pu m'empecher de faire ce portrait. Malheureusement je n'ai pas de fille, je la lui aurait donnée!

serge
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bem j'attendrai la fille hein... merci à toutes

Serge
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Mylène, je ne dors pas assez ;)

Mylène
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Ca j'en suis sure !

Limoune
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Tu as raison d'avoir fait ce portrait Fatty qui met en lumière la personnalité humble de Serge qu'on ne cherche qu'à connaître plus.