A vol d’oiseau vers Mamady Keita

Après les portraits de Serge Katembera et de Boubacar Sangaré, ma série de portraits de Mondoblogueurs continue.

Mamady KeitaJe vous présente aujourd’hui un autre jeune du continent, autant prometteur. Une autre vie, une autre réalité, un autre combattant et un espoir pour son pays et notre continent : Mamady Keita,  le jeune étudiant guinéen perdu dans le climat plein de contraste de l’Ukraine.

La phase du Liebster Blog Award a bien permis de se faire une idée sur les  personnalités des mondoblogueurs qui ont accepté de se plier au jeu ( tant qu’ils n’ont pas essayé de jouer au malin !). Ce n’est pas pour me jeter des fleurs (au risque de me casser la caboche), mais je pense que ces portraits n’ont rien à voir. Ce n’est pas de l’introspection nombriliste, ni une exposition du meilleur profil de soi. En tout cas à mon humble avis !

Mamady Keita. KEITA  est un nom bien prestigieux au pays mandingue, les  Djelis ne lassent pas de chanter le nom de Simbo. Celui des  descendants de Soundiata Keita, grand roi qui fonda l’empire du Mali, le grand chasseur, le grand sorcier. L’homme généreux qui marcha après son septième hivernage et vengea les injustices faites à sa mère Sogolon.

« Naré Magan Diata. Sogosogo Simbo Salaba… héros aux noms multiples » dixit les griots. Je ne suis pas griotte mais je me plais à vous parler de celui qui m’a toujours appelé grande sœur. Un garçon sérieux  qui a facilement des fous rires, propriétaire d’un petit calepin qui en a aiguisé des curiosités (coucou Madame caraïbe de Mondoblog) dans lequel il note absolument tout.

C’est un garçon bien grand au regard empli de malice avec une petite touche de tristesse dû à la solitude de l’Ukraine (certainement). Il a 22 ans et étudie les mines  dans cette ville lointaine d’Ukraine  dont je prononcerai difficilement le nom (heureusement que c’est un portrait écrit !) , Dnipropetrovsk. Encore un autre citoyen du monde! Atypique ! D’où mon intérêt pour lui. Son blog  est une sorte de jardin secret qu’il cultive avec amour et évoque les sujets qui lui tiennent à cœur. Ses sujets de prédilection  sont relatifs à sa Guinée natale et à l’Ukraine qui n’est pas aussi accueillante, mais il évoque également des choses beaucoup plus gaies comme le football (c’est un grand supporter de Barcelone FC j’en suis bien contente, pour une fois que j’en rencontre parmi les Mondoblogueurs !), de journées culturelles dans son université, de ses voyages, de ses rencontres.

Mamady est de confession musulmane, d’ailleurs son vœu le plus cher est de faire faire le voyage à la Mecque à ses deux parents. La consommation de l’alcool est banni chez le musulman et Mamady fait de son mieux pour échapper à  la tentation, étudierait-il au Cameroun, il aurait senti le même dépaysement (suivez mon regard…) sur ce plan. A cela il faudra ajouter le racisme qui fait de ces jeunes Africains des cibles pour les groupes xénophobes du coin. Mais heureusement, « les Africains sont bien plus forts  et ne se promènent jamais seuls », sans chercher à être raciste hein !

Je pourrais aussi citer les problèmes liés à l’alimentation, au climat, aux langues, aux finances, au ramadan….

Vous devez le soupçonner et c’est une réalité, mais la vie d’un étudiant africain, noir, musulman est difficile, pleine de contraintes et de privations.  Mais l’espoir de revenir servir son pays et participer au développement de ce dernier aide beaucoup Mamady à relever le défi et à rester fidèle aux traditions dans lesquels il a été élevé, gardant son amour pour sa famille, sa culture, la cuisine, la musique, sa patrie (je ne voudrais pas citer les délestages si fréquents à Conakry) intacts. Il est plein d’espoir pour son pays, sa citation préférée est  « à cœur vaillant on peut déplacer des montagnes. C’est en quelque sorte mon credo de tous les jours. J’espère une fois mes études terminées pouvoir faire bouger ou aider à changer les choses ne serait-ce que dans mon quartier, ma ville, et pourquoi pas dans mon pays. »

La vie de Mamady est aussi teintée de solitude. Une solitude que Mamady essaye de noyer (pas dans l’alcool vous le savez déjà !) dans le cinéma, l’écoute de la musique, le sport, la lecture et le blogging.  Qui pourra croire que cet étudiant en mines, donc matheux, a toujours rêvé de devenir journaliste ? Que son premier métier était celui de reporter ?  Personne.   Il s’est apprêté à mon questionnaire avec gentillesse.

1.     Présente-toi

Bonjour, je suis Mamady Keita, je suis étudiant à l’université nationale des Mines de Dnipropetrovsk, c’est au centre de l’Ukraine. Cependant je tiens aussi un blog sur la plateforme Mondoblog de l’Atelier des Médias. Mon blog s’appelle A vol d’ oiseau et je l’alimente souvent après mes cours ; pendant mes heures creuses, car écrire à toujours été ma première grande passion.

2.     Tu es étudiant en Ukraine, peux-tu nous parler de ce pays ?

L’Ukraine est un jeune pays d’Europe de  l’Est car il n’est indépendant que depuis 1989. C’est le pays des extrêmes. Tenez par exemple, lorsqu’on prend le climat en hiver, il fait très très froid et en été la chaleur est caniculaire. Les températures vont parfois au-dessus de 40 degrés en été et en hiver avoisinent parfois les moins 30 degrés. Le pays compte beaucoup d’immeubles modernes, mais aussi assez d’infrastructures qui ont plus de cent ans. Tous les jours on vit de nouvelles expériences, on fait de nouvelles rencontres, on découvre de nouvelles choses, on affronte de nouveaux obstacles. Mais, à force de n’avoir pas toujours le choix on finit par s’y habituer.

3.    Quelles sont les difficultés que tu y rencontres ?

Elles sont nombreuses les difficultés. Elles sont principalement liées aux différences de cultures avec mon pays natal la Guinée, mais aussi de langues ou au coût de la vie qui est vraiment cher surtout il y a très peu de boulot étudiant. On parvient à tenir surtout grâce à l’aide de nos parents.

4. L’Afrique y est-elle présente ?

A part quelques étudiants et des expatriés en quête d’une vie meilleure, l’Afrique n’est pas du tout présente ici. Il faut dire que l’Ukraine et l’Afrique coopèrent essentiellement dans les domaines commerciales et de l’éducation.

  5. Etes-vous bien intégré en Ukraine ?

A mon avis le plus important en matière d’intégration c’est d’être respectueux envers les lois du pays d’accueil, mais aussi être surtout respectable. Pour le reste, c’est la routine. La vie hors du pays natal exige toujours beaucoup de sacrifice sur tous les plans (alimentaire, culturel…), mais il faut l’accepter et considérer que c’est pour un temps bien déterminé. Ensuite tout redeviendra normal une fois de retour au pays natal.

6.   Quels sont les problèmes que vous y rencontrez ?

Les problèmes ils sont nombreux, car contrairement à ce que l’on peut imaginer lorsque l’on se trouve en Afrique par exemple la vie est très dure ici. Il n’y a pas de travail et même quand on se démerde pour en trouver c’est souvent très mal rémunéré. Bien que les problèmes de racisme ont considérablement diminué, il y a encore des amis qui en sont victimes, ils subissent des injustices, se font tabasser ou injurier. Mais face à tous ces problèmes nous avons formé plusieurs associations qui défendent nos intérêts parfois mieux que les consulats et les ambassades souvent immobiles.

7.    Quel est ton lien avec ton pays d’origine la Guinée ?

Bien que je sois à des milliers de kilomètres de mon pays natal, je pense à la Guinée tous les jours. Je suis l’actualité sociopolitique, économique et culturelle de très près. Je pense aussi tous les jours à mes parents, mes frères et sœurs bref à toute la grande famille, mais aussi les amis. S’ils lisent cette interview j’aimerais qu’ils sachent tous que même si je suis très loin d’eux je les aime du plus profond de mon cœur.

8. Comptes-tu y retourner aussitôt les études terminées ?

A la fin de mes études je crois que je rentrerai très vite en Guinée, car on a plus besoin de moi là-bas que n’importe où ailleurs. Je rentrerai pour apporter mon grain de sel, ma modeste contribution à la construction et au développement de mon pays. C’est la chose qui me tient le plus à cœur. Peu importe à quel niveau ce sera, je répondrai présent comme j’ai vu mon père toujours le faire. Ceci est un choix dont je serai toujours prêt à assumer les conséquences au cas où il y en aura.

9. Peux-tu nous faire une analyse de la situation politique actuelle de la Guinée ?

Malgré que les militaires ont rendu le pouvoir aux civils à travers une élection présidentielle qui a porté au pouvoir l’actuel président de la République le professeur Alpha Condé, la Guinée peine toujours à organiser des élections législatives censées définitivement mettre fin à la transition politique créée par le coup d’Etat du Capitaine Moussa Dadis Camara en décembre 2008. Et pour cause le pouvoir et l’opposition guinéenne mettent leurs intérêts partisans au-dessus de tout, cela parfois au détriment de la stabilité. Cependant l’accord qui vient d’être signé le 3 juillet dernier entre les deux parties ouvre à mon avis une lueur d’espoir. Cependant cet espoir ne m’empêche pas d’être prudent car le plus dur reste à venir, je pense à la phase d’application de cet accord qui a trop longtemps été attendu. J’espère que la classe politique fera vraiment preuve de responsabilité en appliquant cet accord qui permettra à la Guinée d’en finir avec cette transition qui n’a que trop durer. Cela permettra aussi le retour en masse des investisseurs pour que la Guinée connaisse enfin le développement cela près de 55 ans après son indépendance.

10.   Les jeunes Africains peuvent-ils croire en un avenir meilleur ?

Les jeunes Africains ne doivent pas s’assoir et attendre les opportunités venir à eux, mais ils doivent aller chercher et retrouver ces opportunités partout où elles se cachent. Ce que je suis en train de vous dire est loin d’être un vain discours, j’y crois et je l’ai vécu. Tenez par exemple il y a un peu plus de 3 ans j’étais à Conakry. C’était les vacances, donc je passais mes journées entières à la maison en compagnie des autres jeunes parfois plus âgés que moi dans le quartier autour de tasses d’Attaya (thé).Un jour je me suis levé et je suis allé voir le directeur de publication du Groupe de presse l’indépendant-le Démocrate, je lui ai expliqué qu’écrire, témoigner était ma passion. Il m’a répondu que ça ne suffisait pas pour travailler dans un grand journal comme le sien. Je l’ai supplié de me donner juste une semaine pour le prouver que je pouvais être à la hauteur de sa confiance. Il m’a donné une chance et au bout de deux semaines je produisais tellement qu’il m’a proposé un contrat. Pendant ce temps mes amis parfois des diplômés en journalisme, en lettres modernes continuaient à préparer leur attaya sous « l’arbre à palabres » tout en se plaignant du manque de boulot. Je ne gagnais pas des millions avec mon petit travail de jeune reporter, mais au moins ça me permettait de ne plus demander le petit déjeuner à Papa et à Maman etc…Je crois que le temps est venu que les jeunes Africains croient en eux-mêmes. Il faut aller vers l’Etat et les entreprises, car les cinquante dernières années nous ont prouvés qu’ils (l’Etat et les entreprises) ne viendront jamais nous chercher sur nos lits pour nous proposer du travail bien rémunéré. Je dirai pour finir qu’il faut aussi que nous pensons à être deux fois plus compétents que la normale et cela passe par la formation, la lecture etc…

11.   Quels sont tes loisirs ?

J’aime beaucoup jouer et regarder des matchs de football. Je passe aussi beaucoup de temps à regarder des films ou écouter de la musique. Parfois je vais me promener sur les bords du Dniepr le fleuve qui a donné son nom à la ville où j’habite actuellement en Ukraine : Dnipropetrovsk.

 

Crédit Photo: Faty
Crédit Photo: Faty

 

 

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Faty
Formation de psychologue, enseignante d'abord ensuite beaucoup d'autres métiers. ..engagée jusqu'au bout et eternelle amoureuse de sa ville natale , Tombouctou.

5 thoughts on “A vol d’oiseau vers Mamady Keita

  1. Vraiment intéressante cette série de portraits. Merci Faty pour toutes ces infos supplémentaires. 😉 Je ne connaissais pas notamment cette anecdote sur l’expérience journalistique de Mamady. J’aurais aimé en savoir plus, ses impressions sur les médias, le métier de journaliste là-bas. Merci pour le clin d’oeil. Il est vrai que je n’ai toujours pas encore percé les mystères du fameux petit calepin de notes. Un jour, Mamady nous en dira plus à ce sujet… peut-être.

  2. Mamady et son calepin greffé. Merci pour le portrait de cette personne humble, qui inspire la confiance, à la curiosité insatiable et aux envies de partage inégalées. Vive les parties de Playstation que je n’ai pu qu’admirer.

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