« fama dè bi fama wolo », on hérite du pouvoir, dit un adage bambara, pas si faux… suffit d’ouvrir l’œil sur ce qui est en train de se dérouler maintenant au Mali.

credit photo: Kassim Traoré , Klédu

Crédit photo : Kassim Traoré , Klédu

Pour bien comprendre l’arène politique malienne, je reviens vous parler de politique après trois bons mois de repos inopiné, il faut dire -, bien empressée de parler enfin politique malienne avec mon si cher politologue Serge Katembera.

La démission de Oumar Tatam Ly et son remplacement par Moussa Mara, un jeune loup en politique au Mali, au poste de premier ministre, rendait l’occasion trop belle…Il n’est pas du parti du président et n’a pas obtenu un score conséquent aux législatives. Une incompréhension totale pour le Malien, cet engagé pour le pain quotidien –ben oui- qui n’hésite pas à prendre les couleurs du parti du  gouvernant pour garder son poste et continuer ses petites magouilles,  même si le nouvel élu clame haut et fort lutter contre la corruption et le népotisme !!! Tous les Maliens se valent…

Ainsi, je me permets un petit historique du RPM, le parti de Soundiata Keita Ibrahim Boubacar Keita.

Le RPM, Rassemblement pour le Mali,  a été créé par IBK en février  2001, quand, mécontent du super parti présidentiel’ Adema-PASJ (L’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice) – plus connu dans les villages maliens par son effigie d’abeille rouge- dont il a démissionné. Alpha Oumar Konaré arrivait à la fin de ses deux mandats de président démocratiquement élu après la « révolution de mars 1991 ». IBK, alors ancien premier ministre et président du parti a fait ses valises avec un bon lot de cadres de l’Adema A-PAJS dans une nouvelle alliance « Alternative 2002 » chargée de le porter au pouvoir malgré les manigances politiciennes de ses ennemis –anciens  (Adema) et nouveaux (ATT et ses groupes de soutien qui ont décidé de le soutenir en jurant mourir pour lui, eh oui !)-

L’alliance a donné naissance à ce parti que j’aurais bien traité de nationaliste si je pouvais, ne serait-ce qu’en me fiant à son slogan populiste « le Mali d’abord ».  Il n’est bien sûr pas sorti vainqueur du combat -était-ce possible à ce temps-là.  Mais, j’ai l’impression qu’on peut se permettre d’être foncièrement nationaliste et rester politiquement fréquentable quand on est africain !

D’ailleurs, c’est la tasse de thé des tous ces fous du pouvoir, prêts à tout pour y parvenir et y rester. Je peux vous citer des exemples à tour de main – et même ajouter les pieds pour compter- . Il y a le BOG ivoirien qu’évoque Fofana Baba Idrissa dans un billet récent : Bédié, Ouattara, Gbagbo.

Au Mali, nous avons frôlé ce point de non-retour avec non seulement les agissements de certains (pas tous heureusement pour le Mali !) séparatistes touaregs avec un MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) et une jeune garde communicatrice qui vendit son histoire du l’homme bleu du désert avide de liberté, persécuté et martyrisé par un Etat raciste – il faut bien du piment et des retournements de situations à toute histoire non ? Ils ont oublié qu’ils ne sont pas majoritaires sur ces dites terres historiques de leurs ancêtres nomades- à qui veut le veut !

Mais le summum a été atteint pendant la campagne électorale qui précéda l’élection d’IBK à la fonction suprême. La discussion a été longue entre moi et Boukary Konaté lorsqu’il comprit mon dépit et le sentiment d’être une laissée-pour-compte que cela fit naître en moi– et beaucoup de Maliens ressortissants du nord du Mali-. Tous les moyens ont été bons pour accéder au pouvoir  -enfin, cela semblait possible pour lui après les fraudes si bien organisées d’ATT- pour tous, quand les uns faisaient la campagne dans les mosquées à coup d’« incha Allah » et de promesses, les autres partaient dans les hameaux pour chercher des bêtes sauvages  à faire voter dans les zones désertées de toute population, conflit oblige.

A l’habitant de chaque partie du territoire, à chaque groupe d’âge, à chaque ethnie, le discours qui lui sied :

-          Sud : nous sommes les descendants du grand et prestigieux Soundiata Keita, créateur du grand empire du Mali et nous ne laisserons personne le diviser. Il est un et indivisible.

-          Nord : nous allons chasser les «  bourdamé » (peaux blanches en général) de force et faire revenir la République et tous les avantages, en mettant sur pieds des vrais projets qui vont permettre au nord du Mali de rattraper son retour sur le plan du développement. Il n’y aura plus de guerre au Mali, nous vous garantirons la paix.

-           Aux jeunes, promesse est faite d’emplois pour la majorité, les candidats rivalisent en matière de chiffres tapageurs.

Pour les discours ethnocentristes et nationalistes, je ne veux pas leur permettre le privilège de figurer sur mon blog, donc faisons comme si nous ne les avions entendu. Personne ne peut me retirer ma nationalité malienne. Même si je n’ai pu voter et exprimer mon dégoût pour ces politiques qui oublient le peuple dès qu’ils parviennent à monter la colline de Koulouba. Il paraît qu’il fallait organiser le scrutin avec ceux qui pouvaient y participer pour sortir le pays du gouffre et nous frayer un chemin vers la liberté, libération plutôt, car je suis certaine que nous avons aussi échappé à un massacre des populations restées sur place… heureuse que les occupants se soient contentés d’amuser leurs investisseurs du Qatar par des pseudo-applications de charia et que le MNLA reste encore égal à lui-même : un caméléon qui change de couleur au gré de son environnement .

Revenons à notre mouton, le RPM et ses problèmes avec son créateur de président qui se fia certainement à son inactivité des dernières années pour  lui refuser tout mérite par rapport à son si joli score au second tour de l’élection présidentielle de juillet 2013, 77,62 %. Il faut dire qu’à la présidentielle de 2007, le score du RPM, 14,71 % n’était pas très honorable  et  le si cher  « président fondateur » -mon respect Mamane !- a  eu  du mal à se faire réélire aux législatives, c’est  parce qu’il était opposé en commune IV de Bamako, à  la force montante qui pratique le porte- à-porte comme Barack Obama en politique : Moussa Mara.

Le point de presse du nouveau premier ministre lui a permis de jeter les bases d’une  certaine coopération avec la majorité – que j’hésite à qualifier de présidentielle – et l’opposition, promettant de mettre chacun dans ses droits pour permettre au président de ne pas décevoir le peuple, comprenne qui pourra, ce qu’il voudra.

La réalité est un Mali encore coupé en deux, avec non seulement une région concédée – ha c’est le mot que j’ai trouvé hein !-aux bandits  touaregs  armés  qui ont décidé de revenir sous le giron politiquement correct du MNLA avec l’accord de la France et de la Minusma, sensés aider le Mali à recouvrer son intégrité, mais aussi les deux autres régions jadis occupées ( Gao et Tombouctou) qui  attendent encore le retour de la paix et des fonctionnaires de l’Etat pour que vraie vie recommence, craignant encore le retour des troupes des pseudo-djihadistes encore embusquées dans les grottes du désert.

Ainsi va le Mali…

 

Ebola. Le nom de cette rivière de l’ancien Zaïre, aujourd’hui RDC, sonne comme celui du plus mauvais  diable (c’est une des choses que les maliens craignent le plus) qui nous menace.

credit photo: www.pieuvre.ca

credit photo: www.pieuvre.ca

La rumeur s’est transformée en une sorte de psychose après la diffusion d’un communiqué de presse du gouvernement sur le sujet qui acheva  de créer la panique au gré des interprétations : « Le Gouvernement du Mali informe la population que la fièvre hémorragique d’Ebola dont l’épidémie est actuellement en cours en République de Guinée est une maladie grave et très contagieuse.

Elle se manifeste par une poussée de fièvre accompagnée de diarrhées, de vomissements, de fatigue intense et parfois de saignements.

La transmission se fait par contact direct à travers le sang, les liquides biologiques ou les tissus des sujets infectés. Le contact avec les cadavres d’animaux sauvages (singe et chimpanzés, chauve-souris entre autres) et les dépouilles des sujets infectés lors des rites funéraires constituent aussi des facteurs de risques élevés.

Or, à ce jour, il n’existe aucun traitement efficace, ni de vaccin contre cette maladie. C’est pourquoi, le gouvernement invite la population au respect strict des mesures de prévention édictées par les services de santé.

Il conseille aussi d’éviter tout déplacement non essentiel dans les zones épidémiques.

Il lance un appel également au personnel de santé pour respecter et à faire respecter scrupuleusement les mesures de protection individuelle indispensables à la prévention de la maladie. »

Il faut dire que ni la langue ni le vocabulaire utilisés dans le communiqué  n’étaient point accessibles au malien lambda. C’est à l’animateur le plus adroit pour  faire passer le message à travers spots en langues nationales et émissions radiophoniques…. Ensuite à qui comprendra mieux mieux…

Pendant que certains y comprennent que toute la Guinée est en train de mourir de cette maladie qui n’a pas de remède ; d’autres comprirent que la maladie est déjà au Mali et  qu’il ne faut plus sortir de chez soi, éviter tout endroit où on peut rencontrer des guinéens, des singes ou des chauves-souris, les plus pessimistes se voient déjà morts. Quand mes neveux revinrent de l’école et me dirent que leurs maitres leur avaient dit de ne pas jouer avec les chauves-souris et de prêter attention à leur urines et à leurs salives parce que la présence de sang pourrait être le signe de  « FIER  D’ESBOLA » j’en suis restée bouche bée et en ai oublié de rire !!!

Des enseignants peuvent se permettre une telle chose ?

La promptitude et la vitesse à laquelle le gouvernement diffusa ce message de mise en garde ne me plut point, car mettre le peuple en garde –contre quoi que ce soit- ne semblait pas être leur mission favorite, en plus j’ai juste compris  une intention de faire de l’excès de zèle !

Les attentats ou les lancées d’obus dans les villes du nord nous ont-ils valu une seule fois un communiqué de presse ?  Et toutes ces maladies qui sévissent au Mali ? Le cancer du sein ? Le paludisme ? Le Sida ?la tuberculose ? La malnutrition ? le MNLA, sa république – même si elle n’est pas islamique- de l’Azawad et ses soutiens – Du président du Burkina Faso à la Suisse en passant par le grand manitou- n’est-il pas un spectre plus menaçant que cet « Ebola » ?

La fièvre Ebola est mortelle, la Guinée est proche  c’est certain, mais qu’ont-ils dit à propos de l’envahissement de la zone de Yanfolila pour l’exploitation artisanale de l’or par des migrants venant de la sous-région entière et faisant planer la menace du SIDA et des MST sur toute cette zone  en plus du banditisme ?

Malheureusement, les trois cas suspects sont venus aggraver la situation et rien d’étonnant à ce que les jeunes du quartier qui a été choisi pour abriter le site de quarantaine, Lassa, se révoltèrent et parvinrent  à le faire déguerpir…car ils  ont si peur qu’ils croient que le virus peut les affecter quelques soient les précautions.

En attendant les résultats des examens sanguins, la  vie continue…Oumar Tatam Ly démissionne et laisse le poste de premier ministre à un autre jeune loup : Moussa Mara.

 

 

Spécialité culinaire de Tombouctou crédit photo: Faty

Spécialité culinaire de Tombouctou crédit photo: Faty

Le (je me permets de la mettre au masculin pour qu’on ne me traite pas de dragon du féminisme car c’est un mot sonrai et il n’a pas de genre dans ma langue) TUKASU (lire toukassou) est le plat des grands jours à Tombouctou.  Écrire, enfin, la recette de ce plat que j’ai réalisé plusieurs fois, fait naitre cette nostalgie que je ressens chaque fois que je  suis loin de ma ville natale, la faute à nos soi-disant défenseurs qui n’ont pas hésité à mettre notre tranquille vie à l’eau en proclamant une indépendance…pff.

Une année après le départ des pseudo-djihadistes, Tombouctou continue à attendre le retour à la normale.

Nous sommes ne cuisine, il ne faudrait pas que je m’égare encore vers cette politique et que je m’en prenne encore à ce faux mouvement de libération qui n’a fait que le malheur des populations de Tombouctou, Gao et même Kidal – même si elle   se refuse de le voir !- C’est l’une des spécialités de Tombouctou et j’espère que tu pourras le faire au moins une fois Marine.

Le plat est plutôt catalogué comme étant difficile à réaliser, mais je vous assure qu’il est facilement faisable si vous respectes les étapes et les ingrédients, comme tout repas d’ailleurs ! Ce n’est pas par vantardise, mais je ne l’ai jamais raté.

  1. I.                    Ingrédients :

La Sauce :

-          1,5 Kg de viande de mouton ou de vache

-          1 verre d’huile

-          5 a 6 gros oignons (coupez les deux en fines lamelles et conserver les trois intacts)

-          8 tomates fraîches

-           250 gr de pâte de tomates

-          8 à 10 dattes fraiches

-          Anis, cumin, cannelle moulue,  laurier, sel, poivre, piment

La  Pâte :
1 Kg farine de blé (prévoir alors 40 g de levure de boulanger)

  1. II.                  Préparation
  2. 1.       La pâte

Vous commencez par vous occuper de la pâte en versant  la levure et une pincée de sel et de l’eau tiède dans le récipient destiné à contenir la pâte puis y verser la farine. Mélanger de façon à obtenir une pâte homogène bien compacte qui ne colle pas aux mains. Pétrir pendant plus de 15 mn. Fermer et laisser lever.

Vous pouvez aussi utiliser une pâte à pain déjà conditionné au préalable. Vous pouvez maintenant vous occuper de la  sauce.

  1. 2.       La sauce

Le timing est très important dans la préparation de ce repas, ainsi, les deux gros oignons doivent être  émincés bien avant, les condiments réduits en poudre et  les tomates écrasés pour en éliminer les pelures, car la sauce doit être bien lisse (c’est le mot que j’ai trouvé). Les trois autres oignons  restant seront mis dans la sauce tels quels.  La viande doit être coupée en gros morceaux.

  1. 3.       Réalisation

-          Mettre l’huile dans la marmite – qu’on aura choisie bien grande – et y mettre la viande lavée, deux pincées de sel, les oignons émincés et les tomates fraiches.

-          Laisser dorer.

-          Verser y  1,5l d’eau et y ajouter les condiments pilés (sauf les feuilles de lauriers qui y seront mis en dernier lieu juste avant de mettre les boules de pate),  la tomate en pâte, et les gros oignons, piler pour ensuite mélanger avec de l’eau tiède et faire passer au tamis pour ajouter le mélange obtenu  à la sauce.

-          Fermer et laisser mijoter à feu doux pour s’occuper de la pâte.

-          Malaxer la pâte encore  pendant 5mn pour ensuite le découper en de petites boules et les déposer sur un plan de travail plat, recouvrir d’un linge propre et laisser lever.

-          Retourner à la sauce qui entretemps devrait aura perdu toute eau et y verser 3l d’eau et y ajouter les feuilles de lauriers.

-          Activer le feu (si jamais vous être en Afrique et utilisez le bois ou le charbon).

-          Lorsque la sauce bout y mettre les boules de pâte délicatement en faisant attention à ne pas y faire des trous qui feront tout rater et les feront descendre sous la sauce.

-           Fermer hermétiquement et laisser bouillir pendant 20mn au minimum sinon 30 mn.

-          Mettre ensuite un feu très doux pour faire réduire la sauce s’il y a encore un peu trop de sauce.

-          Mettez les boules en bas et décorez votre plat avec la viande et les oignons.

-          Servir chaud.

 

Une pratique qui a de l'avenir au Mali, malheureusement; Credit photo: la presse.com

Une pratique qui a de l’avenir au Mali, malheureusement; Credit photo: la presse.com

Le titre semble bien détonateur, criard, mais il suffit à lui seul  pour résumer une réalité purement malienne.  L’excision, cette pratique ignoble, infâme, abjecte, inhumaine – tous les adjectifs négatifs peuvent aller avec- est surtout présente dans le sud du Mali plus qu’au nord, bien qu’elle subsiste dans certaines contrés de Tombouctou comme Goundam.

Oui, je ne suis pas excisée parce que je suis songhoï, parce que je suis tombouctienne et que ce n’est pas dans les mœurs de la vielle ville. La cantatrice de la ville, Khaïra Arby le chante haut, «  la femme de Tombouctou ne connait pas la lame qui excise » car elle est engagée, elle aussi, contre cette pratique –comme moi- et elle utilise sa forte voix pour le dénoncer.

Les incontournables de cette tradition moyenâgeuse sont aussi bien les hommes que les femmes. Mais malheureusement ce sont des femmes, d’autres femmes, qui ont été excisées par le passé, qui connaissent la douleur et les risques de la pratique qui continuent à la perpétuer.  Que dire ? Pourtant que de cas de fillettes décédées suite à une hémorragie, que de femmes devenues fistuleuses et abandonnées de leurs maris, combiens d’infections contractées ? On pourrait se targuer d’oublier toutes celles qui sont devenues frigides ou ont une vie sexuelle approximative et traumatisée par l’ablation de l’organe si important pour le plaisir sexuel de la femme.

Les instigateurs de ces crimes à travers le monde voudraient aussi  marquer le passage de la femme d’une vie d’adolescente  au statut de femme préservée de la délinquance, de la prostitution. Elles sont délivrées de l’attrait maléfique du sexe à travers « cette mutilation ». Ils voudraient « tuer » le désir sexuel ; ils arrivent à tuer s’attaquer à autre chose.

« Celui qui est venu pour te scalper, ne prête pas attention à tes lunettes » dit un proverbe de Tombouctou. Le bien-être des femmes est le dernier des soucis des adeptes de l’excision.

Le problème de l’excision réside dans son implantation psychologique dans l’esprit des excisées, elles-mêmes qui l’ont intégrée dans les mœurs et lui donnent une importance monumentale dans la stature sociale de l’individu. Je ne me rappelle plus le nom du film, diffusé par l’ORTM (office de radio et télévision du Mali), mais je me rappelle encore de la lutte qui a opposées les femmes d’un village  entre elles.

Le premier groupe (deux ou trois personnes) dispose de  radios et écoutent des émissions  qui «  seraient à l’origine de leur dénaturation » car ces femmes comprennent avec les explications des animatrices que l’excision doit être abandonnée. Une décide de ne point exciser sa fille qui fait l’objet de tentative d’enlèvement pour pratiquer l’opération tant attendue par tout le village (l’autre groupe). La mère réussit à l’en sauver. Mais la fille en voudra à mort à sa mère car non seulement indexée dans le village, elle se retrouve mise à l’écart de ses amies et pire, son fiancée, un migrant, refuse de l’épouser comme promis à cause de « sa saleté ». Les radios, si indexées, sinon incriminées, sont à la fin détruites par les maris qui reprennent  le pouvoir dans le village après consultation de la chefferie traditionnelle.

En plus, les religions, toutes, animisme, islam, même le christianisme qui vient de pays où l’excision n’était pas une pratique courante, n’ont pas cherché à  sauver les femmes de cette intense douleur  qui survient le plus souvent maintenant dès un très bas-âge. Pire, en l’islam, certains ont trouvé une autre argumentation pour continuer à « couper ». Le prophète de l’Islam, Mohamed, Salallah allahi wassalam (paix et salut sur lui) aurait juste dit « de prêter attention à ne pas faire mal ». Peut-on éviter de faire mal en coupant la partie la plus sensible du corps de la femme ? Répondis-je.

C’est une opération qui purifierait la femme comme la circoncision purifie l’homme, crient encore d’autres ! Vous pensez que le clitoris est une simple peau gênante qui pourrait  servir de nid aux maladies que la religion recommande d’enlever ?  Sans aucune gêne, j’argumente en demandant aux hommes s’ils connaissent le corps de la femme, s’ils connaissent l’emplacement du clitoris, si c’est la même chose que ce qu’on leur enlève et leur demande d’imaginer qu’on leur coupe la tête pour voir ce que cela donnerait.  Là, silence. Ils abandonnent cet argument pour en amener d’autres. D’ailleurs l’excision est antérieure aux religions monothéistes.

Malheureusement, chaque matin, des vieilles femmes continuent à faire ce geste sur des petites filles malgré tout… il faut que cela cesse.

 

 

avril 2013 à Dakar

letterHouseCommons

Cher baba

Je ne t’écris pas cette lettre pour avoir de tes nouvelles ou/et t’en donner des miens, car les nouvelles de chez toi sont sur tous les médias.

Malheureusement. Je sais que physiquement tu vas bien mais que mentalement tu es comme écorché vif. Tu souffres pour ton pays. Pour ton euple. Que tu pleures chaque mort. Mais continue à te battre. Tu le fais bien. Tous les jours. Chaque instant.

Baba, je t’écris cette lettre pour te dire tout mon ressentir. J’ai eu mal moi aussi. Mal de voir un pays se déchirer comme ça. Mal, parce que je suis africaine, mal parce que je suis malienne et malheureusement j’ai vécu quelque chose comme ça il y a deux ans et j’ai encore mal de voir la manière légère dont les politiciens sont en train de manipuler mon peuple.  Mal de voir le cercle infernal du parti-état reprendre, de voir qu’il n’y a pas de dialogue inter-ethnique alors que la fracture a été considérable.

Le problème de Kidal qui échappe à l’état central malien n’est que la partie visible de l’Iceberg. Les Touaregs te diront ce qu’il en est si jamais tu en rencontres. Ceux des camps de réfugiés te raconteront certainement cette histoire qui est devenue presque une rengaine, du peuple martyre désireux d’indépendance, victime des assauts des militaires maliens, oubliant les parties de l’histoire où ils s’en prenaient aux populations noires qui sont beaucoup plus nombreux, mais pacifiques, des militaires maliens égorgés – y compris ceux de leur ethnie-, de leur projet de société qui programmait l’extermination simple des noirs pour la création d’un état « blanc » avec les arabes ( une autre minorité). Ils ne te diront pas le nombre de viols qu’ils ont pu commettre sur les filles des songhoï, peulh, Bambara, avant de rentrer dans l’habit du refugié qui craint la vengeance et chante le mirage Azawad, une guitare sur l’épaule.

Et pourtant il nous faudra passer le savon sur tout cela.  Accepter de repartir avec ces mêmes touaregs et arabes. Nous n’abandonnerons pas nos maisons pour eux, disaient les vieilles personnes à Tombouctou. Je les comprends. On ne peut que pardonner  et continuer à vivre ensemble, même si on ne peut oublier.

Pour construire la paix, il faudrait que la guerre finisse.

C’est dans l’esprit des hommes que les guerres naissent et c’est dans l’esprit des hommes que doivent être érigés les défenses de la paix dit l’UNESCO, J’espère la paix. Pour nous tous. Malgré tout !

Comme la Centrafrique, le Mali s’est retrouvé sous une sorte de tutelle après le coup d’état des hommes de troupes qui ont profité du pouvoir pour rattraper leur retard sur le plan social et financier, plongeant le Mali dans un cercle infernal avec des évènements de tout genre : cela va du pillage des bureaux de la douanes à une bastonnade – quelle honte !- du président par intérim, Dioncounda Traoré.

Je me rappelle si bien de cet épisode…

Pour la première fois, j’ai eu honte d’être malienne. Honte de partager la même nationalité que ces barbares. Mais bon, ils étaient manipulés par les mêmes hommes politiques qui animent les débats au Mali depuis la naissance de notre pseudo-démocratie née des évènements de mars 1991. Une tristesse immense l’a accompagnée. Comme la Centrafrique, Ils ont tenté de diviser en utilisant aussi bien la religion que l’ethnocentrisme. J’ai vraiment eu peur pendant la campagne électorale, c’était le candidat venant du nord – Soumaïla Cissé – contre celui du Sud – IBK- des consignes de votes ont été donné depuis les mosquées. Accepter les résultats des élections malgré toutes les preuves de bourrages d’urne de la part de Soumaïla Cissé a sauvé le Mali d’une autre guerre. Heureusement Dieu veillait au grain.

Oui Dieu,  je ne dis ni Allah – je suis musulmane- ni Jésus… je n’utiliserai aucun nom. Je ne veux pas de cette différenciation qui  arrive à se frayer un chemin dans le cœur de la population et se transforme facilement en haine de l’autre. Non, ne pas avoir la même religion ne peut être un motif de crimes.

Je partage tous tes messages sur les réseaux sociaux. Je perçois ton cri du cœur pour tes compatriotes, pour nous tous. Comment faire comprendre à ces personnes- en sont-elles réellement ?- Ces gens, d’arrêter ce massacre d’innocents basés sur ce critère : musulman donc séléka, chrétien donc anti-balaka.

Je t’assure que j’ai senti cette même impuissance, cette soirée de Tabaski, à Tombouctou, quand je regardais, cet animal, Mohamed Mossa de son nom, fouetter cette fillette parce qu’elle portait mal leur voile islamique puis l’enfermer dans l’étroite cabine d’un distributeur automatique. Je ne sais pas ce que tu ressentais en voyant  celui qui est désormais ex-président et chef de la dite ex-rébellion, celui par lequel le malheur s’est abattu sur ton pays, mais moi je ne supportais pas le chef de la junte qui avait ‘’ tout organisé’’ –pour parler comme Jean-Miché Kankan, sans aucun pince-rire-

Grace à lui, au baillage médiatique que lui réservait « cette télé nationale », à cet aveuglement de certains de mes compatriotes qui s’efforçaient en lui un héros, créant des fan’s club, allant jusqu’à lui apprêter des pouvoirs mystiques à cause de ce bâtonnet qu’il trimballait – comme Yaya Djamé et que je lui aurais bien pris pour lui donner des coups sur la nuque !- et faisait la pluie et le beau-temps à Bamako. Pauvre peuple analphabète.

Baba, cette lettre juste pour te dire courage. Pour te dire que le jour finira par se lever pour ton pays, comme c’est arrivé pour le mien.  En tout cas nous voyons les premières lueurs du soleil…

Je souhaite pour ton pays de trouver un homme ou pourquoi pas une femme ? qui saura le sortir de ce gouffre. Je crois que la solution ne pourra venir que des centrafricains eux-mêmes, du dialogue et de la réconciliation des hommes. Les interventions qui nous ont permis de sortir de l’occupation, française, tchadienne et africaine en générale, sont venues plonger ton pays dans une violence sans précédent.

Mon Dieu.

Baba courage. Continue sur ta lancée, aucune action, aucun message, aucun billet de ton blog ne sera de trop.

 

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