Fin du repli stratégique

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En-avant crie nos cœurs

Enfin, debout!

«  Fatim, on dirait que les choses sérieuses vont commencer »

Ce sont, ces propos venant d’un collègue ressortissant de Tombouctou comme moi et partageant les mêmes sentiments que moi, qui m’ont mis la puce à l’oreille.  Comment ?

«  Il semble que nos gens (il  veut parler des militaires)  ont enfin décidé de relever le défi que les salafistes leur ont lancé depuis avril. » me réplique –t-il.

Les salafistes fatigués d’attendre l’armée dans le désert a décidé de venir les titiller jusque dans leur dernier  bastion (c’est un terme qu’affectionnent les militaires), plus précisément vers de Konna  (à 77 Km de Mopti) qui serait la frontière du Mali avec les zones occupées.

L’alerte de cette offensive a été donnée dans la semaine dernière par la remise de leur plate-forme politique à Ouagadougou (chez Blaise Compaoré pour parler terre à terre) avec pour point culminant l’exigence de l’application de la Charia sur l’ensemble du territoire malien et son inscription dans la constitution comme loi suprême.  Le Vendredi 4 l’animateur Kader Khalil de la radio Bouctou de Tombouctou lit un communiqué des alliées d’aqmi (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) qui soutiennent qu’Anesardine constate après avoir vu le médiateur de la CEDEAO , le président du Burkina Faso, que le Mali ne veut pas discuter, non négocier avec eux et comme c’est la « guerre que le  veut il l’aura, d’ailleurs , ils vont attaquer et mener leur mission à terme : islamiser tout Mali(je croirais entendre les premiers explorateurs en Afrique).

 

C’est ainsi que dès le samedi 5 janvier plus de 60 véhicules ont traversé au Bac de Tombouctou vers Bambara Maoudé (une bourgade situé à mi-chemin entre les villes de Douentza occupée par  MUJAO et Tombouctou) pour y baser un QG de conquête  du le sud.

La journée du dimanche (plus tous les autres jours d’occupation) leur a certainement servi à élaborer les stratégies militaires et le lundi c’est l’ouverture des hostilités : nouvelle que m’appris mon collègue à travers les termes qui  débutent mon billet.

J’eus un grand baume au cœur en apprenant cela et la première chose qui m’est venue en tête est « c’est bien ; nous verrons si les militaires oseront filer à l’anglaise maintenant qu’ils sont attaqués ».

Cela fait  Neuf mois que nos villes (c’est ainsi que nous le ressentons) Tombouctou et Gao en tout cas (qui sont des villes dont la majorité des habitants sont des songhaïs) et  malgré tous les arguments que nous pouvons développer contre le régionalisme et ethnocentrisme, nous ne pouvions que penser à un abandon de la part du pouvoir malien qui ne fait rien (dans les faits)  pour nous tirer des mains de ces faux envoyés de Dieu.  Les sentiments et le déchirement (il y a de l’humiliation dans d’autres cas, surtout après les cérémonies de fouettées publiques) empêchent de voir la réalité.

« Sincèrement, je me demande si j’arriverai un jour à pardonner cet abandon »  pensais-je avant (je le dit même parfois lorsque je me laisse emporter  par la rage.

Mais toute cette rage a disparue, envolée quand j’appris qu’enfin  il y a des combats   « ce n’est pas seulement son affront que l’armée doit laver, c’est celui du Mali entier qui a été touché dans sa fierté. Il est difficile pour un malien de prendre cet air suffisant dont il a coutume face aux autres de la sous-région  pour parler de son passé si riche de guerriers, de rois au nom connu au-delà des océans, chanté par les griottes pour leur descendants qui  aiment se pavaner habillés de Bazin (dits) riches teintés avec art et fortement amidonnés.

« Je veux la guerre pour avoir la paix, pour pouvoir voir ma maman tous les jours, dire bonjour à mon père, lui donner ses lunettes quand il s’apprête à sortir, discuter avec lui après le journal télévisé de l’ORTM (office de radio Télévisé du Mali) plaisanter avec lui et partir de la maison à dix minutes de la rentrée des classes et être à l’heure ».

Ce sont des trains de vies (sans oublier les vies mêmes) sont victimes de cette occupation.

« Je veux Tombouctou, comme il était le 30 mars, armée malienne rendez-la moi, c’est votre mission ! ».

Ces propos viennent de mon cœur, de mon âme, de mon esprit, de mes entrailles, de chaque cellule de mon corps.

De Bamako, il est difficile d’avoir des informations crédibles sur ce qui se passe à la frontière qui fractionne le Mali en deux : quand RFI annonce que les rebelles serait à 15km de Konna, les sources maliennes (proches de militaires, pas de l’armée, nuance !) disent que l’armée aurait fait des prisonniers et aurait brulé plusieurs voitures des rebelles qu’ils sont en train de poursuivre vers Douentza.

Un communiqué est l’armée est venu mettre fin au rumeur concernant les pertes subies par l’armée

Communiqué du ministre de la Défense sur la situation au Nord

Le ministre de la défense et des anciens combattants informe l’opinion nationale et internationale que dans l’après midi du lundi 07 janvier 2013, des terroristes et islamistes armés d’Al Qaïda au Maghreb islamique, d’Ansar Eddine et du MUJAO ont tenté un mouvement de force sur les positions avancées des forces armées et de sécurité maliennes aux alentours de la localité de Konna dans le cercle de Douentza.
Les forces armées et de sécurité maliennes ont repoussé cette tentative d’attaque. Contrairement à certaines allégations diffusées, tous les effectifs des forces armées et de sécurité sont au grand complet sur la ligne de front et n’ont subi aucun dommage. A ce jour nos forces tiennent fermement leurs positions.

Le ministre de la défense et des anciens combattants salue le comportement patriotique de nos soldats et les exhorte à poursuivre la mission.

Le ministre appelle les populations à garder leur calme tout en les invitant de continuer à apporter leur soutien indéfectible aux forces armées et de sécurité du Mali.

Plutôt la mort que la honte.

Bamako, le 08 janvier 2013

Pour le ministre et par ordre

Le Conseiller à la communication

Lieutenant-colonel Diarran Koné

Mon avis ? «  Quand un chat fait chavirer une pirogue, ce n’est certainement pas à cause de son poids »  dit un proverbe songhaï, alors attendons un peu et nous en auront cœur net, les choses ne pourront que se dénouer !

 

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Faty
Formation de psychologue, enseignante d'abord ensuite beaucoup d'autres métiers. ..engagée jusqu'au bout et eternelle amoureuse de sa ville natale , Tombouctou.

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