Une pratique qui a de l'avenir au Mali, malheureusement; Credit photo: la presse.com

Une pratique qui a de l’avenir au Mali, malheureusement; Credit photo: la presse.com

Le titre semble bien détonateur, criard, mais il suffit à lui seul  pour résumer une réalité purement malienne.  L’excision, cette pratique ignoble, infâme, abjecte, inhumaine – tous les adjectifs négatifs peuvent aller avec- est surtout présente dans le sud du Mali plus qu’au nord, bien qu’elle subsiste dans certaines contrés de Tombouctou comme Goundam.

Oui, je ne suis pas excisée parce que je suis songhoï, parce que je suis tombouctienne et que ce n’est pas dans les mœurs de la vielle ville. La cantatrice de la ville, Khaïra Arby le chante haut, «  la femme de Tombouctou ne connait pas la lame qui excise » car elle est engagée, elle aussi, contre cette pratique –comme moi- et elle utilise sa forte voix pour le dénoncer.

Les incontournables de cette tradition moyenâgeuse sont aussi bien les hommes que les femmes. Mais malheureusement ce sont des femmes, d’autres femmes, qui ont été excisées par le passé, qui connaissent la douleur et les risques de la pratique qui continuent à la perpétuer.  Que dire ? Pourtant que de cas de fillettes décédées suite à une hémorragie, que de femmes devenues fistuleuses et abandonnées de leurs maris, combiens d’infections contractées ? On pourrait se targuer d’oublier toutes celles qui sont devenues frigides ou ont une vie sexuelle approximative et traumatisée par l’ablation de l’organe si important pour le plaisir sexuel de la femme.

Les instigateurs de ces crimes à travers le monde voudraient aussi  marquer le passage de la femme d’une vie d’adolescente  au statut de femme préservée de la délinquance, de la prostitution. Elles sont délivrées de l’attrait maléfique du sexe à travers « cette mutilation ». Ils voudraient « tuer » le désir sexuel ; ils arrivent à tuer s’attaquer à autre chose.

« Celui qui est venu pour te scalper, ne prête pas attention à tes lunettes » dit un proverbe de Tombouctou. Le bien-être des femmes est le dernier des soucis des adeptes de l’excision.

Le problème de l’excision réside dans son implantation psychologique dans l’esprit des excisées, elles-mêmes qui l’ont intégrée dans les mœurs et lui donnent une importance monumentale dans la stature sociale de l’individu. Je ne me rappelle plus le nom du film, diffusé par l’ORTM (office de radio et télévision du Mali), mais je me rappelle encore de la lutte qui a opposées les femmes d’un village  entre elles.

Le premier groupe (deux ou trois personnes) dispose de  radios et écoutent des émissions  qui «  seraient à l’origine de leur dénaturation » car ces femmes comprennent avec les explications des animatrices que l’excision doit être abandonnée. Une décide de ne point exciser sa fille qui fait l’objet de tentative d’enlèvement pour pratiquer l’opération tant attendue par tout le village (l’autre groupe). La mère réussit à l’en sauver. Mais la fille en voudra à mort à sa mère car non seulement indexée dans le village, elle se retrouve mise à l’écart de ses amies et pire, son fiancée, un migrant, refuse de l’épouser comme promis à cause de « sa saleté ». Les radios, si indexées, sinon incriminées, sont à la fin détruites par les maris qui reprennent  le pouvoir dans le village après consultation de la chefferie traditionnelle.

En plus, les religions, toutes, animisme, islam, même le christianisme qui vient de pays où l’excision n’était pas une pratique courante, n’ont pas cherché à  sauver les femmes de cette intense douleur  qui survient le plus souvent maintenant dès un très bas-âge. Pire, en l’islam, certains ont trouvé une autre argumentation pour continuer à « couper ». Le prophète de l’Islam, Mohamed, Salallah allahi wassalam (paix et salut sur lui) aurait juste dit « de prêter attention à ne pas faire mal ». Peut-on éviter de faire mal en coupant la partie la plus sensible du corps de la femme ? Répondis-je.

C’est une opération qui purifierait la femme comme la circoncision purifie l’homme, crient encore d’autres ! Vous pensez que le clitoris est une simple peau gênante qui pourrait  servir de nid aux maladies que la religion recommande d’enlever ?  Sans aucune gêne, j’argumente en demandant aux hommes s’ils connaissent le corps de la femme, s’ils connaissent l’emplacement du clitoris, si c’est la même chose que ce qu’on leur enlève et leur demande d’imaginer qu’on leur coupe la tête pour voir ce que cela donnerait.  Là, silence. Ils abandonnent cet argument pour en amener d’autres. D’ailleurs l’excision est antérieure aux religions monothéistes.

Malheureusement, chaque matin, des vieilles femmes continuent à faire ce geste sur des petites filles malgré tout… il faut que cela cesse.

 

 

Faty

About Faty

Blog ne doit pas rimer avec flop pour moi car c'est une tribune pour tous mes combats. je suis psychologue de formation, observatrice de nature, enseignante de profession, blogueuse par passion pour l’écriture, militante de conviction, mon humour est un bon compagnon...Mon salut de Tombouctou.

7 Thoughts on “Je suis malienne et je ne suis pas excisée , »6

  1. RitaFlower on 6 février 2014 at 13 h 55 min said:

    La Photo en haut parle d’elle-même et montre ce qu’est vraiment cette Mutilation Génitale Féminine au Mali.Merçi Faty pour ce beau plaidoyer contre l’excision qui perdure encore aujourd’ui sous nos cieux.

  2. merci à toi aussi Rita

  3. Tatiana Delavedova on 6 février 2014 at 18 h 59 min said:

    Le film (absolument a voir) ‘s appelle: ‘Moolaadé’ – par le Senegalais Sembene Ousmane, écrivain, réalisateur, acteur et scénariste (anthropologue, psychologue, sociologue, et philosophe) majeur de l’Afrique contemporaine, connu pour ses aspects militants sur les questions politiques et sociales (selon Wikipedia)

  4. L’image… Vraiment dure… J’imagine que ce n’est rien à côté de la douleur ressentie par cette fillette.
    « Vous pensez que le clitoris est une simple peau gênante qui pourrait servir de nid aux maladies que la religion recommande d’enlever ? Sans aucune gêne, j’argumente en demandant aux hommes s’ils connaissent le corps de la femme, s’ils connaissent l’emplacement du clitoris, si c’est la même chose que ce qu’on leur enlève » Question pertinente. Seul problème, les femmes elles mêmes en sont parfois les farouches défenseuses…

  5. Parce que dans la majorité des cas, les défenseuses sont des femmes analphabètes qui ne reçoivent aucun renseignement sur l’excision et tout le mal que cette pratique peut causer à part les cas de décès pour hémorragie qu’elles essayent d’interpréter de leur manière en les entourant de mystère si ce n’est de mystique. le sexe et tout ce qui s’y rapporte est tabou dans nos sociétés et perpétuer la tradition est un devoir pour ces femmes qui se prennent pour des garantes des bonnes mœurs. C’est malheureux, mais le constat est amer, pour lutter contre tous les problèmes que rencontrent l’Afrique, il faut lutter pour la scolarisation.

  6. La cantatrice de la ville, Khaïra Arby le chante haut, « la femme de Tombouctou ne connait pas la lame qui excise » . l’image est terrible. elle parle seule.

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