Faty

Gao, la cité des Askias se reconstruit après le règne du MUJAO

La ville de Gao a connu bien de déboires d’avril 2012 à un passé ressent.

prefecture de GaoC’est la ville du nord qui a le plus souffert de l’occupation des groupes armées. Il ne serait pas honnête de ne pas parler aussi de la conduite peu glorieuse de certains habitants de la ville qui emporté par un élan anarchiste se sont laissés aller au pillage des bâtiments de l’état mais aussi ceux des particuliers sans aucune raison. Le MNLA clame l’Azawad, un état qui n’aura pas besoin d’infrastructures, détruit  écoles et mairies, pille banques et services du Mali.  Leurs citoyens profiteront certainement d’une manne. Mais malheureusement nombreux sont les voleurs et autres bandits de grands chemins qui ont pu accompagner le mouvement et créer un état d’anarchie total jusqu’à l’arrivée des barbus qui ont instauré une forme d’ordre.  «  La charia » disent-ils.

Si, les populations du nord ont pu se sentir abandonné après le sprint vers le sud, quel est le ressentiment de ces familles devenues des cibles sans raison ? Toutes les personnes qui se sont fait dépouiller de leurs engins, frigos, téléviseurs, meubles, peuvent-ils trouver l’envie de revenir sur des lieux où ceux que vous connaissez, ceux que vous soignez, enseignez, servez tous les jours, vous ont agressé de cette manière si ignoble ?

credit photo: Faty
credit photo: Faty

Il y a un mois, je me rendais à l’hôpital pour rendre visite à une jeune sœur pédiatre, bamakoise venue pour une mission d’un mois à Gao. Encore une fois bilan plein de scepticisme.  Comme à Bamako, les enfants souffrent aussi de paludisme surtout.  Une vieille du quartier me demandait si ce n’était pas «  ce nombre excessif d’armes qui les entourent qui  faisait cette épidémie ».  Non, juste trop d’insalubrité.  Aucun service de l’état n’est effectif. Quand la mairie a essayé ne serait-ce que de rétablir la taxe quotidienne de 100 F CFA des marchés, les commerçants ont grogné. Ils ont mêmes grevé une journée, refusant d’ouvrir leurs étales malgré une diminution de 25 FCFA.

Bien sur la marche vers le retour est déjà amorcée. je rencontrais  un médecin de l’hôpital qui garda le sourire aux lèvres malgré mon entrée fort provocatrice :

–          Docteur,  vous  faites  partie des adeptes du repli tactique ou des combattants de la charia ?

–          Non, je fais partie de ceux qui sont rentrés sur ordre des chefs.

–          Haha !!! ok je t’avoue que moi-aussi, docteur.

–          Avez-vous profité d’un soutien de l’état pour votre retour ?

–          Non, c’est l’OMS qui nous a  soutenu sur le plan financier, sinon, l’état n’a rien fait. On nous a bien parlé d’un soutien au retour de 250.000 F CFA (à peu près 380 euro). Certains agents d’autres secteurs l’ont reçu mais pas nous.

–          Je suis enseignante et je peux  vous assurer que nous sommes ensemble dans cette galère. Les enseignants aussi  n’ont pas reçu une peccadille.

–          Oui bon comme ils sont un peu nombreux.

–          Je vois que vous n’en avez plus besoin.

A l’hôpital de Gao, il y a notamment le problème de la gestion qui se pose.

En effet,  pendant le règne de MUJAO,  un personnel médical  d’urgence a été mis sur place. Ce dernier refuse de faire la place aux agents de l’état qui ont replié avec les militaires sur ordre des autorités.

Après l’attaque à la rocket que  la ville a connu, il y a trois jours, je crois que le flux des agents en retour va se calmer, déjà que certains sont prêts à tout pour ne plus revenir.


Rentrée scolaire en deux teintes au Mali

credit  photo: Wikipedia.com
Crédit photo : Wikipedia.com

La rentrée scolaire aussi est devenue une affaire d’aire géographique au Mali

La date du 1er octobre a été retenue pour l’ouverture des classes dans les écoles au sud du nouveau département français. Les classes de bien des écoles de la capitale étaient occupées par les sinistrés des pluies diluviennes que Bamako a connues le mois dernier.

Les reportages de la télé nationale pour une fois n’ont pas cherché un voile immaculé pour en couvrir la réalité et annonçaient même que certaines écoles n’ont pu avoir que la moitié des classes et que les enfants devraient cohabiter avec ces familles (espérons qu’elles ne les perturberont point). Au moins le maître n’aura pas à chercher loin lorsqu’il fera une leçon sur l’inondation. Les témoins seront à domicile (sans cynisme hein !).

Le 1er octobre correspondait plutôt au passage des examens de fin d’année au Nord. Depuis le début de cette crise malienne, nous avions entendu le slogan du « Mali un et indivisible », pourtant le ministère de l’Education ne doit pas en être un grand adepte.

Pendant que certains établissements se retrouvent complètement relocalisés à Bamako (le cas de l’Institut de formation de maîtres dans lequel j’enseigne), d’autres se retrouvent éclatés entre des établissements du pays. C’est notamment le cas des lycéens, collégiens, élèves des centres de formation professionnelle et des écoles normales.

credit photo: Issa Hamidou Cissé cap de Tombouctou
Crédit photo : Issa Hamidou Cissé cap de Tombouctou

Une réouverture de ces écoles est prévue sur  leurs lieux d’origine (au Nord), mais il faudrait réhabiliter les lieux qui ont fait l’objet de saccages par les troupes du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) qui ont pris véhicules, climatiseurs, ordinateurs. Tous les dossiers se sont retrouvés dans les rues. S’ils clament la libération des peuples de l’Azawad, on peut affirmer – et constater – qu’ils ont libéré les parents des problèmes financiers liés à l’école en la détruisant complètement… Les enfants seront libres de parcourir le désert sans instruction. Je crois que dans leur projet de société, tous les enfants du mirifique Azawad seront des bergers qui tapent dans la guitare et tirent plus vite que leur ombre, des Lucky Luke en somme et il y aura des citoyens de seconde zone qu’ils fouetteront pour amuser « le prince » du Qatar !

Après avoir évincé le MNLA, les troupes d’Ansar Dine et MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) habitaient les écoles qui servaient de camps d’entraînement, magasins de stockage d’armes, de lieux de cantonnement de troupes, sans oublier que ces faux justiciers d’Allah usaient des tables-bancs comme bois de chauffe.

Le ministère de l’Education annonce un chiffre monstre de près de 800 000 enfants à la scolarité perturbée par le conflit. Bien des formations ont eu lieu pour la prise en charge psychologique des enfants victimes de guerre, mais ces enfants ne font l’objet d’aucun ménagement.

Déjà le slogan de mon ministère était de sauver l’année scolaire dans ces régions en l’année scolaire 2011-2012. Des cours de rattrapage ont été organisés au Nord et au Sud pour les déplacés. Pour avoir été au centre de cantonnement– je n’arrive pas à utiliser le mot d’internat, car ce n’en était pas un – les conditions étaient plus que difficiles.  Des salles de classe ont été transformées en dortoirs, un cahier pour prendre note, une alimentation bien insuffisante, un matelas posé par terre, une moustiquaire et hop au boulot les enfants, le grand Mali a un défi à relever.

Ma nièce que j’y ai conduite n’a pas tenu deux jours et elle a cherché à rejoindre la maison à pied. Je n’ai pas pu la gronder, connaissant les conditions d’hébergement.  J’avais bien envie de la laisser à la maison, car je savais qu’elle ne pourrait jamais réussir un examen dans de telles conditions. Sa maman insistait. Je l’y ai ramenée et lui ai donné un peu d’argent pour la nourriture. Elle n’a pas achevé le mois après. Beaucoup n’ont pas tenu. On ne peut leur en vouloir. C’était une autre promotion – le terme ici au Mali veut dire une occasion à ne pas rater-. Pauvres enfants sacrifiés.

Credit photo: Faty
Crédit photo : Faty

Sacrifié, l’IFM Hégire aussi l’a été. Ses aventures – je ne veux dire mésaventures – à Bamako feraient un bon feuilleton avec tous les ingrédients possibles : menace de chef des bandits d’Ansar Dine contre le directeur général de l’Institut franco-arabe pourtant fortement lié à l’islam, fuite en rang dispersé des professeurs, départs des élèves-maîtres dans un camion, rassemblement et réouverture à Bamako , démission du directeur des études par intérim pour raison de pression psychologique du corps professoral… C’est à n’en pas finir…

L’année et demie que nous venions de passer à Bamako était un enfer, je ne vous le cache pas. Tous les jours, le risque de se faire écraser par un véhicule, si un conducteur fou de Jakarta ne te percute pas, est présent. Nous nous sommes vite rendu compte que Bamako était bien plus dangereux que Tombouctou et ses djihadistes quand les sbires de L’AEEM (associations des élèves et étudiants du Mali) sont venus faire sortir les élèves maîtres en tirant en l’air… Cela n’était jamais arrivé en 15 ans d’existence de notre établissement. Il y a également le coût de la vie dans la capitale qui est monstrueux comparé à celui à Tombouctou.

On pourrait penser que c’est mon amour débordant pour Tombouctou qui explique mes mots, mais il suffirait d’interroger les élèves, qui dans leur majorité ne sont pas originaires de la cité des 333 saints.

Bien sûr, les évènements vécus à Tombouctou ont été traumatisants et la peur est encore présente.  Mais bon, je crois qu’on – le ministère de l’Education, l’Unicef, l’Unesco, les ONG, le Haut conseil islamique – ont oublié que l’Hégire était entièrement réfugié à Bamako. Pas un soutien. Ni un regard. Justes des agents de l’Organisation internationale des migrations (OIM).

Mais ils vous diront qu’au moins à Tombouctou, la maigre bourse – 26 250 F Cfa – pouvait leur permettre de joindre les deux bouts, car au moins il n’y avait pas de frais de transport à payer. Ceux qui ne sont pas à l’internat viennent à l’école à pied. Là-bas au moins, ils avaient des tables-bancs, un vrai tableau qui est vraiment noir, une bibliothèque, une salle informatique, un laboratoire (même si vétuste), un terrain de handball, un grand espace pour jouer au football, faire du karaté, une mosquée, un réfectoire où ils regardent la télé, je n’ajouterais pas 333 saints pour les bénir, un internat…

L’internat. Des bâtiments aussi bien entretenus que les classes – vous  me suivez, j’espère -, je les ai trouvés inhabitables pour des êtres humains, le bétail de certains pays est bien mieux loti. Mais en six ans de  service à Tombouctou, je n’ai pu assister à une seule réhabilitation des bâtiments. Les douches feraient bien vomir si j’essayais de vous les décrire. Explications des gens d’en haut ? L’établissement a dépassé ses capacités d’accueil. On ne devrait accueillir que les 1ère années à l’internat et laisser les autres partir en ville comme cela se fait dans les autres IFM (Institut de formation des maîtres) du Mali. Mais bon, à l’hégire, on fait du social aussi, les élèves… les pauvres enfants ne connaissent personne à Tombouctou, on pourrait signaler la même chose pour Bamako (ce n’est chez personne a-t-on l’habitude de dire dans la capitale, nous sommes tous venus) : point d’internat.

L’internat est devenu le prétexte du moment pour ne pas retourner à Tombouctou pour l’administration de l’Hégire. J’ai été consternée d’apprendre que les cours ne pouvaient reprendre à Tombouctou, selon le DG, parce qu’il y avait un grand trou béant dans un bâtiment de l’internat. Nous n’avions pas d’internat présentement  au bloc scientifique de Missira à Bamako. Les élèves qui n’ont pu avoir de logeur à Bamako ont été obligés d’habiter dans les classes. Ma plaisanterie fréquente sur le sujet est de demander à un élève s’il habite dans la classe quand il me demande d’entrer… puis d’ajouter ne te déshabille pas devant nous, hein !

Il semble que certains préfèrent cette galère de Bamako à la menace des attentats-suicide au Nord…  Pas moi, car ma décision est prise et de droit. J’ai profité des vacances pour expédier tout ce qui me lie à la capitale. Il ne reste que ma moto .

L’année où l’Hégire décidera de revenir à Tombouctou, il me trouvera sur place. Je suis ne pas être le seul enseignant de cet institut à être dans ce cas. Ce n’est du régionalisme, juste du militantisme et de la détermination. La photo de Sankara sur mon profil, c’est fort significatif.

Bien le bonsoir, les amis de par le monde…

 


Je suis malienne et je chique du tabac #4

Ma série sur la femme malienne continue et de belle manière après le lycée des filles de Tombouctou  (cette ville m’obsède on dirait, mais le retour n’est pas loin) Bamako, le mariage secret de Tombouctou  (en commun avec d’autres mondoblogueuses- cette fois-ci je ne me trompe point sur la ville- et la recette magique du poulet aux plumes, l’épisode 4 porte sur une bien étrange pratique que j’ai découverte à Gao.

credit photo: Faty
Crédit photo : Faty

Non je ne devrais pas dire que je le découvre à Gao, car cette manière de chiquer le tabac chez les femmes existe à Tombouctou aussi, seulement ce sont des vieilles dames qui le font là-bas. Et elle ne demeure pas l’apanage des femmes seulement, certains vieillards le font aussi.

Mais à Gao, je découvre une voisine d’une trentaine d’années qui est pratiquement tabac-dépendante. Elle l’assaisonne avec de la cendre de tige de mil brulée. Plutôt pas cher, comparé à la cigarette, le tas de 200 F Cfa qu’elle achète par jour lui suffit largement. Elle en donne même parfois une pincée à la voisine d’en face, légèrement plus âgée. Vous êtes loin de réaliser mon étonnement, pendant que les autres échangent du beurre de karité ou du cola, elles sont toujours en train de se demander du tabac ou les cendres, qu’elles achètent aussi, soit dit en passant- je parle de la cendre-

C’est maintenant que je me rends compte de la justesse de la conclusion de mon mémoire de fin d’études sur la toxicomanie au tabac en psychologie. J’ai vu seulement la dépendance à la cigarette alors que le titre était la toxicomanie au tabac. Seulement les prostituées et certains cas de déviantes sociales (les acculturées et les Maliennes nées et élevées à l’étranger) s’y adonnent affirmais-je sur l’état des lieux de la consommation de cigarettes chez les femmes au Mali. Je n’ai point vu cet aspect. Si tabac =tabac, je devrais notamment parler de cette pratique. Dans cette zone -qui n’a pas de nom malgré le désir de groupuscules d’y créer un état de toutes pièces allant de Douentza à Kidal, les femmes chiquent dès le bas âge. C’est presque du ressort de la tradition.

L’ampleur de cette pratique dans la ville de Gao m’a  beaucoup surprise.  Le tabac a sa petite place dans le panier de la ménagère au marché. Ici les consommatrices commencent à la trentaine. Mais j’appris que plus on remonte vers Kidal, dans les tribus (ici on utilise aussi le terme de fraction, mais je ne l’affectionne pas beaucoup) touarègues, on chique de plus en plus jeune.

Lorsque vous remontez vers la région de Tombouctou, des zones comme Bamba, Bourem, Téméra, la pratique est également courante.

Fadimata me raconta son histoire en chiquant son tabac. Je prends quelques photos pour illustrer mon article.

Je l’observe, discute beaucoup avec elle, pour connaître le fond de cette dépendance. J’observe également autour de moi, au marché les femmes sont la clientèle de choix pour les vendeurs de tabac que je trouve bien nombreux.  J’interroge ma voisine qui a une boule de tabac en permanence au coin de la joue. Comment est-ce arrivé ? Pourquoi une telle dépendance ?

« C’est ma grande sœur qui m’a appris à chiquer. Je n’avais même pas sept ans. Elle avait déjà une dizaine d’années et les parents lui donnaient sa dose après le repas. Elle m’amenait dans un coin et me donnait un petit bout que je mettais dans ma joue. Je m’essuyais la bouche pour venir m’assoir comme si de rien n’était. »

« A 12 ans j’étais complètement accro et quand j’allais faire un séjour chez ma sœur, je faisais le tour du voisinage pour demander du tabac à son nom, car ce qu’elle me donnait ne me suffisait plus. »

Mon père était un grand chiqueur, il cultivait uniquement du mil pour en obtenir la cendre de la tige brulée qu’il mélange au tabac pour le chiquer. En dehors de cette cendre, d’autres utilisent de la soude minérale ou la cendre de la combustion du bois.

« Mon père chiquait beaucoup », me dit –elle, « mais je crois que je l’ai dépassé. Quand je n’avais plus de tabac, je me mettais à la porte et halait les passants en les suppliant de me donner du tabac. Cela ne lui plaisait pas et il est parti voir un marabout pour qu’il fasse quelque chose à une boule de tabac que j’ai chiquée. Rien.  J’ai continué à chiquer de plus belle. J’ai eu peur quand les moudjahidines ont envahi Gao. On disait que le tabac était interdit comme la cigarette. Je me suis demandé ce que j’allais devenir, car je sais que je ne pouvais pas vivre sans. Mais heureusement ce n’était pas possible pour eux de rentrer jusque dans les maisons pour nous contrôler. »

–         Mais ils ont frappé des gens ici à Gao pour avoir fumé ou même écouté de la musique dans des lieux publics ? Lui demandais-je  contente d’avoir un témoignage concernant ces faux prêcheurs de la parole d’Allah.

–         Certains disent qu’ils ont même tâté la bouche de certains au marché pour en faire sortir la boule de tabac. Mais je n’y ai pas assisté. Mais quand même beaucoup de jeunes se sont fait frapper par les moudjahidines pour avoir écouté de la musique, fumé ou bu de l’alcool. Mais cela ne les a pas empêchés de résister et de continuer à le faire. Les jeunes de Gao se sont montrés très courageux pendant cette occupation. Ils ont failli rendre les moudjahidines fous, tu sais !

–         Tu trouves que c’est une bonne chose que fumer, de boire de l’alcool ou de chiquer ?

–         Non, mais c’est une peine que Dieu nous a imposée dit-elle. Seul Dieu peut nous en soulager.

–         Mais les moudjahidines ont interdit tout cela parce que Dieu ne l’aimait pas non ?

–         Oui, mais c’est Dieu qui fait certaines choses aussi à sa créature.

–         Penses-tu pouvoir arrêter ?

–         Si Dieu me le permet oui, sinon, je crois que c’est difficile pour moi. Quand je n’ai pas de tabac, je deviens comme folle. J’en ai en permanence dans la bouche. Même la nuit.

Elle a répondu à mes questions le sourire aux lèvres.  C’est elle qui me parla des différentes variétés de tabac qui sont consommées à Gao.

Il y a trois types de tabac : celui que Fadimata chique  s’appelle tounouss, il a l’avantage de ne pas sentir.

C’est le tabac des « Sourgouboraye», les Touaregs. Il y a également parmi les types de tabac « le soma », qui est cultivé dans la zone d’Ayorou (région du Niger qui est frontalière avec le Mali. Elle est peuplée aussi par des Songhoïs).

credit photo: Faty
Crédit photo : Faty

Le tabac de Bamba, comme son nom l’indique est récolté dans la zone de Bamba, à 150 km de Gao. Il dégage une forte odeur, mais est préféré par certains chiqueurs- je ne veux pas dire chiqueuses, car je ne sais pas si le mot possède une autre signification-


Un troisième attentat-suicide à Tombouctou

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Le quartier de la grande mosquée, Djingarey ber

Tombouctou, la ville mystérieuse a vécu le 3attentat-suicide de son histoire hier 28 septembre 2013 vers les environs de 13 heures temps universel.

La cité des 333 saints a été occupée par les troupes d’Aqmi (Al-Qaîda au Maghreb islamique) et d’Ansar Dine d’avril 2012 à janvier 2013. Elle a connu bien de tourments et de coups de feu pendant cette période si trouble.

En effet, le Grand Nord du Mali s’est retrouvé entre les mains des combattants touaregs, arabes et autres bandits de grand chemin, venus ; dans un premier temps, pour prêter main-forte au MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) dans sa soi-disant lutte de libération de « l’Azawad ». Ensuite une fois le MNLA  maté sur le terrain, pratiquer une (article indéterminé, pour vous dire que cela n’a rien avoir avec « la vraie charia- la loi islamique » ) charia sur les populations qui ont décidé de rester sur place. Je me rappelle ma tristesse en novembre dernier à Tombouctou, le jour de l’Aïd el fitr : les rues étaient vides, les mines renfrognées, même les boubous ternes.

La voiture piégée est entrée par le nord de la ville encore une fois. La surveillance de cette partie de la ville a été laissée aux troupes maliennes et celles de la Minusma  pendant que les forces françaises  s’occupent de la zone de l’aéroport.  Le véhicule  est passé  derrière le monument de la paix, à Abaradjou (quartier des Arabes de Tombouctou qui n’ont pas hésité à se joindre aux nouveaux occupants, car adeptes des fraudes et certains alliés de longue date).

Les kamikazes à bord de cette voiture chargée, comme celles des fraudeurs quand ils quittent la brousse, a traversé toute la ville, pratiquement sans voir aucun poste de contrôle, ni même croiser une voiture de patrouille des forces républicaines sur place. Mais il faut dire que depuis la libération du nord par Serval, on n’a cessé d’attirer l’attention sur le manque de professionnalisme des armées africaines, qui ne pensent qu’à boire et à draguer les filles (qui veulent leur part de ces fortes primes dont ils profitent). Pour preuve, 6 pick-up de l’armée étaient garés devant le bar de Baba Toubabou (un natif de la ville qui tient un bar que les islamistes avaient bien détruit, mais fort prospère maintenant).

Ils ne pensent même pas à prendre pour exemple ces jeunes soldats français aux regards rendus translucides par le sérieux.  Ils ne quittent pas leur poste, ne voient pas les formes avantageuses des habitantes, respectant les ordres à la lettre. D’ailleurs, ils ne voient rien en dehors des ordres reçus.  Pour se sortir d’affaire avec un Malien, suffit de lui dire connaître sa belle-mère ou plaisanter en racontant des âneries sur le cousinage à plaisanteries (tu identifies son ethnie et tu te mets dans la peau de l’ethnie cousine : dogon-songhaï ; mandingue-soninké, pffff !!!!).

L’onde de choc de l’explosion a fait écrouler beaucoup de vieilles maisons du quartier Djingarey-ber (la grande mosquée classée patrimoine de l’humanité par l’Unesco) . La peur en a immobilisé beaucoup sur le coup. Que de murs fendus ! Le marché ? Complètement déserté par les vendeurs qui y ont laissé marchandises et bourses ! La poussière a mis des heures pour se disperser et malheureusement deux innocents, un ânier (pas le tien Limoune) et son fils, au bon moment dans le mauvais endroit y ont perdu la vie.   Des militaires auraient été blessés et les déclencheurs de la charge ont réussi leur mission et savent à l’heure qu’il est qu’ils se sont fait avoir par ceux qui les ont endoctrinés, car le paradis n’ouvre pas ses portes à une personne qui dérange 333 saints  de cette manière en tuant des innocents. D’ailleurs, il y a plusieurs saints enterrés dans le camp  ciblé. Une vieille tante me confia s’être fait une idée de l’apocalypse en sentant la terre et toute sa maison trembler avec l’explosion.  Elle en est restée paralysée un bon moment.

Depuis mars dernier, date du dernier attentat, la région semblait plutôt calme en dehors des combats entre Touaregs et Arabes. Les populations noires les prenaient avec une certaine distance, car ces derniers étaient les alliés d’hier contre eux.

Maintenant l’heure est au bilan. Faut-il voir une simple coïncidence avec l’attaque à la grenade de deux gardes maliens à Kidal et le retrait des Touaregs du MNLA des négociations avec le gouvernement malien ?  Moi je n’y croirais pas malgré le communiqué laconique du MNLA qui continue dans ses divagations en parlant d’attentat sur les terres de l’ « Azawad » alors qu’insistance est faite pour faire savoir que ce mot arabe (oui, pas touareg !) ne désigne en aucune manière tout ce territoire qu’il réclame, que les Touaregs qui le réclament sont minoritaires dans la zone et qu’aucune autre ethnie n’adhère à leur projet de République.

Je pense que nous n’avions vu que les cornes, pour traduire du djerma. Ce n’est que le début.  Ils feront tout pour faire pencher la balance des négociations en leur faveur et je ne pense pas que les liens du MNLA avec Aqmi et Ansar Dine soient aussi morts qu’ils le font savoir.la grande mosquée


Dis-moi quel animal tu es, je te dirais quelle femme tu fais

Ce billet est le premier tandem – si je peux le nommer- ainsi que je réalise avec René Mouna, mondoblogueuse tchadienne, suite à une publication sur Facebook et qui m’a fort intéressée : en Afrique, il arrive de donner des noms d’animaux à des femmes selon leur comportement.

Oui Faty la malienne a raison, ceci est mon premier billet commun avec une mondoblogueuse. Tout est parti d’un fait qui aurait été banale si cela ne m´a pas interpellé.  Je suis allée rendre visite à une famille amie à la mienne. Le fils aîné rentré des études t venu lui aussi dire le bonjour à ses parents. Au moment de quitter, le père le bénit en ces termes «mon fils, que Dieu te donne une femme mouton». Le fils transformé par l´école des blancs demande à son père avec un air ébahi «c´est quoi une femme mouton papa ?» et la mère tout calmement de répondre «oui mon fils, ton père a raison. Il te faut une femme mouton qui te sera soumise  car une femme cabri est très indocile». J´aurais pouffé de rires si je ne connaissais pas l´état de santé mentale de la famille. Je ne pouvais imaginer que de grandes personnes raisonnables, respectées et sains d´esprits que je connais tiennent de tels discours dans leurs intimités.

Une femme dans la conception traditionnelle de l´Africain et du Tchadien doit être le mouton de Noel ou de tabaski qui subit coups, injures, injustices et inégalités sociales sans broncher pour dire qu´elle est brave d´où le sens même de l´excision (endurcir sans crier ni pleurer). Elle doit être le mouton du nouvel an qui suit son maître qui lui dicte ses humeurs, humours, lui sers ses caprices qu´elle, en bonne femme, assumer sans répondre. Elle doit accepter les infidélités du mari-dieu sans demander les explications avec la sagesse d´une femme respectueuse. Elle doit bon gré mal gré en bonne femme-mouton se plier aux exigences malsaines de la belle-famille qui fait la pluie et le beau temps dans son foyer, la réprimande pour une rien, se plier et avaler leurs messes basses.

Dépassée, je postais la phrase sur mon Facebook. L´article a ainsi germé

Faty répondit en premier avec bien d´autres noms d´animaux que jusque-là je ne pouvais imaginer qu´on puisse l´attribuer à la femme ; cet être sensible et plein de douceur. Selon Faty, La femme joue un rôle important dans la société africaine. Si dans certaines de nos contrés, elle jouit d’un respect, dans d’autres, nous remarquons surtout un comportement réducteur à la maternité et au mariage. Au Mali, la place et le concept du rôle de la femme dans la société dépend fortement de l’ethnie, n’empêche, ces sobriquets peu  glorieux sont présents un peu partout. Ils sont présents parfois dans les langues, certaines femmes même  les utilisent contre d’autres femmes, sans se rendre compte qu’une généralisation est fort facile. Elle raconte :

Mon plus lointain souvenir sur le sujet remonte au Niger et à un prêcheur- dont j’ai oublié le nom- qui parlait de l’importance du choix d’une campagne est délicat pour un homme, car il affirmait « le meilleur  « objet » qu’un homme puisse posséder est sa femme, le pire aussi est aussi sa femme ». Il conseillait ainsi de prêter attention au choix et  comme indication il donnait les types de femmes qu’on rencontre en se donnant des noms d’animaux.

–              « la femme chèvre »  est cette dernière qui parle haut.

–              « L’ânesse » celle  qui n’avancera qu’avec le bâton

–              « la chienne » est une femme dévergondée qui appartient à tous les hommes et qui te trompera toujours

–              « La poule » est cette ingrate qui ne sera jamais satisfaite

–              La « femme-mouton » toujours docile

Mon premier réflexe a été de me renseigner sur la véracité de ces propos une fois rapportés à l’islam. Je suis enseignante dans un institut de formation de maître franco-arabe.  Même si je fais l’objet de discrimination de la part de certains de mes collègues par ma seule présence dans leur salle de profs, je peux me vanter de disposer d’un chapelet de connaisseurs de l’islam qui répondent aisément à mes questions sur l’islam.

La femme dans les religions monothéistes

J’ai choisi le plus démocrate parmi eux, mon ami et collègue Youssouf Mossa, professeur de littérature qui est également imam d’une mosquée à l’hippodrome (un quartier de Bamako) en plus d’être aussi blogueur.

–              «  Youssouf, est qu’on traite la femme de noms d’animaux dans le coran ? »

–              «  NON !, la femme est fortement  respectée dans le coran. Ce respect est tel qu’on ne donne même pas son prénom que lorsque c’est fortement nécessaire. Pour protéger son honneur. Dans beaucoup de cas, tu remarqueras qu’on écrit « une femme », pas parce que le nom n’était pas connu mais par respect.  Ce n’est que lorsque c’est extrêmement nécessaires  et en bon exemple qu’on donne les noms comme celui de Aïcha (la femme du prophète Mohamed, paix et salut sur lui) ou Mariam (Marie, la mère de Jésus). Elle ne peut être confondue ou traitée par un nom d’animal.

Faty a raison de chercher la place de la femme dans le monde croyant. Il est vrai que la religion accorde une place importante à la femme, et ce, depuis la création avec Eve comme l´aide semblable à Adam. Cependant beaucoup d´hommes aujourd´hui se base sur les livres religieux pour assujettir la femme. Même les chrétiens ne s´en épargnent pas. Leur verset favoris est « femme soit soumise à ton mari (… )» et aucun homme ne va jusqu´à fin de ce verset qui recommande à l´homme de respecter et d´aimer sa femme au point de pouvoir se sacrifier pour elle. Que c´est merveilleux de lire sa Bible ou son Coran avec un ciseau en main. Les textes deviennent des prétextes et la soumission de la femme un devoir réligieux.

Au final, il  faudrait juste comprendre que ces comparaisons animalières viennent surtout de la tradition africaine. Que dis-je ? Pas seulement africaine, ces expressions sont présentes aussi dans la langue française.

–              La grue n’est-elle pas une prostituée?

–              La  bécasse = une  sotte, nigaude, véritable buse (encore un autre animal)