Prenez de l’argent et votez pour moi…

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26 juillet 2013

Prenez de l’argent et votez pour moi…

C’est le slogan de La campagne électorale  de cette période « exceptionnelle » (comme se targe de le répéter tout le monde entier vis-à-vis du Mali).Pourquoi ? Je constate le  même défilé des directeurs de campagne vers  les associations féminines des quartiers pour leur offrir polo, argent, pagne, sucre, céréales… Au lieu de présenter un programme en bon et du forme.

Déjà à Bamako, je plaisantais avec ma belle-sœur Mamou à ce propos : elle est dans le bureau constitué en vue des élections. Elle dit vouloir voter pour IBK et  elle est bien silencieuse quand je lui demande les couleurs du parti pour lequel elle était sensée militer. Il faudra qu’elle en finisse avec tous les repas qu’elle doit préparer pour la rupture (j’allais écrire coupure comme c’est le mot qui correspond au même terme dans nos langues nationales) et de vendre ses beignets  et la glace.

A Gao, la réalité est la même, avec une plus grande ferveur, car les femmes de Bamako sont un peu négligentes cette fois-ci. Les jeunes semblent  plutôt sceptiques. Beaucoup ont été retiré les cartes NINA, mais  hésitent quant au choix. D’autres, ne pourront point voter même s’ils le voulaient car déplacés de guerre, ils n’ont pas les moyens de rejoindre les localités dans lesquelles ils ont été inscrits.

Où n’en voient pas la nécessité comme moi. Longtemps, je prenais comme prétexte la non-réception de ma carte NINA. Mais mon beau-frère me l’a envoyé à Bamako  juste avant que je ne largue les amarres. Je n’ai voté qu’une fois, j’avais 18 ans et étais pressée d’accomplir ce geste citoyen qui me donnait du baume au cœur. C’était  dans une école du Niger.  Depuis, je suis arrivée au Mali. Je l’ai découvert. J’ai perdu mes illusions. Je n’ai plus voté.  Je m’étais laissée aller vers le parti de celui pour qui j’avais voté : l’ADEMA, le parti de l’abeille. Par parce que j’aime les insectes ou par gout pour le miel. Non. Parce que j’étais (suis-je encore ?) de conviction socialiste. Mais…

Plus de mais possible une fois ma carte NINA en main. Il faut que je fasse un choix et que j’aille voter.

Voter ? Balivernes… Qui choisir parmi tous ces… (Florian mon frère donne-moi un mot pour qualifier ces gens). Je ne vois absolument pas lequel de ces candidats pourrait faire mon affaire et l’affaire de mes compatriotes.   Ceux du FDR (le front du refus) formé après le putsch du 22 mars ? Jamais ! Ce ne sont  que les dignitaires de pouvoir depuis belle lurette(je ne veux pas écrire ATT car ATT les a trouvé aux commandes et a fait son commerce avec eux). Je les connais tous et pourrait émettre un chapelet de choses à leur reprocher. Les autres je ne les connais pas et sachant que ce ne sont que des maliens (oui les mêmes maliens qui ne pensent à profiter et faire profiter leurs parents, j’en suis une hein ! j’en suis même fière d’avoir cette nationalité !).

Je ne suis pas contente d’étaler un découragement civique, mais vous en avez entendu parler  certainement : peu de maliens voteront. Les taux des scrutins passés n’ont jamais atteint 40%.

Je le disais à Aphtal, dans le silence de son bruit, quand il publiait son billet confession sur son choix de ne pas voter.

Je voterai bien maintenant. Un bulletin blanc pour dire NON à cette imposition. Mais pour les mêmes raisons que nombre de déplacés du nord vers le sud, je ne voterai pas. Etant à Gao, je ne voterai pas. Pour pouvoir le faire il me faudrait rejoindre Tombouctou et aller dans le bureau de vote du quartier sankoré où figure mon nom sur la liste électorale et d’où ma carte NINA a été retirée.

En plus le président de ma république personnelle, ministre de l’administration du territoire et des finances est à Gao. J’y suis.

Cependant les femmes de Gao font la course aux pagnes et aux dons des partis politiques. Ma voisine se décarcasse comme un beau diable, sans rien avoir en retour. Elle m’a d’abord parlé d’une première somme de 50.000 F qu’elles auraient eu du bureau de campagne d’un parti aux couleurs. Ensuite  il y a eu les pagnes et une autre somme de 50.000F et un sac de sucre de 50 kg.  Elle n’a eu qu’un Kg de sucre.   Mais pourtant elle a bien donné sa carte d’identité  et sa carte NINA pour qu’ils en relèvent les numéros et les lui ramènent. Je lui bien expliqué qu’elle n’aurait pas dû. Mais  comme elle, beaucoup de maliens ne sont pas instruits et les niveaux d’analyse ne sont pas aussi haut. Je me suis contentée de ricaner en entendant le leader du même parti crier au risque de fraude organisée.

Oh les politiciens.

J’ai posé la question « pour quel parti tu vas voter ?» Pour me faire une idée des tendances.

Je l’ai surtout posé à des femmes et des villageois.  Des personnes qui votent pour  des raisons différentes des nôtres.

Une première femme, interrogée à l’entrée de Gao, quand elle me montra fièrement sa carte NINA me donna une réponse fort édifiante sur les conditions des femmes ici. Elles sont libres c’est vrai, elles vont et viennent, portent librement le voile maintenant mais restent complètement sous contrôle de leur mari ou de leur frère.

  • « je ne sais pas d’abord.  Je suis de retour d’une visite chez mon frère. Lui et tout notre village votera pour l’abeille. Maintenant je vais chez mon mari et je ne sais pas pour quel parti il votera. Comme je suis inscrite là-bas, j’attends d’entendre ce qu’il me donnera comme consigne ».
  • «  quel est ton propre choix ? »
  • «  je n’ai pas de choix, ce que mes hommes me diront de faire suffira »
  • «  toi tu ne voteras pas pour celui que ton mari va te recommander ? » me dit-elle
  • «  mon mari ne me le dira même pas car il sait que je ne le ferai pas. »
  • «  je serai seule dans l’urne. Si je veux je crache dans l’enveloppe avant de mettre dans l’urne » même quand mon mari était sur une liste aux législatives je n’ai pas voté.
  • «  vous êtes les femmes de  maintenant et vous êtes en ville. Nous ne pourrions pas faire ça tu sais » me dit-elle en s’éloignant, voyant déjà un diable en moi.

 

Si j’étais à Tombouctou, je n’aurai eu aucun mal à être le délégué d’un parti, vu mon niveau d’étude, mais à Gao, dans ce quartier reculé du château. Mais j’irai bien faire un tour des bureaux de vote du quartier avec ma voisine qui est déjà une bonne amie.Si d’ici là j’arrive à avoir une plaque solaire pour charger mon wiko. En tout cas je compte sur l’aide ma communauté notamment  Limoune, Bouba 68, Michel, Boukary Konaté… pendant que j’entends un avion faire une ronde. Je pense à ces films en noir et blanc que je regardai sur Télé Sahel sur le Royal Air Navy… le bruit des avions d’Hitler.

Bien le bonjour !

 

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Commentaires

Aurore
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GRAND est pour toi, mon Bien le bonjour Faty !

Serge
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Aham... c'est bien ça la démocratie à l'Africaine dont certains rêvent... on vote pour le moins pire... au Congo il fallait choisir entre Kabila et Bemba. le premier a changé la constitution pour forcer sa réelection en 2011, le second passe des sales nuits à la CPI, Haye.
Je vous souhaite un avenir meilleur tout de meme

Limoune
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Malgré la batterie défaillante de ton respectueux ordi et les coupures d'électricité, tu as su (tu m'expliqueras comment) rendre compte des élections et des causeries à Gao. Good job ! @Serge il n'y a pas qu'en Afrique qu'on vote pour le moins pire :(