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Une journée presque comme les autres…  A Tombouctou.

Tombouctou  credit photo: Faty

Tombouctou, crédit photo: Faty

La vieille ville essaye d’ignorer ce qui se passe autour d’elle pour subsister… exister. Vivre. Tombouctou respire une grande tranquillité. On dirait qu’elle ne se trouve pas dans cette zone de grande insécurité qui fait la Une des journaux d’information et autres magazines des grandes chaînes occidentales. Ceux qui craignaient de venir et voulaient rester à Bamako contre vents et marées trouvent la cité des 333 saints trop calme. Surtout la nuit. Mais c’est cela Tombouctou, leur répondis-je, dans un éclat de rire. Nous sommes tranquilles ici.

Aucune inquiétude ne peut être lue sur le visage des habitants qui continuent leur vie si particulière. Une vie ponctuée par les cérémonies grandioses de mariage, les baptêmes qui se prolongent jusqu’à la nuit, avec ses griots habituels dont le charismatique Mallé Hamadoun, préféré des femmes, toujours habillé d’un boubou neuf. Il faut dire que dernièrement la moisson est plutôt généreuse. Les gens, surtout les femmes se rattrapent dans ce que j’appelle gaspillage et futilité. C’est à qui donnera le plus de pagnes, d’argent aux griots et autres personnes de castes ou qui se proclament telles et parfois t’agressent pour un billet de 1 000 F CFA.

Une journée presque comme les autres… d’avant ces pseudo adorateurs d’Allah qui n’ont aucun respect pour l’être humain. Ils se disent fidèles à la Sunna (tradition) du prophète – Mohammed paix et salut sur lui- et pourtant ils semblent ignorer tout du respect qu’il avait pour la vie humaine. Ce ne sont que des sbires des cheikhs qatariens -qui s’amusent en regardant des courses de chameaux montés par des enfants (esclaves) ou en séjournant dans des hôtels high-tech qui achètent pour mieux en jouir ou achètent des clubs européens de football en difficulté à coups de pétrodollars.

D’ailleurs, je n’arrive pas à comprendre ce mot islamiste.

Est islamiste celui qui tue pour défendre l’islam ? Qui tue et maltraite même des musulmans ?  Ces gens – les soi-disant islamistes- ne font que nuire à une religion qui est bien éloignée de cette violence, de cette barbarie. L’islam est partage, amour, respect, modération… il l’était à Tombouctou depuis des millénaires. La venue de ces barbus qui entrent dans la grande mosquée avec leurs sales et grosses chaussures n’y a pas changé grand-chose. La sagesse a recommandé la modération. Ils partiront comme ils sont venus nous trouver chez nous. Allah nous voit tous et sait, qui est croyant ont prêché les marabouts à Tombouctou. Ils ont eu raison. Pas un habitant de la ville n’a pu être une victime de ces barbares.

Pendant presque une année, la ville de Tombouctou, son patrimoine si précieux pour l’humanité, ses manuscrits millénaires, ses habitants, ses traditions… ont été les otages de ces barbares. Elle a attendu, patiemment. Un 11 janvier le calvaire a pris fin.

Ainsi, on dirait que Tombouctou veut effacer cet épisode douloureux, ce passage – espérons que c’est le dernier- des narcotrafiquants qui se réclament djihadistes qui a obligé chacun à faire profil bas. Sous le règne d’Ansar Dine tout rassemblement était interdit. Plus de faste pour les mariages qui se déroulaient uniquement à la mosquée, sans tam-tam, ni kôlô (petits tambours en peau de chèvre que les femmes tiennent d’une main pour le frapper de l’autre). Pas de mairie – c’est ainsi qu’on appelle le mariage civil à la mairie- ni de cortège faisant le tour de la ville tambour battant. Tous les mariages célébrés durant cette crise l’ont été dans le silence.

Je suis retournée dans ma ville natale si aimée depuis octobre dernier…  Quel soulagement ! beaucoup , comme moi, ont pris la route piste du retour, préférant fuir Bamako surpeuplée.

Tombouctou, crédit photo: Faty

 

 

Tombouctou, credit photo: Faty

A Tombouctou, la vie est plutôt tranquille, presque arrêtée. Les hivers sont rudes, les vents sifflent et irritent la peau de celles qui ne portent pas le voile. Malgré le vent je décide de sortir. Maintenant que ma fille va à 4 pattes, je me suis dit qu’il fallait lui trouver une trotteuse. Elle en a besoin. Moi aussi. Elle fera moins de dégâts. Elle tombera moins.

Et me voici assise derrière ma petite sœur, sur sa Djakarta – elle est meilleure conductrice, croyez-moi – direction « foire yobou » «  marché de la foire ». C’est le marché le plus éloigné de chez moi. Nous avons fait le tour du marché, scrutant les étalages.  Pas la moindre petite trotteuse. Peut-être que les commerçants qui pourraient avoir l’engin hésitent encore à venir. Ils sont été les victimes de la destruction rageuse des troupes du MNLA & Co. Ils réfléchissent avant de rouvrir.

Maintenant faut redescendre, voir s’il y en a au grand marché «  yobou ber ». Encore une fois rien. Que de la farine, du savon, des voiles (oui !!! les mêmes qu’Ansar Dine a voulu se convaincre d’être l’ initiateur du port à Tombouctou, alors que les femmes le portent depuis bien longtemps), du thé. Des biscuits secs – que nous appelons biscuit dogon – Mais pas de trotteuse.

Une petite distance sépare le marché le plus fréquenté de Tombouctou –même des casques bleus- : ses ruelles sont encombrées d’ustensiles. Le marché des habits de seconde main provenant d’Europe qu’on appelle yougouyougou est bien florissant. Celui des couvertures et des tapis qu’apportent les commerçants arabes aussi, malgré les coupeurs de route et les assassinats dans cette communauté… Aujourd’hui, la brousse semble inhabitable. Beaucoup de ces nomades sont visibles en ville. Ils sont reconnaissables à leurs habits pas très propres de couleur bleue de préférence pour les hommes et les femmes, allez comprendre pourquoi !

« Incroyable, mais pas une trotteuse dans la ville mystérieuse, Il me faudra trouver une solution de rechange » dis-je à ma sœur quand au bout de la rue pavée devant laquelle s’asseyent les femmes de « taara bongou » (des femmes qui font du maraîchage aux alentours de Tombouctou), on voit une trotteuse devant la boutique d’un grand supporter du Real Madrid.

Mais très vite nous déchantons, la petite barre par laquelle je veux prendre la trotteuse me reste en main… je me demande dans quelle province de la Chine celle-ci a été fabriquée.

En somme, pas de trotteuse… il y a la Minusma, des voitures de toutes marques, des casques bleus et des hommes de toutes les nationalités imaginables à Tombouctou, mais impossible d’y trouver une petite trotteuse.

Les nouvelles du Mali, c’est le nom de mon blog… je devrais en donner d’heures en heures, envoyer rapidement un billet aussitôt que quelque chose se passe dans mon pays, pour répondre à la ligne éditoriale que je m’efforce à donner à ce blog. Donner des nouvelles de chez moi (et de moi à certaines occasions), sortir de ce silence… et ben me voilà pour les nouvelles.

credit : fallharoune.blogspot.com

Mali, infographie sur la situation géopolitique  du Mali datant de janvier 2013. credit photo: fallhrouna.blospot.com

Elles ne sont pas bonnes. Le Mali va mal. Du sud au nord en passant par le centre. C’est d’ailleurs ce qui explique mon silence, pour cette fois-ci pas de nouvelles, mauvaises nouvelles ! J’ai opté pour : ne pas donner de nouvelles au lieu d’en donner des mauvaises. D’ailleurs, cela me reviendrait à écrire de courts billets sous forme d’alertes, car l’actualité est plutôt galopante au pays géré par des Keita, Si ce n’est pas une mine qui fauche des casques bleus, ce sont des rebelles qui s’attaquent à une localité de la zone dont ils réclament l’indépendance ou encore c’est la création d’une Nième groupe armé au nord…

Au sud, Bamako est prise au piège des dirigeants, certains commencent enfin à comprendre qu’ils ont mis le mauvais bulletin dans l’enveloppe en 2013 lorsqu’ils ont choisi le bulletin de Kankelintigui (l’homme à la parole unique) -si je peux me permettre-. Plus rien ne va plus. Trop de choses ont fini de rendre d’autres maliens aussi sceptiques –sinon pessimistes- que moi : de l’avion présidentiel payé rubis sur ongle en privilégiant certains proches, aux surfactures pour les équipements militaires qui ont permis au FMI et à la banque mondiale de mettre une certaine pression sur le gouvernement et l’obliger à entamer les négociations avec leurs groupes armés chéris du nord –je ne veux pas dire de Kidal !- car en fait les groupes armés infestent le nord, chaque jour que de nouvelle création si ce n’est des dissidences , ce sont des créations…

Je peux dire que maintenant tous les maliens savent qu’ils ont élu un grand voyageur -il est à son 54ème voyage-, un  homme cultivé (cela,  ils le soupçonnaient quand même, car IBK a été premier ministre du temps du premier président démocratiquement élu au Mali, Alpha Oumar KONARE),  qui aime la grasse matinée, allant au bureau vers 10h du matin mais n’hésite point à utiliser un ton céleste pour exiger droiture et ponctualité de ses ministres.

Un président qui étonne beaucoup lors de ses discours, promettant monts et merveilles pour le nord, si ce n’est pas une Université du sahel à Gao, c’est une Université international de Tombouctou, alors que nous, ressortissant du nord vivons le calvaire sur les routes quand il faut quitter ou revenir au nord avec l’insécurité et l’absence de route, alors que le retour de l’administration au nord n’est qu’une parodie, les fonctionnaires originaires du sud s’échappant à toutes les occasions. Pas seulement le nord, l’ensemble du Mali besoin que finissent enfin cette corruption, ce népotisme, ces surfacturations pour que s’amorce un vrai développement. Presque tout le monde a tendance à oublier que c’est le Mali entier qui est sous développé, pas seulement le nord, c’est le Mali entier qui a besoin d’infrastructure de santé, d’école, de bibliothèque, de bonne gouvernance…

Mais, aussi, un président qui rajeunit à vue d’œil,  d’une rare élégance qui s’étend jusqu’à ses collaborateurs – il y est pour quelque chose selon les mauvaises langues- et pars­ème des inchallah (s’il plait à Allah) conciliateurs dans ses propos –il arrivera un jour à convaincre ces maliens qu’il est un fervent musulman- . Le slogan « Le Mali d’abord» de la campagne présidentielle est encore affiché en géant dans certaines artères de la capitale Bamako, mais beaucoup lisent- en tout cas ceux de mes compatriotes qui savent lire- « ma famille d’abord ».

Enfin (soulagement pour beaucoup du parti présidentiel),  Moussa Mara, jeune premier ministre ayant remplacé un autre jeune –Oumar Tatam Ly- a enfin rendu son tablier à son patriarche de président, permettant aux loups du parti présidentiel d’être aux anges. Il a eu milles et une occasion pour démissionner, il ne l’a pas fait. Le président a attendu que l’horizon politique soit plat – après que le ministre des finances indexées dans les affaires de surfacturations finissent de se dépeindre comme blanche neige à la télévision nationale- pour lui demander de rendre le tablier. Il est parti sans rancune. Une certaine tristesse dans le regard en faisant la passation avec l’autre patriarche qui le remplace –le nouveau premier ministre Modibo Keita a 73 ans-. «  Je vais rentrer à 18h chez moi ce soir » dit-il. «  Je ne me rappelle pas la dernière fois que je suis rentré chez moi à 18h, cela fait très longtemps ».

Ainsi, avec l’ancien haut représentant du président de la république du Mali pour les négociations de paix, nommé premier ministre par ce dernier, l’empire Mali se retrouve aux mains des royaux Keita. Seuls les inchallah, nous permettent de savoir que nous sommes en république laïque à majorité musulmane du Mali – souffrez me comprendre- . Son gouvernement ? Une continuité, sans les plus gênants du précédent. En fait, tout est une continuité : l’administration reste égale à elle-même, toujours à l’affut de la mission la plus prolongée possible, aux mains de ceux qui ont su rapidement changer de parti pour celui du tisserand.

Au moins, pour la première fois, le Mali se retrouve avec une vraie opposition, dotée d’un chef de fil en la personne de Soumaila Cissé (battu par IBK au second tour de l’élection présidentielle de juillet 2013), coordonnée, qui réagit à toutes les occasions. Elle propose au pouvoir de jouer sa partition, mais en réalité, on se demande quelle sera –elle-

Le sud du Mali, c’est aussi Ebola. La dangereuse maladie qui sévit en Guinée voisine, en Sierra Léone et au Libéria a mis cette partie du Mali sens dessus-dessous, provoquant une grande panique. Il faut dire que la Guinée n’est pas loin de Bamako et les coutumes africaines favorisent la propagation du mortel virus qui n’a pas de remède. Mais, Ebola a fini comme le Sida ou encore l’excision au Mali : on n’y croit pas ! «  C’est un projet que les gouvernants ont inventé pour trouver de l’argent ». Incroyable non ? Après la petite fille ramenée de la Guinée par sa grand-mère et le marabout que la clinique de la jet-set bamakoise voulait soigner incognito. Le Mali est maintenant Ebola free, mais sincèrement je ne me suis jamais sentie menacée par cette maladie à Tombouctou. Allez savoir pourquoi !

Au nord, ce qui nous menace ce n’est pas Ebola, même s’il fait beaucoup de morts : ce sont les attentats, les attaques à mains armées de coupeurs de routes, les mines et autres engins explosifs semés au gré des pistes de cette grande partie de Mali. Quand on mène une guerre asymétrique à des personnes fanatiques qui pensent avoir un droit sur un territoire et ses habitants ( le rapport est raciste et esclavagiste, et l’expliquer pourrait prendre beaucoup plus qu’un billet, mais je crois que des  touaregs et des arabes –pas tous- ont pris la décision de se rebeller, engageant toutes les régions du nord du Mali et réclament l’indépendance à notre nom à tous parce que certainement l’avis du noir ou de celui que tu considères comme un esclave – ton esclave- n’a absolument aucune valeur). Les autres habitants du nord en dehors des arabes et touaregs seraient peut être condamnés à faire profil bas et ingurgiter le désir d’indépendance des rebellés pour l’accepter de force contre une vie paisible.

La visite de Moussa Mara à Kidal en mai 2013, a malheureusement permis aux violeurs et autres meurtriers du CDA ( coordination des mouvements de l’Azawad) de revenir sur l’échiquier politique et militaire. C’est à en croire que notre armée n’avait pas de service de renseignement ! C’était tellement visible que ceux qui ont servi de guide à Serval dans la reconquête de l’Adrar des Ifoghas – leur sanctuaire – ont le contrôle de la zone de Kidal qu’ils ont parsemé de cache d’armes et d’hommes. Déjà que beaucoup de maliens n’ont pas compris les raisons pour lesquels les français ont empêché à l’armée malienne d’entrer à Kidal comme elle est entrée à Gao et à Tombouctou (les trois grandes villes du nord qui étaient occupées par le MNLA, Anesardine, AQMI et autres bandits de grands chemins revenus de Libye).

Ces groupes armés ont rapidement fait peau neuve, allant jusqu’à refuser de reconnaitre les derniers crimes qu’ils ont commis en tuant 30 personnes parmi les otages fait au gouvernement de Kidal parmi les fonctionnaires, signant un accord sous l’aval du « grand ami » Abdoul Aziz, chef de l’union africaine, appelé par IBK certainement pour qu’ils  « parlent à ses frères ».

Mais malheureusement, l’armée malienne, elle, n’a pas fait peau neuve. Elle a essuyé une autre déconfiture dans la foulée de la visite de l’ancien premier ministre Moussa Mara à Kidal, encore une fois (semble-t-il) victime d’un regroupement de dernière minute des groupes armés. Malgré qu’une priorité ait été donnée à sa réforme et à son équipement (et des chaussettes achetées à 25.000 F CFA pièce), beaucoup (au sud, car nous savions bien que c’est toujours la même) se sont rendu-compte qu’elle reste en proie au repli stratégique, au besoin logistique et au disfonctionnement aux moments clés.

Ainsi, depuis cette malencontreuse visite, bien que choses ont changé. Le Mali et son armée ne sont plus présent dans l’antre des groupes armés Kidal, qui est devenu un véritable nomansland, régulièrement secouée par des attentats contre les casques bleus de la mission onusienne de maintien de la paix, Minusma. Des combats entre groupes qui se traitent de milices quand cela leur chantent aux mines qui parsèment les pistes du nord du Mali, de Tabankort (Kidal) à Goundam (Tombouctou), que d’innocentes victimes de cette guerre asymétrique.

En préludes aux violents combats qui ont opposé le Gatia et ses alliés aux mouvements de l’Azawad la semaine dernière, la Minusma avait fait savoir à travers un communiqué, qu’elle avait dû se défendre en tirant sur des voitures de groupes armés qui avaient pris les casques bleus pour cibles ( MNLA, HCUA et MAA) pendant qu’elle faisait –fort courageusement sa mission d’interposition entre les belligérants et de maintien de la paix-. Il parait que la Minusma est là pour protéger les populations du nord de ces groupes armés et d’une autre occupation, pourtant seuls les pro-MNLA, MAA et autre HCUA ( des groupes armés touaregs et arabes) sont restés dans leur ville fétiche et réel fief : KIDAL.

Kidal. Une ville bien étonnante pour un observateur extérieur : ses femmes et ses enfants, autour de la centaine sont azawadiens et n’hésitent pas à monter au charbon pour défendre les idéaux des groupes armés (dans lesquels se trouvent les hommes de la ville). Ils sont présents à toutes les occasions : visite indésirée des autorités malienne, mécontentement des groupes armés contre la Minusma, qui d’ailleurs a préféré battre retraite et se réfugier dans son camp, laissant tout un aérodrome à la merci ces manifestants si particuliers qui n’hésiteront pas à tout y brûler. Ce nord du Mali et cette part minoritaire de ses habitants indépendantistes si portés sur la destruction et le saccage de matériel, bien difficile à comprendre !

Quel avantage d’être minoritaire dans un pays comme le Mali ! Même la Minusma (mission des nations unis pour le Mali) qui a pu profiter d’une contremarche –j’espère que ça existe- de la population de la ville de Gao, qui pour démontrer son opposition au CDA (coordination des mouvements (armés !) de l’Azawad). C’est bien me suis-je dis. C’est important de montrer que nous ne sommes pas avec eux : nous n’avons pas d’armes, mais nous sommes des fils de cette terre et nous avons notre mot à dire. NON à l’Azawad ! C’était d’ailleurs aussi l’occasion pour les habitants de Gao de porte aussi leur soutien aux prétendues milices pro-gouvernementales – selon la communication du CMA-.

Manifestation-marche-Gao-contre-independance-autonomie-azawad

credit photo: maliweb.org

En fait une année de vie pleine à Gao, juste après l’opération Serval , en 2013, m’a permis de comprendre que les habitants de cette ville ont tellement côtoyé la mort, le danger, la cruauté avec l’occupation qu’ils n’ont plus peur de quelque chose, ni la mort, ni une autre occupation… le crépitement des armes est un « son » (musique) aux fragiles oreilles des enfants. La même Minusma l’a appris à ses dépens. Car quelques jours après la marche de soutien, une autre marche a secoué Gao et indigné beaucoup de malien – dont moi !- je vous explique.

Dans un premier temps, un document d’accord signé entre la Minusma et le CDA portant sur une zone temporaire démilitarisée entre Tabankort et Anefis. En fait le territoire que le Gatia et leurs alliés ont repris au CDA. Cela suffit à mette un jeune de Gao en colère, si en plus ce document fait l’objet de manipulation et circule dans les réseaux sociaux avec le drapeau du MNLA en entente, il y a de quoi mettre tout la ville de Gao en colère. Le souvenir des filles violées est encore vivace. Et comme ceux qui ne sont pas favorisés par cet accord ne sont pas poltrons, Gao s’est sentie trahie par cette Minusma aussi – car tous pensent que d’autres avaient également préféré les groupes armés touaregs au Mali-.

Accord-MNLA-MINUSMADes milliers de personnes sont sortis pour marcher sur les camps de la Minusma à travers la ville. Il y a eu trois morts par balles certifiés par le personnel médical de l’hôpital de Gao. Plusieurs dizaines de blessés. Un blessé grave ayant une balle logée dans la tête a été évacué sur Bamako.

La Minusma crie à la manipulation et assure qu’ordre n’a pas été donné de tirer sur les manifestants. Le président malien (encore une fois) en voyage attendra un retour au Mali pour évoquer le problème et assurer que la Minusma est au Mali pour la protection de la population et qu’une enquête sera organisée pour connaitre les coupables de ces crimes.

En somme, le document de la discorde a été retiré par la Minusma bien que des signatures y étaient apposées. IBK a enfin pris son courage à deux mains et effectué le déplacement à Gao, se rendant dans les familles des morts. Mais cela fait naitre des questions en vrac en moi (et mes concitoyens certainement) : quelle est la vraie mission de la Minusma ? Va-t-elle me protéger ou me porter secours ici, à Tombouctou si jamais des groupes armés s’attaquent encore à ma ville alors que je ne suis pas touareg ? Quel genre de paix ils sont en train de nous concocter en Algérie alors que nous autres (habitants de Tombouctou) ne sommes pas associés au processus ? pourquoi les casques bleus se sont permis de perdre la tête à Gao en tirant sur des manifestants alors qu’ils laissent les lieux aux manifestants de Kidal ?

 

 

credit photo: massacreanimal.org

 

Mes chers lecteurs,

Rassurez-vous, je ne vous prends pas pour son Excellence IBK, président de la république du Mali et la lettre ne vous ai pas adressée.   je me sais  coutumière des lettres, mais celle-ci n’est pas de moi. Elle émane d’un jeune malien, et je ne suis que la…posteuse (celle qui fait le post , vous me suivez j’espère!). j’avoue avoir bien de lettres  personnelles sous ma coupe, que de choses révoltantes à …dire à  ces dirigeants- et pas qu’eux- à n’en pas finir,  mais parfois bloguer devient difficile même pour une fanm doubout!

c’est la lettre d’une jeune étudiant malien en journalisme option télévision au CESTI (Centre d’études des Sciences et Techniques de l’Information)de Dakar,  Mohamed Attaher Halidou. j’espère innover en lui prêtant ma tribune le temps d’une lettre…

 

Excellence, Monsieur le Président !

Jadis, les cadres maliens étaient fiers, fiers d’être bien formés. Le système éducatif malien était l’un des meilleurs sinon le meilleur de la sous – région. Il suffisait tout simplement de décliner votre nationalité malienne pour que les portes des universités étrangères s’ouvrent à vous, affirmait le professeur Dioncounda TRAORE, lors d’une plénière de l’Assemblée Nationale.

Excellence, Monsieur le Président !

Depuis un certain temps, le système éducatif malien s’est écroulé et cela de façon lamentable. Oui, « l’ancien système se meurt et le nouveau refuge de naître ». hélas, mille fois hélas !

Excellence, Monsieur le Président !

L’école est pourtant pour nation, ce que les enfants sont pour le foyer. Mais malheureusement aujourd’hui, la santé de notre chère école est préoccupante. L’école malienne souffre de beaucoup de maux parmi lesquels on peut citer : l’incompétence des acteurs chargés de l’éducation, la démission des parents, la baisse du niveau des enseignants, des élèves et étudiants, la promotion de la médiocrité, l’absence d’éthique et de déontologie, le vide des convictions et des valeurs, l’achat des notes et des diplômes. Que dire encore ? Face à cette situation qui n’honore pas le Mali, je voudrais comme certains maliens, tirer la sonnette d’alarme. Tout semble à croire que l’école n’est pas une priorité au Mali. En effet, depuis quelques années, on a l’impression qu’on cherche à sauver uniquement l’année scolaire ou universitaire mais pas l’école. Alors qu’il est question « d’attaquer le mal à sa racine » comme on le dit.

 

Excellence, Monsieur le président !

Dans un pays comme le Mali où le degré de considération est lié au degré de richesse, certains enseignants ont accepté le sacrifice suprême pour être des modèles, des références. Ils ont servi l’Etat avec loyauté et intégrité. Mais aujourd’hui, ils sont oubliés par la République. Quelle ingratitude ! Cependant, des médiocres excellent, souvent même au plus haut sommet de l’Etat en violation de toute règle de l’éthique et de la morale professionnelle et cela au grand « dam » des excellents. Est – ce à dire que c’est le règne de la médiocrité ? A César ce qui est à César ! Hommage à feu Karim TRAORE, brillant professeur de droit public, qui, toute sa vie durant a fait de l’enseignement, ce noble métier, un sacerdoce. Il est oublié par la République. Dieu seul sait qu’ils sont nombreux comme lui dans cette situation ! Aujourd’hui encore, sa brochure de droit constitutionnel est vendue comme du pain aux étudiants de la F.S.J.P sans le consentement de ses héritiers en violation des droits de la propriété intellectuelle. Quelle honte !

La promotion de l’intégrité doit être encouragée. Ceux qui servent l’Etat avec intégrité et loyauté doivent en retour bénéficier de la reconnaissance de la nation.  C’est aussi cela la République.

La prise de conscience est aujourd’hui une urgence. Ne dit – on pas que : « Celui qui n’a pas accès à l’éducation demeure dans l’obscurité. » Alors, sauvons l’école, notre chère école. L’avenir du pays en dépend ! L’école est le socle du développement et un pays ne peut se développer qu’en lui accordant la priorité et toute la priorité.

Excellence, Monsieur le président !

Enfin, permettez – moi de lancer un vibrant appel à tous les patriotes, à tous les démocrates, à toutes les filles, fils du Mali d’oeuvrer inlassablement pour que notre école, l’école de la République, « la respublica », « la chose publique » retrouve toute sa gloire d’antan.

Vive le Mali et vive l’école de la république !

 

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lancement de la formation Zineb Benalla et équipe de Pat-Mali. Credit Photo: faty

« Vivre ensemble » le nom des clubs de lecture suffit à résumer le but du projet initié par PAT-MALI (programme d’appui à la transition du Mali). Il s’agit de promouvoir la culture de la tolérance et de la liberté au sein des établissements secondaires de la région de Tombouctou.

Si du 24 au 27 novembre 2014, les 32 professeurs de plusieurs disciplines reçoivent une formation sur les méthodes de mise en place des clubs de lecture, la finalité du projet est d’offrir 320 e-readers aux enseignants, ainsi qu’aux membres des clubs de lecture.

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 Mohamed  Ag L. lors d’une animation, pronnant le vivre ensemble. Credit photo: Faty

Moyens humains et matériels ont été mis en œuvre pour permettre aux écoles d’enseignement secondaire et les instituts de formation professionnels de la région de Tombouctou de profiter de liseuses électroniques contenant plus de 4000 livres dans des clubs de lecture.

La formation a été menée de main de maitre et dans une ambiance bonne enfant par Zineb BENALLA, chercheur associée au centre arabe de la recherche scientifique et des sciences humaines à rabat, une organisation non gouvernementale, à but non lucratif, non partisan, visant la promotion de la liberté, de l’état de droit et de la démocratie.

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 liseuses en main, au travail chers profs .Crédit photo: Faty

Heureux étaient ces 32 professeurs (parmi lesquels je figure) de recevoir ces liseuses et le CD (idées pour la liberté) qui leur permettront d’oublier la destruction de leur bibliothèque lors du règne des islamistes sur la vieille ville de Tombouctou d’avril 2012 jusqu’à janvier 2013 quand l’armée française à délogée les djihadistes du nord du Mali, les chassant jusque dans le désert.

Ce matériel aura aussi l’avantage de débarrasser les « professeurs de leur Bic rouge » (dixit Zineb Benalla, la formatrice) qui pourront se jeter de ce lourd manteau de sévérité et de rigueur pour devenir juste des facilitateurs, animateurs de groupes thématiques ayant le retour au vivre ensemble et à l’interculturalité pour les élèves de leurs clubs qu’ils auront choisi pour leur diversités.

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Les liseuses ont été distribuées à la fin de la formation , maintenant la balle est dans le camp des professeurs pour choisir les 10 membres de leur clubs de lecture et apporter leur pierre à l’édifice de la paix au Mali.

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On pensait que seuls les groupes armés menaçaient le Mali depuis qu’ils avaient permis à l’armée malienne de vérifier la fiabilité du repli tactique comme stratagème militaire, mais la terrible maladie, qui a fait oublier le sida, le paludisme, le choléra a franchi la frontière de la  Guinée voisine pour s’inviter chez Soundiata… panique à Bamako.

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Ebola veut faire un tour au Mali… le pire; on essaye de le gérer à la malienne.

On se rend compte que ce dispositif sanitaire à la frontière armée de pistolets détecteurs de forte fièvre est comme du gruyère, les malades passent (et tout le monde en réalité) comme ils veulent. Cette fois-ci, le malade s’est même permis de venir contaminer des gens dans une clinique Hightech pour y mourir et repartir à l’état de cadavre en Guinée sans être entraperçu par un seul policier ou un médecin à Kourélamalé ( frontière entre le Mali et la Guinée).

Bien loin de moi l’idée de vouloir que cette maladie si terrible, qui peut effacer toute une lignée en un rien de temps, à d’autres continents en dehors du notre, mais il faut savoir et reconnaitre que nos pratiques, la proximité, la pauvreté même, sont des facteurs qui favorisent la propagation de cette maladie.

Depuis février où débuta cette terrible pandémie en Guinée-Conakry voisine, la peur s’installa dans le cœur de chaque Malien, surtout les Bamakois qui une frontière des plus actives avec la Guinée.  Une amie américaine qui a longtemps vécu au Mali a pris immédiatement la décision de retourner aux Etats-Unis… Elle connaît notre (nous Africains fétichistes nous pensons que prière peut conjurer le mauvais sort ou prévenir contre une maladie comme Ebola ) goût pour le risque rehaussé par des conduites qui ignorent l’hygiène à cause destraditions.

Ainsi, la prévention d’Ebola veut qu’on se lave les mains au savon plusieurs fois par jour. Ne le dites pas au Malien, car une certaine « coutume » lui dit que l’homme qui lave ses mains avec du savon perdra ses biens comme il est en train de dépouiller de sa paume  cette « saleté répugnante » qui est en réalité sa fortune, d’ailleurs, les plus traditionalistes ne se lavent jamais au savon.

En plus, nous avions la fâcheuse manie de rendre visite aux malades ici. Oui, en groupe, bébés au dos, les mamans en oublient que ce sont de petits corps qui n’ont pas beaucoup de force quand il s’agit de combattre certaines maladies… Le lugubre spot publicitaire qui passe à la télévision nationale n’a pratiquement pas d’incidence sur les comportements de la population.  Si cette maladie se propage dans « ce Mali-là », il est très difficile d’avoir un contrôle de quoi que ce soit. C’est la raison de ma colère envers les dirigeants de cette clinique, dans laquelle un cas d’Ebola a été délibérément admis et caché à l’opinion publique et aux autorités sanitaires.

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Oui délibérément !

Quand vous admettez un malade venu de la Guinée, fiévreux, vous ne pouvez pas ne pas penser à Ebola. Le Malien n’est pas du type à cacher les décès rapprochés dans une famille, car il y voit un mauvais sort si ce n’est de la sorcellerie.

Mais non ! La très sérieuse et huppée clinique Pasteur, qui ne soigne que les riches de la capitale, soignait ce vieillard pour des problèmes rénaux, mettant la vie de toute une nation en jeu pour une histoire de renommée si ce n’est de nom (Pasteur), je pense qu’il se doit que les responsables de cet établissement soient sanctionnés – je ne veux dire châtiés- Je ne peux m’empêcher de penser que la vie de ce jeune infirmer -Salif pouvait être sauvée s’il avait été pris en charge tôt.

A son tour, celui qui a fait la radio développe la maladie, demain ce sera qui ? Le fils du voisin qui a aidé à le mettre dans le corbillard ? l’enfant d’une de ses filles ?

 

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