Ca bouge encore à Bamako

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15 juillet 2013

Ca bouge encore à Bamako

Aujourd’hui 15 juillet 2013, je me suis réveillée bien tôt ; c’est à en croire que je n’étais pas sur pieds dès 4h45h du matin pour le repas prémices du jeun musulman. En plus, j’ai dû regarder la télé une bonne trentaine de minutes pour pouvoir faire la première prière réglementaire avant de me coucher. Bon, « toute femme africaine doit se lever tôt » disent les bambaras. Ont-ils raison ?

Aujourd’hui je passe mon dernier jour à Bamako. J’ai tout mis sur pieds pour mon voyage à Gao. Le billet du car a été acheté il y a une semaine. Les valises sont prêtes. Il me reste plus qu’à retirer mes derniers sous de la banque pour ne pas partir les mains vides car je n’ai pas lésiné sur les dépenses.

Donc j’étais devant la banque avant l’ouverture, en partant déjà j’avais remarqué cette affluence des étudiants devant l’ENSUP, juste à la descente du pont Fahd. Cela m’avait un peu intriguée car je savais que les professeurs de l’enseignement supérieur avaient déclenché une grève illimitée pour revendications auxquels je ne m’intéresse plus. C’est ainsi depuis que j’étais étudiante j’ai connu deux années blanches dans mon cursus scolaire « grâce » à ces professeurs du Niger au Mali.

Etant l’une des premières dans la banque, j’ai pu effectuer l’opération de retrait bien vite et reprendre le chemin du retour, déjà que je ciel menace !

Arrivé au niveau du ministère des finances et de l’économie, les premiers signes d’un mouvement estudiantin me parvinrent : les voitures partant par là-bas bougeaient lentement.

Quelques mètres au ralenti me permirent de comprendre. Une marche des étudiants contre la violence policière.  Les pancartes en attestaient. Les voix aussi. Une voix fine de femme qui tranchait des autres me fit sourire : ça me plait, des femmes en action.

Credit Photo: faty
Credit Photo: faty

C’est l’occasion rêvée pour mettre en action la partie de la formation qui porte sur le blogueur en situation. Mais c’est bien difficile de conduire une moto et de prendre une photo avec mon wiko en plus. Je risque de le voir se fracasser contre le bitume.  Pas la peine. Je décide d’avancer. Une marche en deux parties. Les motos cyclistes devant les piétons. Les policiers anti-émeute qui ont l’habitude de les escorter ne sont pas là ! Est –ce parce que les pancartes dénoncent la violence policière ? Hum…. Ça va chauffer.

La dernière fois, c’était juste la semaine dernière des troupes de policiers « fous » (c’est le seul qualificatif que j’ai pu leur trouver)  c’étaient pris à des étudiants qui faisaient un sitting contre la grève des professeurs qui nuit à leur avenir. Des  étudiants frappés, bastonnés jusqu’au sang. J’ai entendu parler de deux morts. Leurs motos qui étaient au parking ont été cassées et brulées, des bâtiments de l’université mêmes ont été saccagés  par…cette furia policière. C’est à ne rien comprendre, quand tu regardes la télévision nationale : pas un mot. C’est à en croire que nous ne sommes pas sur les terres : le Mali.

Pour monter sur le pont, il faut prendre une petite aile qui tourne vers le fond de la nouvelle cité ministérielle qui porte le nom significatif de Malybia. Et là, que vois-je ? Un véritable bataillon de policier qui semble être commandés par une femme.  Matraques et lanceurs de bombes lacrymogènes à point. Surement prêts à foncer sur les étudiants. La rage me prend contre le pouvoir. Et on targe à dire que le Mali est une démocratie ? L’envie d’écrire une autre lettre au président par intérim Dioncounda Traoré me prit. «  Ça ne sert à rien, me dis-je aussitôt, il ne la lira pas. C’est une Autriche. Tous les maliens sont des autruches. » Ils ne voient que ce qui les arrangent.

J’accélère sur mon allure pour arriver vite à la maison et écrire cet article. Ces militaires, ces policiers nous emmerdent. Je suis presque fâchée.

Crédit Photo: Faty
Crédit Photo: Faty

Mais ma surprise est encore plus grande lorsque j’arrivai au milieu du pont qui semble avoir un problème. Un accident grave sur le pont ? Non les voitures sont ralenties par quelque chose.  Je me faufile rapidement avec ma  moto entre les voitures et là surprise : ce sont d’autres étudiants (quittant certainement la colline du Savoir de Badalabougou) qui sont sur le pont. Ils sont encadrés par une trentaine de policiers anti-émeute qui ne leur empêche pas de progresser (heureusement). J’ai envie de jeter ma moto ou de la garer.  Pas moyen. Je m’arrête un court instant pour prendre quelques photos. Une voiture derrière moi klaxonne fortement derrière moi. C’est certainement un taxi qui s’énerve contre moi. Je me retourne. Oui ! J’ai bien deviné. Je jette mon wiko dans mon sac accroché au guidon de ma moto et avançai rapidement.

La montée du pont est complètement bloquée par cette marche.

Crédit Photo: faty
Crédit Photo: faty

IMG_20130715_0909559h est l’heure où les maliens partent au travail. Beaucoup de voitures. Que de motos. Certains, empressés s’énervent d’autres discutent derrière les vitres. Je suis sure que beaucoup adhèrent aux idées des étudiants. Mais que faire ? Aucun malien n’est prêt à faire quelque chose pour que les choses changent. Un véritable peuple de béni oui-oui.  Personne pour dénoncer quelque chose !

Je dépasse deux grandes pancartes des candidats à la présidentielle. Les mêmes promesses. Les mêmes mensonges. Une première promets la réalisation de 500.000 projets de femmes en posant avec des vieilles femmes certainement des rurales (il a dû leur donne juste quelques sacs de céréales) je secoue la tête et tourne.

Une centaine de mètres plus loin, un autre candidat, d’autres promesses, cette fois-ci la pose est faite avec des enfants.

Crédit Photo: Faty
Crédit Photo: Faty

Pauvre Mali !

 

 

 

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Commentaires

Mylène
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Ah, reportage sur le terrain... et en moto en plus ! Tu es féroce dans ce billet, mais tu as des raisons de l'être. Grâce à ton billet, aux autres que j'ai lus aussi, je ressens bien tout le désespoir des étudiants au Mali qui font face à tant tant tant de difficultés. Désespérant pour cette jeunesse et pour ceux qui comptent sur elle pour faire progresser le pays, maintenant, dans les années à venir.

Faty
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ces gens ne comptent pas sur la jeunesse pour l'avenir hein, ils veulent etre immortels pour continuer à se goinfrer dans les caisses de l’état...

michouthe
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Maliens indignez-vous? s'exclame Fatou; mais hélas je vois que tu crie dans le désert et qui pour t'attendre. Mon sentiment, c'est que la révolution de Mars 1991 est inachevée. Et quand tu me parles de ces candidats, tous de la rupture, mais tous ayant été associé à la gestion du pouvoir. Mais vont-ils rompre avec quoi?