Des nouvelles du Mali

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Les nouvelles du Mali, c’est le nom de mon blog… je devrais en donner d’heures en heures, envoyer rapidement un billet aussitôt que quelque chose se passe dans mon pays, pour répondre à la ligne éditoriale que je m’efforce à donner à ce blog. Donner des nouvelles de chez moi (et de moi à certaines occasions), sortir de ce silence… et ben me voilà pour les nouvelles.

credit : fallharoune.blogspot.com

Mali, infographie sur la situation géopolitique  du Mali datant de janvier 2013. credit photo: fallhrouna.blospot.com

Elles ne sont pas bonnes. Le Mali va mal. Du sud au nord en passant par le centre. C’est d’ailleurs ce qui explique mon silence, pour cette fois-ci pas de nouvelles, mauvaises nouvelles ! J’ai opté pour : ne pas donner de nouvelles au lieu d’en donner des mauvaises. D’ailleurs, cela me reviendrait à écrire de courts billets sous forme d’alertes, car l’actualité est plutôt galopante au pays géré par des Keita, Si ce n’est pas une mine qui fauche des casques bleus, ce sont des rebelles qui s’attaquent à une localité de la zone dont ils réclament l’indépendance ou encore c’est la création d’une Nième groupe armé au nord…

Au sud, Bamako est prise au piège des dirigeants, certains commencent enfin à comprendre qu’ils ont mis le mauvais bulletin dans l’enveloppe en 2013 lorsqu’ils ont choisi le bulletin de Kankelintigui (l’homme à la parole unique) -si je peux me permettre-. Plus rien ne va plus. Trop de choses ont fini de rendre d’autres maliens aussi sceptiques –sinon pessimistes- que moi : de l’avion présidentiel payé rubis sur ongle en privilégiant certains proches, aux surfactures pour les équipements militaires qui ont permis au FMI et à la banque mondiale de mettre une certaine pression sur le gouvernement et l’obliger à entamer les négociations avec leurs groupes armés chéris du nord –je ne veux pas dire de Kidal !- car en fait les groupes armés infestent le nord, chaque jour que de nouvelle création si ce n’est des dissidences , ce sont des créations…

Je peux dire que maintenant tous les maliens savent qu’ils ont élu un grand voyageur -il est à son 54ème voyage-, un  homme cultivé (cela,  ils le soupçonnaient quand même, car IBK a été premier ministre du temps du premier président démocratiquement élu au Mali, Alpha Oumar KONARE),  qui aime la grasse matinée, allant au bureau vers 10h du matin mais n’hésite point à utiliser un ton céleste pour exiger droiture et ponctualité de ses ministres.

Un président qui étonne beaucoup lors de ses discours, promettant monts et merveilles pour le nord, si ce n’est pas une Université du sahel à Gao, c’est une Université international de Tombouctou, alors que nous, ressortissant du nord vivons le calvaire sur les routes quand il faut quitter ou revenir au nord avec l’insécurité et l’absence de route, alors que le retour de l’administration au nord n’est qu’une parodie, les fonctionnaires originaires du sud s’échappant à toutes les occasions. Pas seulement le nord, l’ensemble du Mali besoin que finissent enfin cette corruption, ce népotisme, ces surfacturations pour que s’amorce un vrai développement. Presque tout le monde a tendance à oublier que c’est le Mali entier qui est sous développé, pas seulement le nord, c’est le Mali entier qui a besoin d’infrastructure de santé, d’école, de bibliothèque, de bonne gouvernance…

Mais, aussi, un président qui rajeunit à vue d’œil,  d’une rare élégance qui s’étend jusqu’à ses collaborateurs – il y est pour quelque chose selon les mauvaises langues- et pars­ème des inchallah (s’il plait à Allah) conciliateurs dans ses propos –il arrivera un jour à convaincre ces maliens qu’il est un fervent musulman- . Le slogan « Le Mali d’abord» de la campagne présidentielle est encore affiché en géant dans certaines artères de la capitale Bamako, mais beaucoup lisent- en tout cas ceux de mes compatriotes qui savent lire- « ma famille d’abord ».

Enfin (soulagement pour beaucoup du parti présidentiel),  Moussa Mara, jeune premier ministre ayant remplacé un autre jeune –Oumar Tatam Ly- a enfin rendu son tablier à son patriarche de président, permettant aux loups du parti présidentiel d’être aux anges. Il a eu milles et une occasion pour démissionner, il ne l’a pas fait. Le président a attendu que l’horizon politique soit plat – après que le ministre des finances indexées dans les affaires de surfacturations finissent de se dépeindre comme blanche neige à la télévision nationale- pour lui demander de rendre le tablier. Il est parti sans rancune. Une certaine tristesse dans le regard en faisant la passation avec l’autre patriarche qui le remplace –le nouveau premier ministre Modibo Keita a 73 ans-. «  Je vais rentrer à 18h chez moi ce soir » dit-il. «  Je ne me rappelle pas la dernière fois que je suis rentré chez moi à 18h, cela fait très longtemps ».

Ainsi, avec l’ancien haut représentant du président de la république du Mali pour les négociations de paix, nommé premier ministre par ce dernier, l’empire Mali se retrouve aux mains des royaux Keita. Seuls les inchallah, nous permettent de savoir que nous sommes en république laïque à majorité musulmane du Mali – souffrez me comprendre- . Son gouvernement ? Une continuité, sans les plus gênants du précédent. En fait, tout est une continuité : l’administration reste égale à elle-même, toujours à l’affut de la mission la plus prolongée possible, aux mains de ceux qui ont su rapidement changer de parti pour celui du tisserand.

Au moins, pour la première fois, le Mali se retrouve avec une vraie opposition, dotée d’un chef de fil en la personne de Soumaila Cissé (battu par IBK au second tour de l’élection présidentielle de juillet 2013), coordonnée, qui réagit à toutes les occasions. Elle propose au pouvoir de jouer sa partition, mais en réalité, on se demande quelle sera –elle-

Le sud du Mali, c’est aussi Ebola. La dangereuse maladie qui sévit en Guinée voisine, en Sierra Léone et au Libéria a mis cette partie du Mali sens dessus-dessous, provoquant une grande panique. Il faut dire que la Guinée n’est pas loin de Bamako et les coutumes africaines favorisent la propagation du mortel virus qui n’a pas de remède. Mais, Ebola a fini comme le Sida ou encore l’excision au Mali : on n’y croit pas ! «  C’est un projet que les gouvernants ont inventé pour trouver de l’argent ». Incroyable non ? Après la petite fille ramenée de la Guinée par sa grand-mère et le marabout que la clinique de la jet-set bamakoise voulait soigner incognito. Le Mali est maintenant Ebola free, mais sincèrement je ne me suis jamais sentie menacée par cette maladie à Tombouctou. Allez savoir pourquoi !

Au nord, ce qui nous menace ce n’est pas Ebola, même s’il fait beaucoup de morts : ce sont les attentats, les attaques à mains armées de coupeurs de routes, les mines et autres engins explosifs semés au gré des pistes de cette grande partie de Mali. Quand on mène une guerre asymétrique à des personnes fanatiques qui pensent avoir un droit sur un territoire et ses habitants ( le rapport est raciste et esclavagiste, et l’expliquer pourrait prendre beaucoup plus qu’un billet, mais je crois que des  touaregs et des arabes –pas tous- ont pris la décision de se rebeller, engageant toutes les régions du nord du Mali et réclament l’indépendance à notre nom à tous parce que certainement l’avis du noir ou de celui que tu considères comme un esclave – ton esclave- n’a absolument aucune valeur). Les autres habitants du nord en dehors des arabes et touaregs seraient peut être condamnés à faire profil bas et ingurgiter le désir d’indépendance des rebellés pour l’accepter de force contre une vie paisible.

La visite de Moussa Mara à Kidal en mai 2013, a malheureusement permis aux violeurs et autres meurtriers du CDA ( coordination des mouvements de l’Azawad) de revenir sur l’échiquier politique et militaire. C’est à en croire que notre armée n’avait pas de service de renseignement ! C’était tellement visible que ceux qui ont servi de guide à Serval dans la reconquête de l’Adrar des Ifoghas – leur sanctuaire – ont le contrôle de la zone de Kidal qu’ils ont parsemé de cache d’armes et d’hommes. Déjà que beaucoup de maliens n’ont pas compris les raisons pour lesquels les français ont empêché à l’armée malienne d’entrer à Kidal comme elle est entrée à Gao et à Tombouctou (les trois grandes villes du nord qui étaient occupées par le MNLA, Anesardine, AQMI et autres bandits de grands chemins revenus de Libye).

Ces groupes armés ont rapidement fait peau neuve, allant jusqu’à refuser de reconnaitre les derniers crimes qu’ils ont commis en tuant 30 personnes parmi les otages fait au gouvernement de Kidal parmi les fonctionnaires, signant un accord sous l’aval du « grand ami » Abdoul Aziz, chef de l’union africaine, appelé par IBK certainement pour qu’ils  « parlent à ses frères ».

Mais malheureusement, l’armée malienne, elle, n’a pas fait peau neuve. Elle a essuyé une autre déconfiture dans la foulée de la visite de l’ancien premier ministre Moussa Mara à Kidal, encore une fois (semble-t-il) victime d’un regroupement de dernière minute des groupes armés. Malgré qu’une priorité ait été donnée à sa réforme et à son équipement (et des chaussettes achetées à 25.000 F CFA pièce), beaucoup (au sud, car nous savions bien que c’est toujours la même) se sont rendu-compte qu’elle reste en proie au repli stratégique, au besoin logistique et au disfonctionnement aux moments clés.

Ainsi, depuis cette malencontreuse visite, bien que choses ont changé. Le Mali et son armée ne sont plus présent dans l’antre des groupes armés Kidal, qui est devenu un véritable nomansland, régulièrement secouée par des attentats contre les casques bleus de la mission onusienne de maintien de la paix, Minusma. Des combats entre groupes qui se traitent de milices quand cela leur chantent aux mines qui parsèment les pistes du nord du Mali, de Tabankort (Kidal) à Goundam (Tombouctou), que d’innocentes victimes de cette guerre asymétrique.

En préludes aux violents combats qui ont opposé le Gatia et ses alliés aux mouvements de l’Azawad la semaine dernière, la Minusma avait fait savoir à travers un communiqué, qu’elle avait dû se défendre en tirant sur des voitures de groupes armés qui avaient pris les casques bleus pour cibles ( MNLA, HCUA et MAA) pendant qu’elle faisait –fort courageusement sa mission d’interposition entre les belligérants et de maintien de la paix-. Il parait que la Minusma est là pour protéger les populations du nord de ces groupes armés et d’une autre occupation, pourtant seuls les pro-MNLA, MAA et autre HCUA ( des groupes armés touaregs et arabes) sont restés dans leur ville fétiche et réel fief : KIDAL.

Kidal. Une ville bien étonnante pour un observateur extérieur : ses femmes et ses enfants, autour de la centaine sont azawadiens et n’hésitent pas à monter au charbon pour défendre les idéaux des groupes armés (dans lesquels se trouvent les hommes de la ville). Ils sont présents à toutes les occasions : visite indésirée des autorités malienne, mécontentement des groupes armés contre la Minusma, qui d’ailleurs a préféré battre retraite et se réfugier dans son camp, laissant tout un aérodrome à la merci ces manifestants si particuliers qui n’hésiteront pas à tout y brûler. Ce nord du Mali et cette part minoritaire de ses habitants indépendantistes si portés sur la destruction et le saccage de matériel, bien difficile à comprendre !

Quel avantage d’être minoritaire dans un pays comme le Mali ! Même la Minusma (mission des nations unis pour le Mali) qui a pu profiter d’une contremarche –j’espère que ça existe- de la population de la ville de Gao, qui pour démontrer son opposition au CDA (coordination des mouvements (armés !) de l’Azawad). C’est bien me suis-je dis. C’est important de montrer que nous ne sommes pas avec eux : nous n’avons pas d’armes, mais nous sommes des fils de cette terre et nous avons notre mot à dire. NON à l’Azawad ! C’était d’ailleurs aussi l’occasion pour les habitants de Gao de porte aussi leur soutien aux prétendues milices pro-gouvernementales – selon la communication du CMA-.

Manifestation-marche-Gao-contre-independance-autonomie-azawad

credit photo: maliweb.org

En fait une année de vie pleine à Gao, juste après l’opération Serval , en 2013, m’a permis de comprendre que les habitants de cette ville ont tellement côtoyé la mort, le danger, la cruauté avec l’occupation qu’ils n’ont plus peur de quelque chose, ni la mort, ni une autre occupation… le crépitement des armes est un « son » (musique) aux fragiles oreilles des enfants. La même Minusma l’a appris à ses dépens. Car quelques jours après la marche de soutien, une autre marche a secoué Gao et indigné beaucoup de malien – dont moi !- je vous explique.

Dans un premier temps, un document d’accord signé entre la Minusma et le CDA portant sur une zone temporaire démilitarisée entre Tabankort et Anefis. En fait le territoire que le Gatia et leurs alliés ont repris au CDA. Cela suffit à mette un jeune de Gao en colère, si en plus ce document fait l’objet de manipulation et circule dans les réseaux sociaux avec le drapeau du MNLA en entente, il y a de quoi mettre tout la ville de Gao en colère. Le souvenir des filles violées est encore vivace. Et comme ceux qui ne sont pas favorisés par cet accord ne sont pas poltrons, Gao s’est sentie trahie par cette Minusma aussi – car tous pensent que d’autres avaient également préféré les groupes armés touaregs au Mali-.

Accord-MNLA-MINUSMADes milliers de personnes sont sortis pour marcher sur les camps de la Minusma à travers la ville. Il y a eu trois morts par balles certifiés par le personnel médical de l’hôpital de Gao. Plusieurs dizaines de blessés. Un blessé grave ayant une balle logée dans la tête a été évacué sur Bamako.

La Minusma crie à la manipulation et assure qu’ordre n’a pas été donné de tirer sur les manifestants. Le président malien (encore une fois) en voyage attendra un retour au Mali pour évoquer le problème et assurer que la Minusma est au Mali pour la protection de la population et qu’une enquête sera organisée pour connaitre les coupables de ces crimes.

En somme, le document de la discorde a été retiré par la Minusma bien que des signatures y étaient apposées. IBK a enfin pris son courage à deux mains et effectué le déplacement à Gao, se rendant dans les familles des morts. Mais cela fait naitre des questions en vrac en moi (et mes concitoyens certainement) : quelle est la vraie mission de la Minusma ? Va-t-elle me protéger ou me porter secours ici, à Tombouctou si jamais des groupes armés s’attaquent encore à ma ville alors que je ne suis pas touareg ? Quel genre de paix ils sont en train de nous concocter en Algérie alors que nous autres (habitants de Tombouctou) ne sommes pas associés au processus ? pourquoi les casques bleus se sont permis de perdre la tête à Gao en tirant sur des manifestants alors qu’ils laissent les lieux aux manifestants de Kidal ?

 

 

le « Timbuktu » de Sissako n’est pas le Tombouctou que j’ai vécu

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Le film du cinéaste mauritanien a  été annoncé tambour battant comme étant le seul film africain sélectionné pour la palme d’or du prestigieux festival de Cannes cette année, cela tique. Encore plus quand la tombouctienne que je suis apprends que le film s’appellerait  « Timbuktu »  (Tombouctou en anglais) et porterait sur l’occupation que nous avions vécue d’avril  2012 à janvier 2013. Pire, il aurait été accueilli par des applaudissements de la presse.

Affiche , credit photo: lepacte

Affiche , credit photo: lepacte

Toute la journée,  j’ai attendu la projection et les échos de la conférence de presse que le réalisateur mauritanien fera , devinant,  presque, ce qu’il raconterait en me fiant au casting du film qui donne une place de choix à des acteurs Touaregs qui auraient vécu les mêmes évènements que moi.  Je ne sais pas si mes tweets depuis Tombouctou lui sont arrivés, ni s’il connait l’existence de mon blog, même s’il aurait éclaté en sanglot en conférence de presse en  disant « pleurer à la place des autres », à ma place en un mot ! Du cinéma !

Hum… quand le sage dit que le chasseur raconte toujours ses parties de chasse comme  il le veut parce qu’il a pu s’en tirer, car la version de l’histoire du lion a un angle est bien différent … je le comprends.

Je ne mâcherai pas mes mots encore une fois, mais le scenario de ce film, les scènes qui ont un tel effet sur le cinéaste mauritanien est cousu de mensonges et de d’approximations qui sont honteux.  Tous les faits peuvent être retracés  par n’importe quel habitant de Tombouctou et malheureusement, c’est peut-être le coté dramatique qu’il veut donner à son film, mais je m’insurge en faux ! Rien ne s’est passé comme ce film le soutient, avoir vécu cela ne me fait pas éclater en sanglots, même pour fragile femme que je me dois d’être. Ne rien dire après un tel film est un crime, je pense pour la militante de Tombouctou.  Des faits qui se sont déroulés,  il n’y a pas si longtemps sont complètement dénaturés et même transformés  par le narrateur,  se permet de changer la tournure des faits pour prendre la place de la victime. C’est honteux ! Malheureusement  doyen Mohamed Sneiba.

Je n’ai point l’habitude des billets critiques cinématographiques  comme Serge Katembera, mon BABA étant la narration, mais « Timbuktu » interpelle pour fausseté dès l’affiche.

En effet, , on voit une femme noire, en pleure, habillée de noire de la tête aux doigts. Nous n’avons jamais eu droit à cette scène à Tombouctou où, les pseudo djihadistes d’anesardine exigeaient que les femmes se couvrent avec le voile traditionnel des femmes arabes de Tombouctou comme je le rapportais en temps réel  l’année dernière. J’ai moi-même porté ce voile d’une couleur jaune, passant et repassant devant la police islamique qui n’était point éloignée de mon habitat. Je me rappelle encore de l’audience connu par mon article sur la protestation des femmes Bellahs, vendeuses de poissons au marché de Yoboutao, qui se sont déshabillées pour protester  contre le port du voile et non de gants.

Le film évoque également un cas de lapidation qui n’a jamais eu lieu à Tombouctou. Un couple ayant eu un enfant hors mariage a été fouetté sur la place publique de Sankoré par des djihadistes qui se sont relayés, la population y a assisté sans broncher, juste devant la porte de l’Imam de la mosquée de Sankoré (jadis grande université de la ville historique) qui n’a jamais accepté ne serait-ce que discuter avec les occupants…. il y a un écart, si ce n’est un  fossé avec une vraie lapidation et je sais que pour mauritanien qu’il est, monsieur Sissako n’ignore point la signification du mot ni la manière dont elle se déroule.

La motivation du cinéaste viendrait du témoignage d’un touareg de sa connaissance, à propos de l’exécution d’un touareg qui aurait tué un pécheur accidentellement, comme si l’homicide involontaire n’en était pas un. Mais ce qui exaspère le plus dans cette histoire , c’est la dénaturation éhontée des faits,  le tueur, serait un paisible berger touareg  du nom de Kidane ( un nom pas du tout touareg , soit dit en passant) qui aurait réussi à trouver la tranquillité à l’écart du désordre régnant dans toute la zone occupée, sillonnée par les troupes du MNLA qui ont été chassées des grandes villes du nord par les islamistes qui ont ainsi épargné les populations du pillages de ce mouvement de liberation de l’azawad MNLA qui mérite largement d’être appelé   « Haine-est-là » comme je le fais dans ce blog.

Bon ! Certainement que son ami témoin était un membre du MNLA, car la Mauritanie est la base arrière des défenseurs de la cause du touareg martyre et victime de l’état malien, je n’irai pas jusqu’à dire que Sissako est un membre du MNLA, mais  c’est hallucinant comme il s’est laissé avoir par le discours victimisation. Comme beaucoup de la presse internationale d’ailleurs.

Quand il affirme que « les Touaregs sont des victimes au Mali » dans l’interview accordé à  jeune Afrique, c’est aisément compréhensible. Mais c’est creux ;  avec deux ans de recul, il avait la possibilité d’échapper à la compassion envers un peuple dont il est proche, je ne sais pas s’il est touareg, mais les différents changements de cap du MNLA durant cette occupation et un peu de bon sens pouvait l’aider, s’il avait un peu de bonne volonté et d’objectivité. Mais il faut reconnaitre que c’est difficile et que les minorités victimes sont des chouchous de l’opinion occidentale. Cannes n’est pas Ouagadougou.

Pour revenir à son histoire et à Kidane,  qui vivrait tranquillement avec sa femme, sa fille et un petit garçon qui garde son bétail – certainement un petit noir qui est leur esclave en réalité, mais comme cela n’arrangerait pas l’image du gentil touareg, pas de précisions !- aurait tué malencontreusement le pêcheur qui a tué une de ses vaches et tombe entre les mains des djihadistes. Je le dis haut, l’écris en gras : c’est faux ! Rien n’est vrai dans cette histoire !

Ce touareg qui a été  la seule personne exécutée par Ansardine à Tombouctou,  était un membre du mouvement, il n’était pas un habitant de la région et c’était une personne qui persécutait la population des villages des alentours de Tombouctou.  Son acte  était prémédité et il a déclaré au pécheur qui refusait d’exécuter ses ordres qu’il était venu spécialement pour lui avant de le tuer froidement de plusieurs coups de fusil.  Il est resté libre longtemps  et d’ailleurs anesardine a essayé de  donner le prix du sang à la famille de la victime qui a refusé et a exigé que  le coupable soit tué comme le veut la charia.

S’il y a un véritable buzz autour du film sur Grace de Monaco, c’est parce que l’histoire de la roturière devenue reine est bien connue, mais malheureusement, pendant l’occupation de Tombouctou, l’heure était à la débandade et au repli stratégique des militaires et des fonctionnaires de l’état qui étaient les ennemis des troupes de Touaregs chevelus qui sont entrés à Tombouctou en criant un Azawad que nous (habitants de la ville ) n’avions jamais réclamé. Les arabes les ont rapidement ralliés.

Je n’ai même pas vu le film et j’en crache pas terre,  je me demande si je pourrais le regarder un jour, tellement je suis dégoutée ! mais il  faut reconnaitre qu’il illustre parfaitement le hold-up dont nous faisons l’objet au nord du Mali :  les touaregs se révoltent, invitent tous les bandits du Sahara sur nos terres, des cheiks du Qatar prennent leurs pieds en  regardant des obscurantistes torturer d’innocentes populations, fouetter des femmes, en enlever pour des viols collectifs, détruire des mausolées millénaires, détruire tout ce qu’il y a comme infrastructure des écoles aux dispensaires, faire du bois de chauffe de nos bancs d’école – je me rappelle que l’ambulance de l’hôpital servait à amener leurs femmes au marché, quand elles concèdent à y aller- et ce sont eux qui deviennent les victimes de l’oppression, du racisme.

Quand l’histoire a pris une autre tournure et les troupes de serval sont intervenus pour chasser , ils sont devenus les victimes et la guitare a aussitôt remplacé la Kalach.

Heureusement qu’il utilise cet orthographe, TIMBUKTU, qui me permet de concrétiser cette différence.

Ce film est le fruit d’imagination fertile!

Il y a des choses qu’il faut oser dire…

TechCamp Mali 2014, il m’a fallu un tweet

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Credit Photo: Faty

Credit Photo: Faty

Je devrais formuler autrement et dire, il m’a fallu juste twitter pour me frayer ce chemin vers ce statut de trainer (formateur) à la première TechCamp qui a eu lieu au Mali. Si ce n’est trop long comme titre.

Oui juste twitter, mon blog sur Mondoblog est ensuite venu donner plus d’ampleur et donner une certaine visibilité à mon travail de citoyen témoin, qui a refusé l’occupation et a  crié son désespoir et celui de toute la population d’une vieille ville qui reste encore connue-prestige passé ?- Tombouctou.

ET pas possible que cela devienne une rengaine, car au fur et à mesure que je progressais dans le journalisme citoyen, je me rendais compte qu’il était possible de partager mon expérience pour empêcher à mon pays de retomber dans les travers qu’il a connus ces dernières années. Certaines situations font que seul le  citoyen lambda peut porter l’information, en plus il peut être acteur à part entière du processus de démocratisation qui a du mal à s’affirmer dans des coins comme l’Afrique.

Avant de recevoir ces mails du Département of State et du Community of Democracies, fin du mois de mars, j’étais juste tranquille dans mon coin, écrivant très peu et lisant beaucoup de billets de blog, addicted à Twitter et aux débats autour de la vie politique malienne, jouant ma partition d’activiste qui dénonce les travers de la politique malienne et  continuant avec mon grain de sel personnel : l’ironie consciente et accusatrice.

Je vous avoue que je n’hésite pas à taguer le premier ministre malien, me réjouissant qu’il ait un compte Twitter. Il paraît que le Mali est en marche et que la démocratie s’instaure, et pourtant je trouve toujours à en redire via Twitter, car je suis sceptique, il faudrait que je le fasse savoir.

Pensez-vous que je dois faire attention comme beaucoup d’amis me l’ont recommandé ?

Malheureusement, je ne sais pas faire attention, je ne peux faire attention à ce que je dis lorsqu’il s’agit de mon pays.  Je crois que c’est mon devoir de faire ce travail via les médias sociaux. Bien sûr plus de la moitié des Maliens ne sont pas connectés à internet et  nous sommes encore au stade des médias traditionnels ici : télé, radio -surtout !- et même arbre à palabres, mais bon, il faudrait commencer par un point de départ ! Twitter et un petit téléphone chinois que je suis arrivée à connecter au réseau 3G – je ne sais plus comment- m’ont permis d’attirer bien d’attention sur ma modeste personne d’enseigne, autodidacte en informatique qui est devenue un véritable geek.

Une séance de formation, credit photo: Faty

Une séance de formation, credit photo : Faty

Donc me voici, formatrice pendant deux jours sur le thème de l’utilisation des médias sociaux par la société civile africaine avec une quarantaine de participants venant de l’Afrique francophone et 7 autres formateurs de plusieurs nationalités  et deux coachs du département d’Etat américain… deux jours formidables d’échanges et de discussions que je promets de vous relater dans un prochain billet.

 

 

 

 

La démocratie est-elle faite pour l’Afrique?

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Le serment du jeu de Paume de David, symbole du pouvoir démocratique. Crédit : la-philosophie.com

D’Europe en Afrique, le mot démocratie change de sens, la stabilité  semble bien difficile à atteindre pour les Africains…

La formule magique de l’alternance, de combat politique dans une arène des idées  ne marche pas sur le vieux contient, sans oublier Madagascar, bien sûr !

Le Mali ? Secoué chaque décennie par des mouvements rebelles indépendantistes arabo-touaregs.

Le Niger ? D’incessants coups d’Etat qui se veulent républicains.

Le Burkina Faso ? Dirigé de main de maître – pour ne pas dire de fer- par un Blaise Compaoré  qui depuis son coup d ‘Etat contre « le révolutionnaire Sankara », a transformé la présidence en un trône qu’il ne quitterait pas d’aussitôt, foi de sénateur!

La Côte d’Ivoire ? Longtemps stable, un coup d’Etat –encore un autre- fait tout basculer et une guerre a failli la partitionner, n’eut été l’intervention de la France-encore une autre !-

Soudan ? Son président, Oumar El-Bechir est inculpé par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, mais reste soutenu par ses confrères présidents.

Le Togo ? Le fils d’Eyadema, fort Faure, s’est tranquillement installé au pouvoir après le décès de son président de père.

C’est à en croire que les partis d’oppositions africains ne peuvent pas gagner d’élections à la régulière. Et pourtant si, pourront dire certains : Wade l’a fait au Sénégal. Mais malheureusement, ce même Wade s’est sérieusement accroché au pouvoir. Aussi. Comme les autres. Heureusement que le peuple a compris qu’il avait le pouvoir de le faire partir par les urnes.

La liste pourrait bien continuer : Gambie, Cameroun, Kenya, la République démocratique du Congo, l’autre Congo, la République centrafricaine.

Il y a l’Afrique du Nord, qui connut un printemps qui emporta plusieurs ténors Kadhafi, Ben Ali… et laissa ces pays dans une instabilité inquiétante.

 

Noël à Gao

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papa noël en Afrique (credit photo: rablog.unblog.fr)

Ce noël ne ressemble à aucun noël, nul part dans le monde.

Pourquoi? Parce la vieille ville qui était la capitale de l’empire songhaï est une ville foncièrement musulmane islamique. Noel est une fête chrétienne qui n’est pas dans les mœurs.  Ici.

Ici pas question de veillée, ni de repas spécial -foie gras ou canard-, de rassemblement des membres de la famille venus de partout, de cadeaux et surtout le père noël n’a aucune signification pour les enfants de cette ville. Les rues sont toujours désertes. Au loin, le phare que, les soldats chinois venus en dernier à Gao, auraient installé pour scruter le ciel. La ville semble morte. Les pseudo-djihadistes ne pourront pas reprocher à Gao d’avoir célébré cette fête-là pour faire sauter quelque chose voitures piégées ou nous balancer des obus à la tête.

Le slogan «  noël, fête des enfants » ne tient pas ici. Nos enfants ne connaissent rien à noël. Il ne fait pas partie de la culture locale.

Ici, vous pourriez passer la journée à poser la question à tous les enfants sales aux habits plus sales – quand ils en ont- et à la peau de la même couleur que celle des ânes blanc-poussière. Ils vont pieds nus. Pour écrire une lettre au père noël il faudrait au préalable savoir écrire et ensuite connaitre le père noël. Tout le folklore qui touche à Noel en Europe ou plus près, à Bamako ne concerne personne ici. Peut-être regarder la télévision qui se dit nationale pourrait permettre aux grandes personnes de se rendre contre que c’est la fête « chrétiens ». Juste.

On est musulman ici. Tout le monde. Je me rappelle qu’enfant, m’être demandée comment on pouvait croire « ces histoires » qui sont racontés autour de noël ? en réponse, je me suis dite que c’était juste une façon que les riches ont de faire la fête chaque année. Nous ne connaissons pas les cadeaux de noël et seuls les enfants des chrétiens –qui sont comme par coïncidence riches- parlaient de noël, étaient pressés que noël arrive car ils avaient droit à de nouveaux habits, des nouvelles chaussures et pouvaient demander quelque chose à leur père en l’écrivant dans une lettre. On ne s’en mêlait pas, dès l’enfance. Nous avions nos fêtes. C’est suffisant. Nous les attendions.

C’est bizarre, je ne les enviais même pas. Je connaissais déjà la différence entre ces noëls en Afrique et  les « vrais noëls » en Europe avec un gros père noël qui était habillé en rouge et avait une barbe blanche.  Je liais aussi noël à la neige-que je ne connaissais qu’à la télé- qui tombait les soirs de noël dans les dessins animés auxquels j’étais accro à ce temps-là. J’essayais de transposer nos maisons dans ce climat et je me disais que nos toits ne tiendrait pas car ils sont carrés et sans pente.

Mais maintenant je suis d’un rationalisme déroutant, me dit-on. Je suis à Gao et là, il y a-t-il encore un chrétien, pour qu’il puisse permettre à la ville de participer à ces festivités qui sont –somme toute-mondiales ?

Non. Après le passage de Mujao (mouvement d’unicité du jihad en Afrique de l’ouest), c’est impossible de  dégotter un chrétien aujourd’hui. Avant, il pouvait y avoir des fonctionnaires venus du sud, des blancs, des missionnaires qui pouvaient être chrétiens et fêtaient certainement noël. Mais le repli stratégique était aussi confessionnel.  Je sais qu’à Tombouctou, les quelques étrangers étaient restés cachés longtemps avant de pouvoir s’enfuir partir.

joyeux noël à tous ceux qui le fête…

A tous ceux qui ne peuvent le fêter…

Aux enfants pris dans les batailles , qui ne pourront pas comprendre…